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Rock en Seine 2010 : Toilettes sèches et scène humide (on aurait préféré l'inverse)

Dossiers/hommages
Posté par BMRC (Bornu Rémi Motorcycle Cyril) le 2010-09-04



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Edition la plus populaire de toute l’histoire du Festival (3 jours complets, une première) la cuvée 2010 de Rock en Seine tentait d’embrasser de tout son site (on ne dira jamais assez la qualité de confort du Domaine National de Saint-Cloud) un pan de l’histoire passée avec Roxy Music quand même ou encore Jello Biafra dans une veine plus vindicative (Le Plaza Athénée pour les premiers, la pizza alitée pour l’autre) comme quelques tenants de plus (Arcade Fire, Foals, Eels, Temper Trap) ou moins (Paolo Nuttini surtout fouyouyouye) bon goût de la scène pop/rock d’aujourd’hui, la journée du vendredi proposant elle aux abords de la grande scène un curieux remake de Rock en Seine 1996 avec Skunk Anansie, Cypress Hill et Blink 182 (sans parler de ce cher Kéké et son électro-pop faisandée et estampillée 80’s).

 
Carton plein donc avant même que la première note ne soit jouée et l’occasion pour Culturopoing de convoquer quelques-unes de ses oreilles les plus fines mais aussi les plus exigeantes pour les faire se baguenauder au fil des 3 scènes (et uniquement près des scènes, nos excuses donc pour ceux qui voudrait en savoir plus sur les stands des sponsors, difficilement évitables et peu discrets, disons juste que les toilettes de l’espace VIP c’était vraiment la classe et que la chemise du dimanche de Michka Assayas elle pas vraiment). Petit retour en arrière donc, revenons à la semaine dernière, les vacances encore, l’Eté, le rock, tout çà.


 

Virgin Radio Suicides ?


VENDREDI  "C'est quoi mon âge déjà?"

   

La journée du vendredi commence tardivement, une constante des deux premiers jours il faudra nous excuser (le culturopongiste en errance est soit un régional de l’étape un peu flemmard (hein m’sieur Cyril « Rock en Seine en claquettes et en disant qu’on va chercher le pain » Cossardeaux) soit un vacancier sur le retour) mais un poil trop tôt pour éviter le fadasse Kéké (en vacances de Bloc Party pour sa part, le genre de gars à sortir un disque solo pour faire parler la poudre d’escampette et ne produire au final qu’un pétard mouillé), tout sourire et bien improbablement vêtu (on aurait dit un roadie d’Arrested Development ou Amadou & Mariam voire Amadou lui-même).

Le public est bon enfant, une constante de tout le festival, ce qui fait plaisir quand le spectacle séduit (pas si cons tiens les auditeurs de Ouï FM) et agace quand les prestations crispent. Il ne manquait qu’Antoine de Caunes vantant l’usage des capotes et la coupe aurait été pleine. Le public donc prend en tous les cas du plaisir avec cette électro-pop riche en synthés gras, un genre qui a beaucoup mieux à offrir que notre bonhomme, passons donc.


 


Total Foals Forever !
 

Passons d’autant plus que l’heure du set de Foals approche, c’est sur le lieu-dit « Scène de la cascade » qu’il est prévu, on y voit déjà le batteur se promener dans un recoin de la scène, on attend fébrilement car, il faut le dire, on vient un peu pour eux tant le groupe séduit, sur disque comme sur scène (son récent et excellent concert à la Route du rock par exemple). On a envie de dire que ce set des anglais n’est qu’un de plus dans la longue liste de dates de cette tournée, une prestation de métronome, sans trop d’affect ni d’échange avec le public (pas leur spécialité il est vrai), un set trop court (ils jouent quand même super tôt) aussi et puis un son un peu brouillon. Alors décevant ?
 
Et non ! Car un jour moyen pour le groupe c’est toujours bien au-dessus du panier (au-dessus des gentils Band of Horses par exemple, bien au-dessus des certes sympathiques Two Door UGC club également, voilà c’est dit, même s’ils jouaient le lendemain) de la concurrence.
 
