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Quadriga Consort - "Ships Ahoy!, Songs of wind, water and tide" - Outhere Music
Les sorties
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Tenter l'abordage d’un répertoire traditionnel celtique par maintes fois visité est ardu. Néanmoins, ce n'est pas impossible. Avouons que dans l'exercice il y aura toujours de la part de l'auditeur une part de subjectivité sourde à l'argument. Passée cette mise au point, l'ingéniosité peut consister à privilégier un traitement non conventionnel de l'arrangement sans toutefois trahir le canevas mélodique d'origine. Le décalage historique par exemple. L'ensemble autrichien Quadriga Consort mené par le claveciniste Nikolaus Newerkla s'est spécialisé dans l'exploration du patrimoine musical des Iles Britanniques et ne cesse depuis sa création en 2001 de nous en faire une démonstration lumineuse. Car qu'est-ce qui pose problème lorsque l'on s'attaque à ce répertoire pluriséculaire? Aussi bizarre que cela puisse paraitre, nous pourrions avancer sur le plateau du backgammon sa popularité. Par un jeu de séduction naturelle, cet héritage menacé de perdition bénéficie d'un quota sympathie qui provoque malheureusement - le voici donc le revers de la médaille - pléthore d'interprétations à la qualité inégale. Certains compositeurs de musiques de films n'ont d'ailleurs pas vraiment contribué à rehausser les couleurs de pavillons par trop aseptisés ou ronflant sur les quarantièmes rugissants. La vague New Age encore moins. Dans la marée de versions disponibles, l'auditeur peine à trouver sa vie. Parmi les écueils récurrents, on relèvera les ornementations sinueuses du chant, les récidives exaspérantes d’arrangements synthétiques, les habillages ampoulés qui engloutissent l'air sous une mer d'effets à proprement parler indésirables, dans des filets à la sensiblerie guimauve qui ternissent le chant et affaiblissent la puissance d’évocation de la mélodie. Quels sont les points forts du Quadriga Consort? Premièrement, la voix portée par Elisabeth Kaplan, chanteuse d'origine sud-africaine indéniablement en état de grâce. Rigoureuse sans être scolaire, sensible sans être sentimentale, elle met en place des leçons d'interprétation très humaine au travers d'un timbre diaphane aux modulations parcimonieuses qui font mouche à chaque usage, sans surinterprétation, suivant une articulation parfaite. La raison d'une telle approche pourrait être à chercher dans son parcours montrant une démarche d'ouverture et de décloisonnement bénéfiques au renouvellement des genres sclérosés par les clichés et les codes. Kaplan s'est notamment frottée au jazz et à la pop, deux mondes qui sembleraient, de prime abord, ne pas avoir grand chose en commun. Le deuxième atout est l'accompagnement instrumental. De structure baroque, il est constitué d'une rythmique classique : viole de gambe, clavecin mais intègre bien sûr aussi la flûte, emblème incontournable de la musique populaire celtique, le tout complété par des percussions. Le clavecin, dont on peut souligner la limpidité du son, apporte aux traditionnels un impromptu de délicatesse, de raffinement léger sans pour autant verser dans un clinquant luxuriant impropre à l'esprit du répertoire. L'arrangement concocté par Nikolaus Newerkla atteste d’une distance propice à la clairvoyance pour un travail de fond notable sur les pauses et les silences, sur les tensions et les équilibres. Entre instrumentaux et airs, chants et intermèdes, l'auditeur navigue sur des océans intimistes, introspectifs, que, grâce à une généreuse attention de l'ensemble, l'auditeur retrouvera dans le livret en traduction française. En plongeant dans Ships Ahoy, c'est aussi, hormis les préoccupations affectives, les messages d'espoirs, l'expression des craintes ( peur des pirateries, dangers maritimes) , les profondeurs des carènes de l'Empire que l'on explore à travers la voix des hommes de la mer. Avec les laments (Ailein Duinn, the Sailor Laddie), les Sea Shanties (Oran na Maighdinn Mhara, Pulling the sea dulse, The Saucer Sailor, The coasts of high barbary, Captain Magan, The Greenland Whale Fishey), les odes à la terre natale (The Cliffs of Doneen), les compositions du légendaire harpiste du XVIII siècle, Turlough O'Carolan ( Kitty Maggis), l'ensemble Quadriga Consort propose un portrait personnalisé et saisissant de ce patrimoine immatériel dont il est enfin à souligner la sélection neutre et classique. Les airs jacobites (catholiques partisans de Jacques II), inspirés de figures héroïques écossaises, dont Flora McDonald dans Twa Bonnie Maidens cohabitent avec des protest songs protestantes, surgissant militantes dans les tavernes du XVII pour glorifier la victoire de Guillaume III d 'Orange sur Jacques II à la bataille de Boyne (Boyne Water). La plongée au coeur de la Renaissance, dans ses luttes de pouvoir pour la maitrise des océans, la conquête des terres et des esprits par la religion est garantie. Guère surprenant de croiser sur le gaillard de la tracklist des illustrations thalassocratiques avec la ballade maritime The coasts of high barbary. Un proverbe irlandais dit que "trois choses sont impossibles d'acquérir : le don de la poésie, la générosité, un rossignol dans la gorge". Disons qu'il va comme un gant à ce remarquable album au charme intemporel. Un album dont nous vous recommandons chaudement l'écoute. Sorti dans la sélection les chants de la terre du catalogue belge Alpha, parions que cet album réussira un tour de force : celui de conquérir un public inhabituel, peut-être même de rallier à sa cause les déserteurs du genre.
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