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Sébastien Tellier "Sexuality"

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Posté par Bornu your body (make me sweat) le 2008-02-26



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Sébastien Tellier a toujours été un musicien farfadet un peu barré, hanté par l'idée du "Larger than life" et l’envie d'aller bien au delà de la simple maîtrise des instruments et des arrangement pour insuffler forme, vie et concept à sa musique.

« L'incroyable vérité » et son grand écart entre musique ambitieuse et musique minimaliste, son double concept instrumental et son "Fantino" imparable en guise de cheval de Troie, inaugurait un bien joli sentier dans la musique populaire française, le tout fort d'une tournée mondiale en première partie de Air (Etre signé sur feu l'ancien label créé par le binôme, Record Makers, ca aide un peu) et d'un "Fantino" apparaissant sur la BOF de « Lost in Translation » (Etre signé sur feu l’ancien label créé par les grands copains de Sofia que sont Air ça aide encore un petit peu plus).

Il sortait ensuite "Politics", un disque qui partait quant à lui à la conquête du monde et ajoutait l'emphase aux autres qualificatifs propres à la mesure du démiurge barbu. Un vrai-faux concept album passant d'un genre musical à l'autre au gré des pays abordés, le tout traité au niveau des (éventuelles) paroles par le filtre de la politique. Disque foisonnant et souvent très agréable. Il avait pour lui de plus d'héberger un petit morceau pour l'éternité, une vignette pop comme on les adore, une "ritournelle" belle à pleurer dans le genre "valse moderne à violons".

Sortait ensuite l’an passé, comme en catimini ou presque, "Sessions", une sorte de live en studio enregistré en une nuit par Sébastien Tellier la plupart du temps seul au piano, un album composé de versions (forcément) épurées de ces propres compositions mais aussi de reprises ("La dolce Vita" de Christophe, un véritable projet de vie en soi pour le musicien sans doute). Une très belle pièce qui rendait hommage au talent intrinsèque de musicien de notre bonhomme et qui validait un peu plus encore l’idée que Sébastien Tellier tient par-dessus tout à sa liberté et à son côté « touche à tout » allant ainsi d’un projet/concept à un autre. Vous allez me dire que ce n'est ni le premier ni le dernier à opérer de la sorte et je vous dirais "oui certes". Mais, à la différence de beaucoup, il s’y jette pour sa part toujours tête la première et sans s’embarrasser de tergiversations narcisso-commerciales et d’inutiles prises de tête. Une relative impudeur peut-être, l'envie de se faire plaisir en un mot.

Alors certes "se faire plaisir" peut faire penser à " Masturbation" et voilà justement qu’arrive ce nouvel album, un titre « Sexuality » en guise de programme et Guy-Manuel Hymen(hihihihihihi)-Christo aux manettes (membre de Daft Punk, s'il est besoin de le préciser). On devine sans peine le chemin musical abordé : Du synthétique eu veux-tu en voilà et une thématique hédoniste à l’avenant. Parce que bon… Tout pianiste de formation que l’on est, on n’en veut pas moins culbuter de la gueuse au détour d'un nightclub, on n’en daigne pas moins kiffer la donzelle à tour de bras dés qu’on tourne la tête, on n’en daigne pas moins tripper gras l’œil toiseur de l’impétueuse gourgandine qui regarde de travers nos pieds chaussés de "Nastase" ou de "Stan Smith". Tout ça quoi.



L’album propose une musique de danse moite, celle de quand la sueur suinte par dessus le haut argenté ou le petit short satiné (oui cela suinte du côté des filles désolé), quand la nuit n’est éclairée que de néons blafards et de bijoux brillants aux cous et aux poignets des un(e)s et des autres. La musique de la nuit et du tourment sensoriel, que cela soit dans l’atmosphère confinée d’un tête à tête domestique ou sur le dancefloor du Mega-macumba club local. Une ode synthétique à la disco/pop blanche de la fin des années 70 et du début des années 80.

Pour ne rien arranger la pochette rappelle étrangement et fortement la toute fin du film « Calmos » de Bertrand Blier, (excellent)film à côté duquel ses « Valseuses » ressemble au film « Les choristes » (avec Gérard Jugnot dans le rôle de Bernard Blier). Une ode à la phallocratie débridée, à l'appétit de jouissance et à la joie de tâter de la chair drapée dans un minishort en acrylique. Difficile de savoir s’il était pertinent ou pas de célébrer pareilles pulsions mais toujours est-il que c’est l’optique ici choisie.