L’enchaînement Spanish Sahara/Red Sox Pudgie n’a aucun équivalent ou presque sur les scènes actuelles (pour l'exception, rendez-vous dimanche soir) tant les morceaux sont grands et l'interprétation scénique plus grande encore. On frôle même le moment de grâce ultime sur la première nommée (pour les ignorants, une lente montée de sève qui débute par deux notes de claviers et une voix plaintive et qui s’achève en rythmique hypnotisante) lorsque la pluie commence à tomber au beau milieu (une chanson qui parle de sécheresse, des sentiments comme du territoire et sur laquelle une pluie fine d’été tombe, cela fait son petit effet) sans hélas que le gros nuage noir qui nous surplombait ne se perce. Un mot encore et toujours sur la consistance des musiciens et toujours un big up ému à la session rythmique époustouflante, Foals est plus que jamais un immense groupe de scène (à tel point que leur dernier album, le pourtant excellent Total life Forever, passe bien moins bien à l'écoute une fois ces belles chansons reçues sur scène) et l’attente sera longue d’ici leur prochaine tournée automnale (une date prévue à l’Elysée-Montmartre côté Paris, chic).
 
Autant vous dire que les gentils Kooks font après bien pâle figure (comme en leur temps The National du côté du Fort Saint-Père de Saint-Malo) et leur musique archi-prévisible (même si bien exécutée) n’aide pas. L’occasion par contre de dire que certains sponsors se sont montrés un peu trop envahissants et qu’entendre trois notes lointaines du Poker Face de Lady Gaga entre deux morceaux des Kooks était à la limite de l'outrage, non pas que la chanson de Lady Gaga soit nulle (elle est même meilleure que l’ensemble du répertoire des Kooks, voilà c’est dit) mais on se demande vraiment pourquoi diable on proposait aux festivaliers (venus pour voir des concerts quand même non ?) de se trémousser sur le jeu Just Dance pour la Wii et pourquoi aussi, et surtout, on avait mis les potards aussi forts de ce côté-ci de l’enceinte (soupir).
 
On jette un œil à la faune présente, histoire de dire de suite du mal et d’être débarrassé. Disons qu’on peut séparer le Rockeur en Seine (en scène ?) en trois sous-genres :
 
-          Le plus fourni est le modèle « Jeune kid de festival » avec tee-shirt pareil aux copains, englués en grappe autour du bar, la casquette de travers, le genre à être venus en scooter et plutôt du côté du département nourricier (le neuf deux) que de la gargouillante capitale.
-          Son équivalent féminin ne dépareillait pas non plus, le modèle « Indie but girly » elles-aussi collées les unes aux autres, avec un badge so chic « Ceci est un être unique », badge évidemment dupliqué à quelques dizaines d’exemplaires sur tout le site,
-          Autre modèle remarquable en la personne de plus ou moins fringant néo-quinqua à bedaine et/ou calvitie portant sac à dos de camping sur beau tee-shirt des Ramones (et exclusivement des Ramones, ou alors AC/DC, et oui c’est tout ce qu’il y avait à H&M).
 
Voilà pour le quart d’heure (et le paragraphe) misanthrope.
 
Revenons à nos moutons (hihihihihihihi). On n’attend pas grand-chose des Skunk Anansie (récemment reformé et avec un nouveau best of au feu), même si leurs albums ont beaucoup tourné sur nos platines à l’époque, mais le concert donné par les énergiques anglais (une Skin surtout au top vocalement et physiquement, charismatique en diable) fut une belle réussite, une ribambelle de titres forts, singles ou pas, doux ou pas, pour une sorte de redécouverte émue, comme si on venait de croiser par hasard un bel amour de jeunesse après tant d’années et qu’on s’apercevait avec plaisir qu’elle n’avait pas trop changé et qu’elle était toujours séduisante. Ca jouait sinon sacrément lourd, presque métal par moment, pétaradant bien comme il faut.

 
 


Whatever happened to my Rock en Seine ?

