Inévitablement, en évoquant la mémoire de Willie Mitchell, mort ce 5 janvier à Memphis, lieu de ses hauts faits musicaux, on ne peut pas immédiatement évoquer Al Green.
Non que la carrière de trompettiste (essentiellement de jazz, lui ayant permis de jouer avec de jolies pointures comme George Coleman, Phineas Newborn, Booker Little ou Charles Lloyd) ou ses débuts de directeur artistique/producteur chez Hi Records fussent négligeables. Mais il est incontestable que sa rencontre avec Al Green en 1968 influa radicalement sur sa carrière, en même temps qu’elle fit prendre à la soul music une autre direction. Pourtant, cette rencontre ne fut pas un coup de foudre immédiat et il fallut que le futur Révérend Green insiste pour que Mitchell daigne le faire enregistrer… Mais alors, pendant une dizaine d’années, quelle suite de chefs d’œuvre presque ininterrompue ! Pas moins de six albums consécutivement classés n° 1 dans les charts R&B US, de 1972 à 1975. Dont, évidemment, le fabuleux Let’s Stay Together et particulièrement (plus encore que la chanson-titre elle-même, pourtant un sommet) le sublime How Can You Mend a Broken Heart, tout simplement l’une deux ou trois plus belles chansons soul jamais enregistrées (en tout cas dans l’interprétation en lévitation d’Al Green).
Cet album et quelques autres sont la meilleure illustration du style Mitchell, tout en suavité, avec une utilisation particulière de la batterie (due au grand Al Jackson, Jr., qui fut aussi le batteur des MG’s de Booker T.), des cuivres, des chœurs gospel et surtout de la basse, faisant dire à Peter Guralnick dans sa bible Sweet Soul Music (indispensable à qui s’intéresse un tant soit peu à cette musique) qu’une production Willie Mitchell était immédiatement indentifiable par son "soubassement".
Même si, en tant que producteur, Mitchell connut aussi le succès avec des chanteurs/teuses très intéressants comme Syl Johnson, O.V. Wright ou Ann Peebles, le retrait du monde de la soul de Green (abandonnée au profit du prêche religieux) fut un coup dur. Et quand le crooner soul à la voix de velours choisit de revenir aux affaires en 2003, personne d’autre que Mitchell ne pouvait produire cet épatant I Can’t Stop, l’un des grands disques des années 2000. Qui aura un successeur moins réussi mais pas indigne en 2005, Everything’s OK, qui constitue le dernier disque notable de Willie Mitchell.
La soul music, le rhythm’n’blues, la musique noire américaine perdent aujourd’hui non seulement l’un de ses plus brillants acteurs mais aussi un homme à la droiture reconnue de tous. Une lourde perte, donc…
Le plus grand succès de Willie Mitchell enregistré sous son nom, Soul Serenade, au début des années 60 :
Commentaires
De : how can you mend a broken bornu
Nouvelle bien triste, c'est fort judicieux au-delà des perles passées (dont ce how can you mend a broken heart, salopé par ally macbeal mais au sommet des perles soul pour l'éternité) de situer le i can't stop du come back d'al green comme là-aussi un sommet.
j'ai l'impression qu'on perd chaque année (et par deux) en ce moment des héros de la black music :(