Le titre d'un album n'est jamais anodin ; bien souvent, il engendre la réflexion, l'approche. Il programme le projet entier de l'album, pose en quelques mots une intention, une destinée musicale. Un titre inscrit l'album dans le sillon, dans les veines qu'il met au jour. The shape of jazz to come (Ornette Coleman), Meditations (John Coltrane), Kind of Blue (Miles Davis), The spaces in between (John Surman), Saxophone improvisations (Anthony Braxton). Un titre crée un impact, que ce soit dans une évocation poétique, politique, historique, philosophique...
A ce titre, Music offre au dernier album du pianiste Ronnie Lynn Patterson un statut particulier, comme un manifeste. Voici Ma musique.
On imagine (schématiquement) qu'un musicien va poser les bases de sa carrière en interprétant les morceaux d'autres pour ensuite proposer ses propres compositions et définir ainsi Sa musique. Ronnie Lynn Patterson fait de Music, son quatrième album, un disque complet de reprises. Sa musique est aussi la musique des autres. Passage. Quelque chose de finalement bien naturel dans l'histoire du jazz, pétrie du double mouvement incessant de digestion de sa propre musique et des musiques extérieures et d'avancée inexorable vers un point musical plus élevé. La rivière et la montagne réunies dans un même paysage. Patterson se nourrit, se réapproprie et fonde alors son jeu, dessine son esthétique.
Dès son premier opus, Ronnie Lynn Patterson s'est imposé comme un musicien de l'espace. Rien de bien surprenant pour cet ancien batteur dont la fonction est la découpe du temps en autant de plages accueillant le son. Un musicien de l'espace qui n'a rien de moins qu'entamé sa carrière discographique en interprétant des pièces de Morton Feldman. Extension, dilatation. La musique est un gaz qui occupe le volume qu'il trouve autour de lui. Music conforte cette sensation d'ampleur, de paysage qui se dévoile la brume se dissipant, déjà prégnante dans Mississipi puis Freedom Fighters. Il réinvestit parfaitement les morceaux (ou les pièces) de Monk, Miles et Bill Evans, Coltrane, Ornette et trois standards constituant son répertoire, en en proposant des versions sinon épurées, prises dans une torsion qui conduit à l'ouverture et à la recherche d'équilibre. Déploiement, volutes, envol façonnent l'esthétique du pianiste.
La présence des frères Moutin (François à la contrebasse et Louis à la batterie) n'y est pas étrangère tant ils parviennent à cerner l'éther du piano tout en l'incarnant dans des racines jazz plus tangibles. Une batterie qui se délite jusqu'à ne conserver que l'essentiel, une contrebasse qui garde toujours une note au sol et lance des grappes de notes comme une corde tendue dans le ciel.
Aussi, Patterson reste-t-il toujours dans le domaine du sensible autant qu'il reste attaché aux thèmes (ou morceaux de thèmes) du jazz qui ont façonné son identité. Sans tomber dans l'abstrait ou l'abstrus, Music constitue un beau point d'équilibre entre un Free Jazz perdant son tempo régulier, un Jazz moderne soucieux de son histoire, une musique contemporaine de la contemplation et de la vapeur.
Music
Ronnie Lynn Patterson (piano), François Moutin (contrebasse), Louis Moutin (batterie)
Out Note records
Au Duc des Lombards à Paris :
Commentaires
De : Loterre
je n'ai pas l'impression que vous étiez au Duc des Lombards à la dernière session de Ronnie Lynn Paterson , le batteur et le bassiste , excusez moi de vous dire ne sont aucunement se que vous descrivez avec votre verve coutumière mais complètement inapropriée en l'occurence , je n'ai vue qu'un tappeur de tam tam et d'un débutant montant et descendant ses gammes sur un instrument bien trop encombrant pour lui .
c'est malheureusement le très mauvais choix qu'à fait Jean Jacques Pussiau en produisant ce cd , ce qui est inhabituel chez lui , nous avons par le passé été habitué à des chois plus judicieux .
très cordialement