Voilà, c’est fini. Bien sûr, en ayant la dent dure (ou tout simplement en étant plutôt objectif), la dernière grande chanson écrite par le duo Hal David (paroles) / Burt Bacharach (musique) avait plus d’une trentaine d’années, et les deux hommes, depuis 1973, n’ont plus collaboré qu’épisodiquement. Mais, symboliquement, avec la mort de l’aîné des deux (David, né an 1921, avait sept ans de plus que Bacharach), le 1er septembrer 2012, à l’âge de 91 ans, le rêve totalement déraisonnable que, peut-être, un jour, une nouvelle chanson vienne tutoyer tous les Walk on by, Don’t Make Me Over, The Look of Love, Do You Know the Way to San Jose ?, Raindrops Kepp Fallin’ on my Head, Close to You, I’ll Never Fall in Love Again, etc., etc., ne lui survivra pas.
Personne ne pourra sans doute jamais résoudre l’énigme de ce qui fait une grande chanson, de ce qui est la part de sa musique (mélodie, arrangements…) ou de ses paroles. Il serait facile de spontanément répondre d’abord la musique, celle qui accroche l’oreille en premier. Et c’est encore plus vrai d’une chanson de Bacharach/David lorsqu’on n’est pas anglophone (ou pas parfaitement). Mais c’est une alchimie plus complexe, une émulation (en l’occurrence totalement fraternelle) qui fait que l’un sublime l’autre. Avant leur première rencontre, au légendaire Brill Building de Broadway en 1957, Hal David avait déjà écrit pour des chanteurs comme Sammy Kaye, Guy Lombardo ou Morty Nevins, mais aucune chanson ayant atteint une portée réellement universelle ; et, de son côté, Bacharach non plus (mais, on l’a vu, il était sensiblement plus jeune). Après leur séparation artistique, les succès de leurs carrières solos (plus exactement en association avec d’autres partenaires d’écriture) furent bien moins nombreux.
Avec Burt Bacharach
Durant une quinzaine d’années, longévité assez rare dans un genre musical aussi mouvant que la pop music, David et Bacharach ont écrit un nombre de hits presque invraisemblable. Pas moins de 38 chansons classées dans les charts, souvent aux premières places, pour la seule Dionne Warwick, ancienne choriste qui devint leur muse dès 1961, et même plus que ça : le troisième côté d’un triangle absolument magique, qui créa probablement autant le son de son époque que ne purent le faire les Beatles (qui reprirent d’ailleurs leur Baby, It’s You, écrit pour les Shirelles, à leurs débuts).
Comme meilleure preuve, on pourrait essayer de dresser la liste de tous les artistes, qui, à peu près dans tous les genres musicaux et langues existants, ont un jour ou l’autre repris du Bacharach/David (souvent pour des albums entiers), mais il est certain qu’on n’en verrait jamais le bout. D’autant plus que ces chansons continueront à se jouer pendant des siècles. Il n’était donc que justice que le duo reçoive à son tour le Gershwin Prize décerné par la Libraire du Congrès, l’une des distinctions musicales américaines les plus prestigieuses, en 2011, tant leur œuvre a depuis longtemps rejoint celle des frères Gershwin dans la conscience et la mémoire collective.
Hal David, Burt Bacharach et Dionne Warwick : magic moments...
Rappelons pour l’histoire que leur succès discographique amena le duo à travailler aussi pour Broadway (avec un grand succès pour leur musical Promises, Promises en 1968, adaptation pour la scène de La Garçonnière), ainsi que pour le cinéma, avec des réussites musicales aussi probantes que What’s New Pussycat ? (1965), Casino Royale (1967) ou Butch Cassidy and the Sundance Kid (1969, Oscar de la meilleure chanson originale). Mais aussi un échec cuisant en 1973 avec un remake musical du Lost Horizon de Frank Capra signé Charles Jarrott (décédé l’an dernier). L’accueil désastreux réservé au film fut un tel traumatisme pour Burt Bacharach ("Je ne voulais plus écrire. Point. Je suis arrivé à la première du film juste après avoir lu le Los Angeles Times et je n’avais qu’une envie, quitter la ville. Je voulais seulement aller à Del Mar – j’y avait une petite maison sur la plage – m’y cacher, ne plus écrire et juste passer mes journées à jouer au tennis") qu’il marqua la fin du duo, sans qu’il y ait eu pourtant entre eux de divergences artistiques.
Le duo n’excluait pas des collaborations extérieures et l’une des plus fameuses pour Hal David restera le magnifique We Have All the Time in the World écrit avec John Barry pour la BO du James Bond On Her Majesty’s Secret Service, en 1969. On gardera en revanche un souvenir plus gêné de son To All the Girls I’ve Loved Before écrit avec Albert Hammond (oui, le papa du guitariste des Strokes) pour Julio Iglesias et Willie Nelson en 1983, plus proche du duo Gray/Barbelivien (qui s’en est d’ailleurs pas mal inspiré) que de l’association Bacharach/David…
The Story of my Life par Marty Robbins, première chanson écrite par Hal David avec Burt Bacharach :
Magic Moments par Perry Como, premier hit, un peu plus tard, la même année :
Pas la plus connue des chansons écrites pour Dionne Warwick mais certainement l’une des plus belles :
Gene Pitney, autre grand interprète, plus méconnu, de Bacharach/David :
Parmi quelques fameuses covers :
Un extrait d’un magnifique album consacré par Jim O’Rourke aux chansons du duo en 2010 :
Quelques chansons extraites de BO devenues des hits universels :
La chanson-titre du musical Promises, Promises :
Dommage que la collaboration Hal David/John Barry se soit limitée à la seule BO d’Au service secret de Sa Majesté :
Meilleure version française d’une chanson de Bacharach/David ?
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