Un mot sur la scène découverte dite « Scène de l’industrie », quelques belles âmes rencontrées sur le site nous dirent le plus grand bien des deux groupes du début, les lillois de Rokken is Dodekijk et les agités de King of conspiracy. L’heure du choix approchait et il fallait choisir entre Cypress Hill et French Cowboy, en fait non c’est une blague car il n’était pas question de rater la prestation de Pellegrini et ses sbires (qui, après Katerine accompagnent maintenant sur scène Jeanne Cherhal). On ne sera pas déçus et malgré la pluie et la durée tristement courte du set (40 minutes, aucun blabla ou presque du pourtant toujours marrant Frederico) on ne le regrettera pas tant le groupe sait concocter de belles et simples mélodies et les habiller d’un bel écrin musical et vocal (les Spectorettes, 4 demoiselles toutes de noires vêtues, densifient les chœurs par ailleurs collégiaux, tout le monde chante chez les FC, même les techniciens sans doute). Pas de Shake, pas de The end of the story, une setlist majoritairement enlevée et resserrée autour du dernier album, au final du pur plaisir once again.
 
Rien sur Cypress Hill sinon désolé les b-boys et b-girls, il faudra aller fureter du côté d’une poignée de skyblogs, c’est bien Cypress Hill en même temps donc le concert devait être bien aussi. Black Rebel Motorcycle Club a par contre et sans nul doute gagné la palme du premier morceau le plus kiffant de la journée, bien poisseux comme il faut mais le groupe a souffert ensuite d’un concert un poil trop linéaire du côté des tempos, comme sur disque tiens, on avait tout de même affaire là à la classe à l’état pur, un bon moment donc d'autant qu'ils eurent l'immense bon goût d'arriver sur scène avec le Be my Baby des Ronettes en guise d'intro, sans doute le plus beau morceau entendu ce vendredi.

Pas grand-chose sur Blink 182, disons juste que le groupe avait sorti le gros show et qu’au vu de leur répertoire on ne se faisait guère de soucis sur le plaisir pris à les entendre. Ca sera pour une autre fois désolé. Encore plus navré d’ailleurs d’avoir loupé Underworld, les glorieux vétérans de la techno tendance mi-progressive mi-plombée tant on adule leurs chansons et qu’ils excellent dans le cadre d’un festival (souvenir ému et pédant d’un moment rare du côté de Glastonbury à l’époque de Beaucoup Fish). Nous sommes preneurs de tout avis sur leur prestation donc, avis aux lecteurs/festivaliers.
 

Une première journée de mise en train donc avec une affiche lourde en nostalgie et/ou en pop enlevée d’aujourd’hui. Le public en tous les cas était aux anges, les organisateurs aussi, après on n’a pas demandé aux gars qui se faisaient prendre en photo devant la voiture de rallye d’un des sponsors (déjà la voiture exposée entre deux stands de galette-saucisses ou de kebab on ne comprenait pas trop mais alors que des gars à bracelet bleu et jaune se fassent prendre en photo à côté-là non) .
 

 

SAMEDI  « Feel good hit of the summer »

  

Cette journée qui commença sous le signe de la communion fraternelle avant de se finir dans le schisme furibard était sans contestation possible la plus grand public certes mais aussi la plus improbable (le groupe du fils de Philippe Clair, Naive New Beaters, qui joue juste avant Jello Biafra, franchement on nous l’aurait dit on ne l’aurait jamais cru).

Une arrivée tardive fait qu’il est impossible de rendre compte des mérites de Chew Lips (sympa sur disque) ou encore Viva and the Diva (excitant a priori au vu du casting). Ce n’est certes pas avec les Stereophonics que le récit allait gagner à l’hagiographie, le groupe oscille entre le bien et le moyen sur disque (souvent bien quand même, beaucoup de belles et grandes chansons avouons-le) mais le concert sonnait ici bien trop impersonnel pour toucher le cœur. Reste le plaisir d’entendre quelques belles mélodies, de voir un frontman mimi comme tout et à l’aise dans son trip rockstar. 



 
On passe de suite à la prestation des Queens of the Stone Age (ne pas parler des autres concerts c’est déjà en parler), les invités permanents ou presque de ce festival pour un concert bien carré et efficace sans pour autant procurer là-aussi grand et beau frisson. Il fallait déjà se remettre de la vision d’un Josh Homme ressemblant de plus en plus à Louis Van Gaal ( ca passe pour un entraineur, surtout d’un club allemand, ca passe un peu moins pour une supposée icône du rock quand même) mais au vu de cette journée bien mainstream le concert de ces bucherons éclairés avaient au moins le mérite de sulfater le devant de la grande scène et de donner au public venu s’évanouir devant Paolo Nuttini ou les Two Door Multiplex Club une jolie leçon de rock’n’roll.
 