Parce que là en effet Sébastien Tellier a décidé de se la jouer groovy, sexy et catchy. Flirtant souvent dangereusement avec les limites du bon goût synthétique (c’est moi ou deux ou trois morceaux ressemblent à des slows ratés des années 80 ?) avec tout de même quelques fragrances (puisqu’on va être ici dans l’analogie des parfums) déjà senties du côté de Christophe (après la reprise sur « Sessions » décidément) ou de Gainsbourg (dans sa mauvaise période cela dit, celle des derniers disques) mais aussi quelques envolées de variétés italiennes (là-aussi déjà entendues du côté du dernier des Belavicqua).

Un disque mi figue mi raisin au final avec un parti pris qui peut agacer presque par sa superficialité et son inconséquence (la chanson « Pomme » par exemple, fouyouyouye), son indigence même par moment avec au milieu de tout ça des grands moments.

Car il y a de grands moments et c’est ici que l’on peut évoquer et disserter de l’apport de Guy-Manuel dans cette entreprise. On connait sans science accomplie des rythmes, des loops et des beats, on la retrouve ici dans une veine plus lascive lorgnant davantage dans la variété/disco/funk/blanche que dans le groove imparablement funky. Le meilleur exemple toutefois du bien fondé de leur collaboration c'est le morceau "L'amour et la violence", la pierre angulaire du disque qui débute piano/voix (on jurerait un emprunt à Christophe là encore) pour ensuite s'en aller du coté des étoiles synthétiques par des nappes de claviers montant peu à peu en puissance toutes les quatre mesures, superbe morceau où la naïveté pop fait son œuvre; car ce morceau n'a pour lui que sa lumineuse immédiateté et sa superbe superficialité. Une vignette pop inconséquente en fait mais belle, si belle.

Citons aussi le superbe "Sexual sportswear", instrumental de près de 8 minutes à la Giorgio Moroder (qu'on adore), une ambiance "I feel love" ou "Love to love you baby" profondément addictive. Il y a encore deux ou trois autres morceaux sympathiques et agréables, le reste oscille entre le « mouais bof » et le « aïe aïe aïe ». A l'arrivée cela reste un disque en deçà du précédent (mais en même temps la disco/funk/variété/jean Michel jarre/bidule ça va bien deux ou trois minutes hein donc rien de bien étonnant ici) mais tout de même sympathique par sa démarche et la grande qualité des quelques morceaux précités.

A-voiiiir un bon copain lalalalala


L’impression vraiment avec ce disque de se retrouver dans une improbable boite de nuit de la Cote d’azur et d’inspirer une pleine saveur du parfum Fahrenheit dans les narines :
- Certains trouvent l’odeur insupportable et déguerpissent très vite retrouver leurs folkeux patchouliques.
- Certains autres s’en délectent nonobstant par moment un relatif mal de tête tant l’odeur est forte.
- D’autres encore s’en retrouvent troublé(e)s et vacillent sur leurs défenses pour se rendre ainsi vulnérables aux manœuvres plus ou moins hardies des partenaires potentiels.
- La plupart peut-être n’y trouvent là que peu d’intérêt, préférant les effluves discrètes et subtiles et les ambiances plus tamisées en jurant que les boites de nuit ce n’est définitivement pas pour eux (elles).

Un sentiment bigarré donc oscillant entre l'impression d'écouter du Jean-Michel Jarre barbu, de la musique de danse mega-macumbesque et puis l'impression aussi d'être touché au coeur et/ou aux pieds pour deux ou trois moments frissonnants.Le plaisir aussi de se dire que c'est chouette aujourd'hui d'avoir affaire à un musicien qui fait ce que bon lui semble quand bon lui semble et qui emmerde un peu tout le monde. Cela change un peu des stratégies frileuses et des professionnels de la musique balisée/formatée au kilomètre. Car ce disque n’est en aucun cas une parenthèse dans la carrière de Sébastien Tellier mais davantage un "concept" tout comme ses disques précédents. Des artistes qui se font ainsi plaisir, qui vont au bout de leur envie du moment et qui crée ainsi au bout de 4 disques seulement une œuvre conséquente et variée (et puis avoir Air et la moitié de Daft Punk à son tableau c'est pas si mal que ça pour une carrière que l'on souhaite longue), ce genre d'artiste là mérite à défaut de notre pleine adhésion tout du moins notre respect et notre curiosité (déjà) impatiente quand à la suite des événements discographiques à venir.

Il est de coutume de définir le postmoderne en mettant en avant la notion de chemin et de trajet les tenants de l’âge classique mettant quand à eux l’objet de la quête, la fin, en avant. A ce titre Sébastien Tellier est un artiste postmoderne, pour le meilleur et pour le pire.




Allez, vous pouvez lâcher les chiens maintenant!!





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