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Rachel Unthank & The Winterset - "The bairns"

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Posté par Bruno Piszorowicz le 2008-12-03



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Certains internautes connaissent peut-être le film The Wickerman, celui de 1973 avec Christopher Lee j’entends et non son poussif remake de 2006 avec Nicolas Cage. Cette terre dure au mal mais qui sait se faire aimer sise dans le nord de l’Angleterre, ces rites ancestraux et cette sensation que le temps s’arrête là où l’écume de l’Océan courbe l’échine face à la pierre de là-bas. Cette musique aussi rappelez-vous, ces airs traditionnels chantés le plus souvent a capella et qui aident à rendre compte d’une atmosphère poisseuse et surannée.

Et bien avec ce second album de Rachel Unthank c’est un peu de cet air là qui s’échappe de nos enceintes. Elle développe en effet avec ses acolytes (sa sœur Beckie au chant, la violoniste Niopha Keegan et la nouvelle pianiste (ravissante, proprement ravissante) Stef Conner) une musique profondément imprégnée des comptines et autres ballades traditionnelles des terres du nord de l’Angleterre (des rives de l’Ecosse aux faubourgs de Newcastle dont les sœurs sont originaires). Evitons de suite une première méprise, si ce n’est pas pour rien que ce second album (le premier est fait de l’exact même tonneau et s’intitule « Cruel sister ») sort chez Realword, la sono mondiale de Peter Gabriel, de par sa filiation lourde avec les airs traditionnels du pays il n’est pas question ici d’ambiance celtique mais bien plus tout simplement de british folk au sens large à savoir piano et/ou violon et/ou violoncelle qui accompagne des comptines et autres ballades.

Sur les 15 titres se déroule un fil imaginaire allant des rivages de l’Ecosse à Newcastle en passant par l’Irlande et quelques airs de pochtrons bien sentis. Dés les premières notes nous sommes saisis par une impression presque physique de pénétrer dans une chambre élégante qui n'aurait pas été ouverte depuis des années (les années 30 par exemple), une atmosphère retro certes mais pas surannée pour autant, une odeur de thé chaud dans la pièce, l’horloge qui sonne 15h déjà, une pluie peut-être dehors, du moins de la buée sur le bas des vitres, un silence qui ne serait pas pesant, juste un temps suspendu.



Ce disque de Rachel Unthank c’est donc une célébration moderne (ce travail de réarrangement, d’appropriation d’un patrimoine, de comptines folks subtilement arrangées) d’un héritage musical mais c’est aussi (et avant tout peut-être) une célébration d’une voix, sublime. Celle de Rachel même qui en plus d’une technique époustouflante donne corps, vie et forme aux mots par son chant, une sorte de chant mélodramatique (écoutez en particulier sa gouaille sur le magistral Blue bleezing blind drunk). La voix de Becky la petite sœur n’est pas en reste même si on peut lui reprocher peut-être d’être un poil trop appliqué et concentré là où sa sœur virevolte. On ne lui en fera pas le reproche, après tout elle n’affiche que 23 petits printemps au compteur.

Un pan de la mémoire musicale britannique dans sa frange populaire, deux voix (ajoutons également celle de Niopha qui, bien que très discrète, n’est pas en reste quand la nécessité s’en fait sentir) profondes et envoutantes, il ne manque alors rien au tableau lorsqu’on ajoute la qualité du piano et du violon, toujours minimalistes et inspirés. Le tout donne à ce recueil de chansons l’étoffe d’un beau, d’un bel, d’un grand album.

Les fans de pop neurasthénique, celle des temps de pluie et de mélancolie élégante, ceux peut-être qui aiment le disque « Gling Glo » de Bjork (et peut-être la qualité vocale et l’atmosphère des chansons de Sinead O’connor les plus épurées), ceux qui adorent la pop de chambre en mode orchestrée, lente et épurée, ceux-là aimeront énormément ce disque bien au-delà de son aspect « reprises de trucs traditionnels du nord de l’Angleterre par des filles en robe jersey ».

Il y a là même un travail fascinant à observer avec le jeu des relectures/ajouts : nombre de couplets spécialement écrits collés à des petits airs entendus depuis toujours, des medley de quelques chansons avec des emprunts aux unes et aux autres tenant magiquement debout, un choix de reprises méticuleux (Robert Wyatt, Bonnie Prince Billy, Anthony & The Johnsons), des gimmicks de piano et/ou violon et/ou violoncelle ajoutés à des airs originellement a capela, quelques pas de tap dance également entonnés à la toute fin d’une chanson (et sur scène également), tout sur cet album est d’un tonneau supérieur et d’une divine ivresse.

Stef, Becky, Rachel & Niopha


Tâtons du bémol pour un morceau ou deux (I wish, un poil longuet par exemple) qui lassent après la 2154è écoute mais guère plus, peut-être une fin de disque un peu trop calqué sur le même et monolithique tempo toutefois. Il suffit néanmoins d’écouter le premier titre Felton lonnin pour toucher au plus près de la beauté de cet ensemble, trois notes de piano égrenées en douceur et rythmées par une loop minimaliste (ah non pardon, en fait simplement Becky qui tape deux fois du talon et tape sur la paume de sa main en mesure) et une vocaliste en état de grâce dés les premières mesures qui fait des pirouettes en emmenant avec elle un violon essoufflé mais vaillant. Une certaine idée du luxe, du calme mais aussi de la volupté. On y rajoutera le Blue bleezing blind drunk déjà cité comme autre petit moment de pure félicité du disque, une chanson sur laquelle jamais le délicieux accent du Nord-est de l’Angleterre n’aura été aussi séduisant (ah ce « You come hôme dreunke » et autres « Juste givin’ Nikki a woerning » !). On y ajoutera par trop d’enthousiasme spontané presque tous les autres morceaux, du Sea Song de Wyatt sacrément poisseux aux arabesques presque joyeuses que son Blue's gaen oot o'the fashion et Blackbird. On s’arrêtera là mais l’envie y est d’ajouter encore et encore flatterie et compliment à cet album, cette musique, cette demoiselle.

Car Rachel Unthank, ce délicieux petit fagot anglais, a signé avec ce deuxième album un chef d’œuvre et rien d’autre. Un chef d’œuvre qui aura d’ailleurs été nominé pour le gain du prestigieux Mercury Prize awar cette année (au milieu tout de même de Burial, Adele, Last Shadow Puppets, Radiohead ou encore Elbow (finalement vainqueur) et Robert Plant!).






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