LCD Soundsystem est ensuite dans la place et on ne rigole plus, du moins férocement. Les disques sont excellents mais ce concert-ci fut incroyable. Malgré sa brièveté et malgré le cadre peu propice (on se prend à rêver à vite revoir le groupe dans une salle) le groupe (oui oui le groupe, un vrai groupe) a fait très fort ! Avec une énergie folle voilà une machine infernale à faire danser, une machine euphorisante aussi, chapeau bas !
 
Arrive alors le sujet qui fâche: le concert de Massive Attack. Le groupe tourne aux quatre coins de l’Europe depuis le début de l’Eté, le spectacle est ainsi bien rodé, efficace, impressionnant par son design (un superbe et immense écran, des classes de musiciens aussi et surtout) et ses featuring de luxe (Martina, Horace et autres), il propose un véritable voyage au-cœur d’un des répertoires les plus excitants des années 90 (on taira pudiquement le 101th windows du début 2000, le dernier album remontant il est vrai sacrément le niveau cela dit). Le concert fut pour un « certain » rédacteur un monument d’ennui et de prétention, la preuve que le groupe était plus ou moins mort depuis longtemps et qu’il n’avait plus rien d’excitant à proposer. Pour l’autre au contraire ce fut là un moment fort, le même qu’à la Route du Rock déjà, une redécouverte d’un groupe autrefois majeur où les chansons, déjà consistantes en soi, gagnaient la plupart du temps en impact de par la scène( le monstrueux Inertia Creeps, le lancinant Angel, le jouissif Safe from Harm, le trippant à souhait Atlas air en guise de final, une dizaine de minutes de pur trip hallucinogène), un spectacle total, brutal, phénoménal, génial quoi.
 
La brouille qui s’ensuivit fut à peine rognée par l’unanimité concernant les 2 Many DJ’s, un concept rigolo mais un set complètement dépassé et surtout un décalage énorme entre le songwriting dansant de LCD et ce soundwriting (et encore) plat de nos amis belges (2 many DJ's, not enough music?).
 
C’est sur une morne plaine que s’achève cette journée de samedi, l’un de nos rédacteurs quittant l’aire festivalière du côté des gueux payants, l’autre s’en allant noyer son courroux dans quelques (pintes de) blondes de l’espace VIP, jamais Pont de Saint-Cloud et Pont de Sèvres n’avaient semblé si éloigné et antagoniste.

Ils se sont quittés au bord du matin
Dernière ligne droite des vacances
C’était fini le jour de chance
Ils reprirent alors chacun leur chemin
Se saluèrent en levant bien haut le majeur de la main
C’était un beau roman, c’est une sale histoire
 

 
Dimanche : Toilettes sèches et scène humide, on aurait préféré l'inverse ! (non mais) 

Le dernier jour promettait énormément, surtout sur la grande scène avec une affiche presque idéale. C’est au beau milieu de l’après-midi que les Temper Trap déboulent, un choix judicieux pour ouvrir aux festivaliers groggy la route d’une journée potentiellement riche. Soutenu par une base de fans manifestement déjà fervente, le groupe pop livre une prestation enthousiasmante. Ca se cherche un peu, et on peut avoir quelques craintes en constatant qu’au milieu de ce petit chaos d’influences l’efficacité semble être le plus net horizon. Espérons que le groupe mette l’accent sur son psychédélisme généreux plus que sur sa capacité à devenir le-Placebo-des-années-10, et en attendant savourons ce moment vivifiant. Le disque est énorme, le concert est seulement très agréable, le groupe est jeune et se cherche un peu du côté de la présence, un déficit de charisme peut-être mais les chansons sont là et pour longtemps.

