Du lourd, du très très lourd et du très bon. La polémique rugit de leur Allemagne natale, clip « Pussy » interdit au moins de 18 ans, dernier album mis à l’index, incitation à la violence et au sadomasochisme, soit disant références à l’idéologie nazie et on en passe. Et on a envie dire : et alors ? Ce n’est pas tout ça qui a rempli Bercy deux soirs de suite en des temps record avant même la polémique. En plus, ils font leur grand retour depuis cinq ans et le spectacle vaut le détour. Et pourtant, musicalement on se dit que le metal industriel a fait son temps, que l’inspiration est morte et on peut craindre un étalage scénique pour arrondir les angles.
Arrivée une heure avant le concert : une marée noire de gothiques en tous genres a conquis tout le quartier mais dans une très bonne ambiance bon enfant, malgré la boue des jardins et les rideaux de pluie. Un beau déballage de cuir, colliers de force, tee shirts effrayants, pointes d’acier cheveux longs blonds, roux et rouges. Mais tous sont très détendus, courtois, joyeux et finalement on ne peut plus « civilisés », incitation à la violence on a dit ? Vive la désinformation et la pensée unique et au contraire cela fait plaisir de voir tant de monde qui assume ses goûts.
Première partie : Combichrist. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils mettent directement Bercy déjà comble dans l’ambiance. Pas de guitares, juste deux batteurs complètement fous, un chanteur, et des synthés. Un joli mix de techno allemande et de death metal. Apparemment ils sont déjà bien connus du public au vu de la participation générale. Un peu de vitriol dans les oreilles ne fait jamais de mal : des rythmes en boucles électroniques à la Prodigy, imparables, accompagnés de batteries scandées à toute allure, le tout couvert par une voix sombre à souhait. Le look du groupe va avec : têtes rasées ou coupes en iroquois, tatouages sur tout le corps, peintures corporelles blanches. De joyeux lurons bien sympathiques en somme pour une belle découverte qui à l’air de mettre en transe la fosse, déjà, avec une petite setlist ravageuse.
21h03, extinction des feux. Une entrée dans les normes Rammstein : complètement déjantées. Les artistes traversent le rideau noir en perçant des croix qu’ils défoncent ensuite pour rentrer sur scène, à coups de guitares ou de tronçonneuses pour apparaître, en bouchers. Conceptuel… Le son est extraordinairement net pour du metal industriel, alors que les baffles sont très proches, métallique à souhait. La première « Rammlied » met dans l’ambiance, tout Bercy scande les RAMM-STEIN endiablés en roulant les r. Suit « B**** » la fosse aux lions commence à se réveiller pour exploser sur « Waidmanns Heil ». Là, le véritable show commence, le public est bien chauffé et hurle tous les refrains sur un son bien lourd, gluant et une voix gutturale de Till presque irréelle venant d’outre-tombe. L’ambiance est vraiment excellente et on nage en plein délire.
La mise en bouche terminée, les effets pyrotechniques commencent sur des « Keine Lust », « Weibes Fleisch » , « Feuer Frei », « Wiener Blut » sur lesquels le public est déchainé et reprend toutes les paroles. Même le chanteur en est surpris et du coup on voit que le groupe prend vraiment du plaisir à être là au vu de leurs grands sourires . Les effets visuels sont tous mieux les uns que les autres, rampes de feu, explosions, geysers de feu et de fumées, lance-flammes, jeux de lumières très bien étudiés accompagnant le son superbement dans une débauche et exubérance totale. Rien à dire, ils mettent la barre bien haut ces allemands !! Le challenge est respecté, on rentre complètement dans leur folie et tout le monde adhère. Petite pause émotionnelle avec un « Frühling in Paris » émouvant avec le chanteur qui n’a même pas beoin de lancer les refrains qui sont chantés en chœur par la foule.
Avec « Ich tu dir weh », les feux d’artifice font leur apparition, Till monte sur un perchoir ascendant et en laisse tomber des cascades sur le pianiste allongé dans une baignoire. On entre vraiment dans la folie furieuse avec des effets croissants et spectaculaires sur chaque titre : feu sur « Benzin » avec un faux fan immolé, lumières, projections de mousse sur « Pussy », explosions, cascades de feux d’artifices. Tout cela peut paraître ridicule décrit comme cela mais il faut mêler tous ces effets à la musique, impeccable et à une implication théâtrale du groupe dans la mise en scène générale à féliciter. A tout cela s’ajoute une machinerie de scène impressionnante, on en a plein les yeux, plein la tête, plein les oreilles et on en ressort lessivés, écrasés, heureux ?
L’ultime fin avec « Engel » est mémorable, Till apparaît sur scène avec des ailes d’ange qui se déplient au fur et à mesure pour prendre finalement feu. Pas la peine des s’essayer à une interprétation quelconque, on y voit tous ce que l’on veut: ange blessé, déchu, fin du monde illusoire…Et encore une fois, pour quoi faire ? C’en est juste très beau visuellement et cela se plie tellement bien aux paroles et à la musique.
Un très beau spectacle, ils sont toujours en forme malgré toutes les rumeurs et quelle interprétation parfaite, voix juste, émotive, batterie imparable et guitares bien bien lentes et lourdes. Une mise en scène digne d’un opéra ? Vivement le DVD live, les deux soirées étaient filmées…