Philippe Nicaud c’est évidemment coté cinéma l’inoubliable trublion de Pouic Pouic et le lutineur fesses nues de Mon curé chez les nudistes, force est de constater que ces deux rôles mémorables occultent un tantinet le reste de sa filmographie où apparaissent toutefois les noms de Clouzot, Guitry ou encore Philippe Clair même s’il emballa tout de même à l’écran, outre Mireille Darc dans Pouic Pouic, ni plus ni moins que Jeanne Moreau et Brigitte Bardot. Notons aussi qu’il fut le scénariste de la Cage aux Folles III, respect donc.
C’est aussi et surtout un interprète solide de nombre d’adaptations télévisées des récits imaginés par Jules Verne. Ce fut également une figure bien connue des téléspectateurs de par ses prestations dans nombre de pièces de boulevard, d’émissions de télé de type « Les jeux de 20h » ou de téléfilms divers et variés. Un acteur gentiment populaire pour résumer dont on va gloser de la carrière discographique à travers cette excellente réédition de la part du non-moins excellent label Vadim Music de son dernier album, sorti en 1970.
Dernier album en effet mais en aucun cas le premier, une pierre de plus dans le jardin des délices de Philippe Nicaud côté chansons. Il s’était en effet rendu coupable au début des années 60 de deux 25cm, l’un sobrement intitulé « 7+1 péchés capitaux » et l’autre plus laconiquement nommé « Chansons cu….rieuses ». Marrez-vous mais pour ce dernier album on voit crédité le nom de Charles Aznavour côté musiques, ouais. On se rappelle de lui également pour sa collaboration au disque confidentiel et rare de San Antonio (oui oui, une participation à un disque introuvable, ca vaut bien un « pour ceux qui se rappellent des scènes coupées du film »), le fragilement nommé « Déconorama ».
Vous l’aurez sans doute deviné, on ne vous la fait pas à vous, le gars Nicaud était un sacré obsédé, un chaud lapin. La monomanie du sexe donc, mieux encore de la paillardise bon chic bon genre, la truculence des fins de nuit quand les petites pépées baillent devant un verre de scotch (on est loin de la téquila paf ou du coca/ecsta) face à deux quadra en costumes à rayures aux faux-airs de figurants des films de George Lautner. Le genre « Viens faire un tour au bar-tabac PMU bébé ».
Erotomane notoire et obsédé fortement sexué il allait de soi en 1970 que l’ami Nicaud ne tripota son micro pour célébrer la libération des mœurs naissante (mai 68 et avec lui le nouveau monde n’avait pas deux ans) et ne propose ici 11 titres dévolus aux choses de la vie (sic), autre chose que Patrick Sebastien et sa parodie de Hugues Aufray « Debout les gars réveillez-vous il va falloir m’en mettre un coup » en guise de Cheval de Troie de la partouze rurale laissez-moi vous le dire !
En écoutant l'album, on pense de temps à autre à un Gainsbourg rural (même si dans le genre Rinaldi et ses Charlots faisaient mieux avec leur mémorable « Sois érotique ») ou du moins frustre, plus goguenard aussi, le genre à lever le sourcil dés qu’un petit cul passe sous le nez là où Gainsbourg se resservait un verre en disant que l’amour physique était décidément sans issue. Et puis si Gainsbourg était le gars qui avait retourné sa veste quand il s’est rendu compte qu’elle était doublée en vison, Philippe Nicaud lui c’est plutôt le gars qui avait retourné le slip de sa femme quand il s’était rendu compte qu’il était doublé en fourrure (ou trop petit allez-savoir, quelle époque hein !).
Mais revenons voulez-vous à l’album, lui qui célébre les joies de la séduction, du pelotage, de la paillardise de meule de foins et de galipettes sur la moquette orange,
Philippe Nicaud y signe tous les textes, une expression plutôt soignée avec peu de facilités, heureusement d'ailleurs parce qu’elles font mal aux oreilles quand elles prennent le dessus tant d’ailleurs musicalement que textuellement comme pour le menuet « La minette de l’archiduchesse » où l’on est bien plus près du clip de Didier Barbelivien pour sa chanson « les mariés de Vendée » que de l’univers du marquis de Sade ou encore avec le sincèrement horrible « Les Cigales et les fourmis » en mode square dance, tout juste digne d’une séquence coupée d’une émission de Maritie & Gilbert Carpentier dédiée à Roland Magdane. En passant vous imaginez, le groupe Velvet Underground & Nicaud ? Heroin deviendrait Syphilis, Femme Fatale garderait son nom et Venus in furs prendrait un tout autre sens.
Pouf pouf, reprenons.
La musique est signée Gérard Gustin (et son orchestre) coupable de nombre de musiques pour Sacha Distel, Marcel Zanini mais aussi Annie Cordy ou encore Jean Rochefort (oui oui, pour le 45T « chien abandonné » en faveur de la SPA) mais qui rend ici une copie superbe de jerks opiacés, de bossas franchouillardes de belle facture, de slows gluants et de minauderies pop typiques de l’époque (génération et vénération Michel Colombier en gros), sans oublier les chœurs Dim Dam Dom (hello Michel) planqués ici ou là.