 



 Imaginez un peu Elie Semoun grimé en roadie de Suicidal Tendencies et vous aurez une idée du choc à l’arrivée de Eels sur scène, un Mark Olivier Everett tout de blanc vêtu et portant un imposant bandana bleu sur lunettes noires (avec la barbe, imposante elle-aussi, il n’y a plus guère que son nez  à prendre le soleil). Sur disques et en salles, E et ses hommes de main ne déçoivent jamais et  il faut reconnaître qu’en festival, c’est pas mal non plus. Pourtant, le positionnement en début de programme ne joue pas en leur faveur, et on trouvera légitimement leur set (dont le La sera donné dans les premiers titres par un excellent Souljacker pt1 trop court). Trop court car aussi très bon : en mode rock heavy et funky, un E très Hombre Lobo californien accompagné de mercenaires à grosses barbes (dont les incontournables et über-classieux Kool G Murder et Le Chet) débordent d’énergie communicative, rugissante et étonnamment joyeuse (on aura même vu Mark Oliver Everett sautiller sur un jouissif Looking Up final !). Des titres récents comme le suave That Look you Gave that Guy ne dépareillent pas en regard des merveilles comme Mr E’s Beatiful Blues (50s et épique) ou I Like Birds (extatique et presque punk). Le show sent l’Amérique, la grande, à pleines narines. On tente un rappel, emballés, mais on ne reverra pas la barbe, les habits blancs et le bandana du fabuleux performer, festival oblige.
 
18h déjà, voici l’heure de Beirut. Une excellente programmation en fin d’après-midi. Sous un ciel encore clément (attention, teasing anticipé), certains tentent une sieste, et les cuivres et les accents folk de l’orchestre de Zach Condon offrent un cocon rêveur à ces velléités de douceur. La voix est habitée, les mélodies et arrangements tristes et entraînants comme il faut, le moment est beau, on remarque (c’est qu’on à l’ œil) Owen Pallett sur scène, tiraillé entre sa trompette et son violon.

C’est l’heure de lâcher la grande scène pour s’en aller festoyer d’une part (des brochettes japonaises, le steak argentin faisait par trop recette et il est plus facile de piquer la place de quelques demoiselles à converse et jean slim que de passer devant 3 hooligans) et surtout pour aller fureter un peu vers les autres scènes en attendant la bande à Ferry (le mec qui a inventé le refrain collégial pour tous). Mal nous en prend puisqu’à part écouter un gars faire du karaoké sur la seconde scène (ouêêêê génial Seven nation army, comme avec les binious au stade de foot de Lorient) puis un groupe donner dans le funk cuivré et la soulshine fever de bon aloi (pas trop notre tassé de thé mais ça jouait très bien) rien de bien consistant à se mettre sous la dent (c’est qu’on est des indie kid ou pas hein) si ce n’est un bout des Wave machines qui, sans révolutionner quoique ce soit, sans émouvoir, nous fait quand même passer un bon moment de pop alerte et inspirée sur la petite scène de l'industrie.
 
Alors que des nouvelles dramatiques nous parviennent du côté du stade Bonal de Sochaux c’est ici l’heure des braves et des glorieux anciens, pas les Ting Tings même si il y aurait pas mal à dire à la fois sur la qualité de leurs chansons (du moins les anciennes, un nouveau disque sort rapidement) et leur esthétique sur scène, presque fascisante (enfin on l’a pris comme cela). Voilà la lumière du jour qui décroît et l’angoisse commence à poindre : Doit-on s’attendre avec Roxy Music à une visite du musée Grévin ou mieux du musée de Madame Thierry Tusseau? Ouf, la voix de Bryan Ferry est bien là, et même si le show n’est peut-être pas aussi glamour qu’il le voudrait, la pop aussi sophistiquée qu’efficace du groupe réjouit dès  Re-Make/Re-Model. C’est certes propret, et on en regretterait presque de vivre avec son temps et de quitter prématurément la scène de la Cascade pour s’assurer de profiter de l’apothéose promise par Arcade Fire.


