Il y a au moins deux façons d’appréhender la carrière du chanteur et songwriter (même s’il n’aimait pas beaucoup ce terme le concernant) Alex Chilton.
On peut voir en lui le prototype même du one hit wonder, dont une seule chanson aura commercialement cassé la baraque et marqué plusieurs générations. Enregistrée avec les Box Tops alors que Chilton avait juste seize ans, The Letter n’aura d’ailleurs pas garanti la popularité de son propre nom auprès du grand public. Enregistrée en 1967 dans les fameux studios Muscle Shoals de Memphis, sa ville natale, elle symbolise, mieux qu’aucune autre et en à peine deux petites minutes, le mariage parfait entre l’héritage de la soul sudiste et la pop music du moment, bouleversée par la British Invasion des Beatles, Kinks et autres Rolling Stones. La chanson atteindra la 1ère place du Billboard américain (et la 5ème des charts britanniques), succédant à l’Ode to Billy Joe de Bobbie Gentry (quelle époque bénie, quand même…).
Il n’est d’ailleurs pas exact de penser que The Letter fut le seul gros succès commercial des Box Tops puisque Cry like a Baby se classera 2ème au Billboard six mois plus tard. Le groupe se séparera en 1970 (avant une reformation en 1996, le groupe ayant continué à exister, par épisodes, jusqu’à la mort de Chilton).
Mais il y a un autre Chilton, à l’influence inversement proportionnelle au succès commercial rencontré. Celui de Big Star, genre de super groupe avant l’heure formé avec Chris Bell, Jody Stephens et Andy Hummel en 1971. Sans Big Star, il est probable qu’il n’y ait jamais eu de Teenage Fan Club, Posies, Replacements, Bangles, dB’s ou R.E.M., tous amoureux déclarés du groupe de Memphis.
L’existence (la première, en tout cas, car il y aura là aussi une reformation, à peu près concomitante à celle des Box Tops) sera toute aussi courte que celle du premier groupe de Chilton : trois ans (jusqu’en 1974). Le troisième album du groupe, Third/Sisters Lovers ne sortira que plusieurs années après la séparation du groupe, en 1978, mais s’avère tout aussi majeur que #1 Record et Radio City, tables de la loi power pop pour des centaines de musiciens aujourd’hui encore (comme en témoigne la sortie, l’an dernier, du coffret compilatoire Keep an Eye on the Sky, chez Rhino).
Entre la première fin de Big Star et les reformations de ses deux groupes, Chilton aura connu une vingtaine d’années d’une carrière solo assez erratique, marquée, comme tant d’autres, par l’alcool et la drogue. Il était donc logique qu’il soit un temps hébergé, dans les années 80, par la maison d’accueil des losers magnifiques, le label parisien New Rose. Parallèlement, les chansons de Big Star étaient régulièrement reprises (on citera par exemple September Gurls par les Bangles), ce qui lui valut probablement plus de revenus que la vente de ses propres albums.
Il était certainement écrit qu’Alex Chilton ne pourrait pas faire de très vieux os. Il est mort le 17 mars, dans son Sud natal, à la Nouvelle-Orléans, à moins de 60 ans.
Commentaires
De : mr_kenyatta
Chilton devait jouer, samedi dernier, au festival South by Southwest, avec les membres survivants de Big Star. Le concert n'a pas été annulé mais a donné lieu à un hommage avec un casting assez éblouissant : Jody Stephens, Andy Hummel (qui a rejoué avec Big Star pour la première fois depuis 35 ans) et les anciens Posies Jon Auer et Ken Stringfellow ont en effet été rejoints sur scène par Evan Dando (Lemonheads), M. Ward, Mike Mills (R.E.M.), Sondre Lerche, John Doe (X), Curt Kirkwood (Meat Puppets), Chris Stamey (dB's) et quelques autres...
En espérant que cela donne lieu à un album live d'ici quelques temps...
De : Cyril C.
Le bassiste historique de Big Star, Andy Hummel, n'aura pas survécu longtemps à Alex Chilton... Il vient de mourir, le 19 juillet, d'un cancer, à 59 ans.
Chris Bell étant mort dans un accident de voiture en 1978 à 27 ans, le seul survivant du quatuor d'origine est donc le batteur Jody Stephens.
Vraiment le groupe maudit par excellence...