Gainsbourg et NIcaud sont dans une voiture, le premier carbure pas à l'eau,
qui reste dans la voiture ?
Un bel écrin donc pour les minauderies du Nicaud qui n’a pas son pareil pour rendre torride la moindre ligne chantée (ou slammée (spoken-wordée ?), comme il faudrait le dire).
Ainsi sur « Tout bas tout bas », une bossa respectable le voilà qui dit posément à une minette :
« Toutes les folies dont j’ai envie quand tes yeux prennent mes yeux pour un lit »
Sur le slow typique de l’époque (d’obédience Procol Harum/Gainsbourg côté orgues et superbes cordes) « Brève rencontre » le voilà tout ému à l’heure du guili-guili sexué :
« Enlève tes colliers moi j’enlève ma veste
Poste tes bracelets et puis retire aussi le reste
Ton pull hésite un peu et s’arrache, s’envole
Je dénoue tes cheveux, tes épaules frissonnent »
Une fois le coït achevé vient alors l’heure de l’amer au revoir :
« Prends l’avion pour Ceylan moi je repars en bohème
Sinon comme des enfants nous nous dirions je t’aime »
On n’est pas loin de la Rua Madureira de Nino Ferrer.
Le jerk « Cover girl » nous ramène du côté de Blow Up et d’une séance photo endiablée qui voit Philippe Nicaud chanter d’une main. On n’est pas très loin ici du fameux sketch des Guignols avec le photographe Gunther mais avec une pin-up anglaise dans le rôle de Raymond Barre.
Sur le slow « Une fille doit savoir tout faire de ses dix doigts » il nous donne une belle maxime de vie, à méditer :
« Ne jamais faire soi-même ce qu'on peut faire faire par les autres »
Sur « La Marie des champs » (une bourrée pop !) il fête l’amour à la campagne avec une jeune Marie qui fête ses 16 ans et qui brule de désir pour le dénommé Bertrand. On n’est pas loin ici du Cendrillon de Téléphone avec une marie qui vieillit à son tour mais qui veut en fin de vie retrouver le beau printemps de sa jeunesse en même temps que son Bertrand (devenu garagiste) pour jouir une dernière fois, oublier le temps, dans ce garage d’argent.
« Voilà le printemps, ca serait le moment ca serait chatte-touillante d’avoir un amant, oui d’avoir un amant comme dans les romans »
Une ambiance à la Chatterton de Gainsbourg sur le bien nommé « Cuisses nues, bottes de cuir » (arrête tu m’excites) :
« Suis tu la mode pour ton plaisir ou cherches tu à me rendre fou ?
Arrête toi de raccourcir, pour nous les hommes c’est un martyre »
Morceau déjà connu puisque présent sur l’excellente compilation Nova Siesta Party, « Séparation » est une bossa de premier ordre sur laquelle Nicaud érotise l’objet téléphonique :
"Allo (enceinte droite)
Oui ? (enceinte gauche)
Tu es couchée ?
Oui bien sur, ou es tu ?
Trop loin, ah j’ai envie d’être près de toi »
(…)
Tu es nue ?
Oui
Complètement ? A quoi penses-tu ?
A des choses, des choses que tu me fais ta bouche, tes mains sur moi
Oui
Partout
Oui raconte encore
Non arrête, toi parle-moi
Ecoute moi je te butine, je te croque, je te courbe, je te fige, je t’enflamme, je te flambe je te fête toute entière, va, va, va…. Bonne nuit mon amour"
Autre chose qu’un texto : "Je t'M la v-rité tu m'fais tro kifé"
Encore une ambiance Procol Harumesque avec Léger Léger et ses conseils de drague à l’heure des slows, irrésistible !
« … Alors surtout tu t’y prends léger, léger
Les mains surtout, délicat les mains
Tu effleures, tu frises, tu frôles mais léger, léger hein
Une aile d’oiseau, rien de plus »
Et sa conclusion simple comme le bon pain.
« Si elle te gifle et bien c’est cuit »
L’album, après deux moments pénibles dénoncés un peu plus haut, se termine avec le bucolique Jardin Merveilleux, un curieux mélange entre un texte suave et à haute teneur poétique (du moins dans l’intention) et une musique susceptible d'être chorégraphiée par Réda.
« Ton corps mon oiseau est un jardin merveilleux,
Plein de couleurs, plein de fruits, souvent mes mains se perdent dans tes chemins secrets,
Ta peau sent le printemps
Tu me donnes ta rosée, tu me donnes ton miel puis tu te serres sur moi
Tes yeux se ferment, nos corps se cherchent un instant puis s’harmonisent
Et soudain nos jeux deviennent fous »
On n’est pas très loin du « Paroles paroles paroles » du couple Dalida/Delon même si c’est plutôt la jambe en l’air ici que la parole en l’air et bien que le morceau parte un peu en couille sur la fin, si je puis me permettre cette périphrase.
Décédé en avril 2009, Philippe Nicaud côté chanteur est à redécouvrir avec ce superbe « Erotico… Nicaud », beau témoignage d’une époque révolue, à la fraiche, la décontraction des grands. On peut être sur que même mort, Philippe Nicaud bande encore
Allez faire un tour sur le site de
Vadim Music pour y trouver d'autres trésors!
Philippe Nicaud qui emballe Patachou