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Rob Brown et William Parker à "Sons d'hiver" (30/01/10)
Dossiers/hommages
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Voici deux semaines environ que je vous vantais les charmes musicaux du festival Sons d'hiver (commencé vendredi 29), placé dans les hautes sphères du Jazz (Free) et des ouvertures qu'il a toujours suscité - et dont il s'est nourri - en proposant certains des plus grands musiciens actuels (William Parker, Hamid Drake, Roscoe Mitchell, Tony Hymas, David Murray) et des projets hybrides toujours innovants (lorgnant vers le rap, la soul, le blues, le spectacle vivant, ...). Et c'est plein d'entrain que je me rends à Saint-Mandé samedi 30 pour voir Rob Brown (sax) en trio avec Craig Taborn (piano) et Nasheet Waits (drums) pour un trio inédit de Free avec trois individualités brillantes ; suivi du quartet de William Parker (grand habitué du festival, tout comme Hamid Drake par ex.), un des ensembles qui se situent à mon sens au proche de l'héritage du Free Jazz "historique" d'Ornette Coleman, qui invitait pour l'occasion deux musiciens : James Spaulding et Billy Bang. Une soirée qui laissait présager d'une musique exigeante dans son actualité (se renouveller) et dans son interaction (improviser et créer dans l'instant du groupe). Finalement, cette soirée a été un peu l'illustration du fait que, même au sein du Free Jazz, pourtant sorte d'avant-garde du Jazz menant à la musique improvisée (ou improvisation libre), on peut concevoir une forme d'académisme. C'est antinomique, tant le Free Jazz se voulait explosion des carcans (harmoniques, rythmiques, structurels) du Jazz, proposant un foisonnement de chemins, centrés sur l'instinct (et l'instant) du jeu et l'interaction entre musiciens (plutôt que le respect d'une partition), se proplusant dans l'arène cruelle de l'improvisation "sans filet". Liberté, voilà le maître mot du Free Jazz. Antinomique donc, d'appliquer à un concert de Free Jazz le qualificatif "académique" - mais finalement, cela se retrouve déjà d'une certaine manière dans cette omniprésence de William Parker au festival, un peu comme une "valeur sûre" sur laquelle se reposer pour assurer un concert et probablement amener quelques musiciens supplémentaires (tel Rob Brown par ex. qui fait partie du quartet également). ![]() rob brown On sent déjà à la fin de la première partie une certaine pesanteur. On est loin de la musique enlevée d'un trio inédit où un projet va unifier le tout, proposer des interactions fécondes dans des registres variés, pose une esthétique particulière et regarde la musique sous un angle neuf (pas nécessairement nouveau en terme d'innovation, mais avec une certaine fraîcheur). Un projet qui aurait en fait le pouvoir de faire découvrir et de mener les musiciens suivant des chemins qu'ils ne connaîtraient pas encore (preuve que cela est possible avec la même formation : l'album Door du groupe Fieldwork avec Steve Lehman, Vijay Iyer et Tyshawn Sorey). Les trois musiciens (très réputés et aimés de ma personne mais peut-être assis dans un "trop-plein" de projets et d'approches empêchant ce regard neuf, naïf si j'ose dire) ne sont finalement parvenus qu'à réunir leurs individualités sans jamais réellement établir de dialogue (en restant trop le nez dans une partition improbable) et s'engonçant même parfois dans des tics. Les thèmes (car dans le Free Jazz il reste tout de même un thème, souvent à la ligne destructurée, rapide, bizarre) se ressemblent tous assez, une succession de petits segments à l'allure assez contemporaine (détachée, atonale...) pris à l'unisson sax/piano. Ils mènent à des soli (1 qui joue, les autres "accompagnent") voire quelques situations de duos tournants où la part belle est fait à la démonstration technique (si ce n'est le jeu sec de Rob Brown) plutôt qu'à l'exploitation de ces contextes de jeux multiples. Peu d'écoute donc, peu de subtilité, les musiciens se limitant grossièrement à deux registres de jeu : le tonnerre propre au Free (sorte de cacophonie tonitruante émergeant du jeu furieux de chacun) et la pluie fine où seules quelques notes nous parviennent. Trop peu de cohésion entre les instrumentistes pour faire naître de véritables espaces musicaux... ![]() william parker ... mais le pompon revient finalement à William Parker, son quartet et ses invités. En fait "and guests" rétrospectivement se réintègre dans le manque d'exigence de ce concert. Le tout a vite paru être organisé "entre potes", comme une sorte de gros boeuf sympatoche où on reprend des vieux thèmes et on se les joue bras dessus bras dessous en se faisant des clins d'oeil. La rythmique basse-batterie n'a grosso modo pas évolué d'un bout à l'autre du concert, éreintant le charleston et la corde aux confins de la répétition, soutenant des structures insipides "thème, impro1, impro2, rappel du thème, impro3, etc.." accueillant des soli quelconques. Cette atmosphère bon enfant est exaspérante, car elle laisse une impression désagréable de facilité, de musique facile qui roule et ne propose rien, aucun enjeu alors que là est justement toute l'essence du Free Jazz au-delà des aspects purement esthétiques (thèmes, style des soli). Aaaaaaaaaa ! Le Free Jazz (et par des comparses particulièrement représentatifs du genre comme Parker et Waits sur Tamarindo de Tony Malaby (sax), ou le William Parker quartet lui-même - écouter o'neal's porch) tombé dans le train-train, dans la "musique à papa", dans le populo quand cette musique permet de susciter des émotions bien plus grandes et intimes que le tapage dans les mains ! Bon, il reste plein d'autres bons concerts à Sons d'hiver, mais attention tout de même à éviter ce type de concert un peu facile qui, il est vrai, recueille les faveurs majoritaires du public, mais semble s'éloigner d'un véritable propos de musique en marche.
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