 

L’attente est immense, comme toujours avec ce bijou de groupe, pas de doute, oui, ce sera une fabuleuse apothéose, à en juger par un enchaînement terrassant en ouverture : «Ready to Start»/«No Cars Go»/ « Neighborhood#2 (Laika)». Enthousiasme maximal, on va partir loin. Ce qui rend Arcade Fire unique, foncièrement unique, c’est qu’on a l’impression d’assister à notre premier concert du groupe même après plusieurs concerts, le sentiment qui nous anime est toujours aussi fort qu’au moment de la première prise de contact ! Arcade Fire a absolument tout pour lui (compositions, énergie (multipliée par 8), charisme, joie de jouer, symbiose totale, interaction puissante avec son public). La suite du concert poursuit le sans-faute et transpire le plaisir de jouer et l’envie de toucher le ciel. Second décollage, encore plus prometteur avec le pourtant too much sur disque «Intervention», suivi du superbe et intense «We Used To Wait» : les pieds ne touchent plus tout à fait terre et la pluie, violente et soudaine, ajoute à l’urgence de l’ensemble.
 
Hélas, c’est ce même élément (portant aisément prévisible et qui s’est avéré de courte durée) qui pousse les couards organisateurs à imposer une fin prématurée à un groupe pourtant débordant du désir de continuer. C’est triste, moche, et bien peu rock’n’roll. L'impression de subir un Coitus Musicus Interruptus. On a tellement d’exemples en tête, vécues ou connues, de concerts sous la pire flotte possible, qu’il est difficile de prendre acte de ce laconique message (parce que finir un tel concert en eau de boudin il faut le faire, bravo aux organisateurs donc). On préférera garder en mémoire la touchante tentative des canadiens/texans de revenir avec un «Wake Up» encore plus beau et mélancolique (dans ce contexte) que dans le trailer du Where the wild Things are de Spike Jonze. Il restait pourtant presque 20 minutes avant le très rock’n’roll couvre-feu de 23h30, largement de quoi faire plaisir au public via 1 à 2 titres en mode acoustique,

mais non.

On repense alors à ce drapeau de pirate qui trône au sommet de chaque scène du site, comme pour symboliser l’envie de jouer avec les codes du rock, le danger, le confort aux oubliettes, le mur du son (pas très puissante la sono du festival quand on y pense) mais tout cela en mode Cruise control. Rock en Seine ou le symbole (et rien qu’un symbole) de la corporate rebellion.
 
Que des promesses avortées aient pu nous emmener aussi haut en dit long sur le feu sacré des arcadiens, et hélas, sur la petitesse des choix malheureux qui président à la destinée d’un festival de cette envergure. Et puis quelle classe de faire une annonce laconique au micro en mode Jean-Claude Camus (c'est la mort dans l'âme que les musiciens d'Arcade Fire doivent arrêter)  sans même daigner se montrer sur la scène et en 15 secondes chrono avant de fermer le ban sans meme inviter le public à aller se faire foutre peut-être mais à rentrer chez lui au moins, plus que léger !!! On pense à la scène de l’accident dans le film Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud et Michel Fortin qui sort ensanglanté du bus en hurlant aux pontes du club « Bertier n’a rien ! Les tentes des sponsors n’ont rien !! Le matériel n’a rien !! La matériel n'a rien !! ».
 
 

 

Le retour sur Terre serait à narrer aussi, un remake de La nuit des mort-vivants around Boulogne-Billancourt où des hordes de festivaliers errent à la recherche d’une station de métro, d’un bus ou d’un taxi. Pour retourner du côté de Coup de Tête, on imagine bien un Jean Bouise portant converse et jean serré dire du côté d'un algéco sis derrière la grande Scène à ses sbires entre deux coupes de champagne "On aura au moins sauvé la recette".

Cela fait beaucoup n’est-ce pas ? Et bien non, il faudrait recommencer demain que nous le ferions sans doute tous comme un seul homme, une seule femme, un seul fan tant le fait de voir Arcade Fire (surtout, mais pas seulement) valait le déplacement.
 
Il faut saluer le public de ces trois jours, même si on se moque gentiment de lui plus haut, un public résolument positif et toujours chaleureux avec la plupart des groupes. Un public sans doute moins sévère que nous le sommes avec l'organisation, même si le bilan est tout de même positif n’exagérons pas. Allez rendez vous l’année prochaine pour Katie Perry et Franz Ferdinand et évidemment la reformation de Téléphone.

 
 




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