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La vie de Bowie - Vol 1 - décollage de la fusée Bowie (1967-1971)

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Posté par Menear le 2007-07-19



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Né en janvier 1947, David Robert Jones possède bien vite l’envie de rallier Londres, lui qui habite alors dans une banlieue résidentielle à une demie heure de train de la capitale. C’est ce qu’il fait à l’âge de seize ans et ses espérances sont claires : il deviendra une star. Mais les débuts sont difficiles : il change souvent de groupe, peine à trouver la stabilité ; ses premières productions ne sont alors pas vraiment dignes d’intérêt. C’est sa rencontre en 1965 avec un homme qui va stimuler le jeune Bowie : cet homme, c’est Ken Pitt. Pitt (qui a déjà travaillé avec, entre autres, Duke Ellington, Louis Armstrong ou Frank Sinatra) devient son troisième manageur. Son approche musicale est différente des autres, et il initie son nouveau protégé à toutes sortes d’autres cultures : le théâtre, le cinéma ou la littérature. Ken Pitt lui enseigne alors des bases traditionnelles de l’Art au sens large du terme, fait important quand on connaît le goût qu’aura Bowie par la suite pour l’éclectisme artistique.
C’est à ce moment là que David Jones change de nom, sur les conseils de son manager. David choisit « Bowie », en rapport avec les couteaux « Bowie », mais les explications vis-à-vis de ce choix varient selon les interviews.

C’est en 1967 que sort, chez Deram, le premier album de David Bowie intitulé simplement David Bowie (note amusante, il sort le même jour que le Sgt Pepper des Beatles) : il constitue une bizarrerie musicale étonnante. Il présente une palette d’instruments variée et surprenante, qui n’est nullement assimilable au rock, genre musical auquel on affilie trop facilement Bowie. Il s’agit en fait d’une pop assez classique, qui tend parfois vers des ballades calmes et agréables (« Sell me a coat », « Little Bombadier »). Le brassage d’instruments se fait très bien, cela dit (on retrouve quelques cuivres, cordes ou instruments à vent joués par l’orchestre philharmonique de Londres) et la voix de Bowie, encore peu assurée mais très sérieuse ne ressemble pas encore au son qu’il développera plutôt au début des années 70. Bowie n’a pas encore son propre style, il copie donc le timbre d’Anthony Newley, un crooner des années 60. L’album est donc assez surprenant mais limité : seules deux chansons sortent vraiment du lot, « Rubber Band » et « Love You Till Tuesday ». Mais la structure narrative des chansons de cet album est intéressante. Bowie raconte des petites histoires (les chansons durent rarement plus de trois minutes) de gens ordinaires, démarche qui n’est pas sans rappeler les récits chantés de Lou Reed et du Velvet Underground, le trash en moins, en tous cas pour l’instant. Avec ce premier album, Bowie développe cependant une vision particulière de la musique : il brasse plusieurs influences, qu’il a encore du mal à toutes maîtriser. Mais la base est là, elle servira pour presque tous les albums qui suivront. Bien sûr, cependant, ce premier album ne se vend pas.


Le premier album de Bowie, à l'image de sa couverture : jeune


Il faudra attendre deux ans pour voir arriver le deuxième album de celui qui ne se fait pas encore appeler Ziggy Stardust. Cet album est en fait le fruit d’une collaboration qui débute dès 1967. Cette année là, Bowie rencontre Tony Visconti, figure marquante de son œuvre, puisque producteur d’une majorité de ses disques. Visconti produit alors Space Oddity, excepté la chanson titre, le tube de l’album. Visconti manque certainement l’un des plus grands titres de son artiste fétiche. Il reproche au morceau de surfer sur le battage médiatique apporté par les premiers pas de l’homme sur la lune. Le titre est pourtant excellent, il s’agit de la première grande chanson d’un chanteur encore jeune. Celle-ci raconte l’histoire de Major Tom, un astronaute destiné à rester coincé dans l’univers et à errer éternellement. L’instrumentation est simple mais efficace, reposant sur la guitare acoustique, ce qui donne un aspect pop folk à la chanson. Le tout est doublé par un synthé angoissant. La dualité du morceau se retrouve aussi dans l’utilisation nouvelle, pour l’époque, de la stéréo (avec deux parties distinctes pour chaque côté), dualité qui se retrouve au cœur d’un morceau qui commence, déjà, à aborder la thématique de l’aliénation, qui ne cessera d’obséder le chanteur britannique. Cette chanson est un chef d’œuvre (encore chantée, aujourd’hui, dans les dernières tournées) et marque un certain succès en Grande Bretagne (la chanson sert même de générique pour l’émission de télévision retransmettant les premiers pas de l’homme sur la lune). La fusée Bowie prend alors son envol.
Le reste de l’album est plus anecdotique mais n’est pas médiocre pour autant. La voix de Bowie est désormais la sienne (il n’imite plus Anthony Newley), avec le côté nasillard que cela implique et le travail de Visconti est exemplaire. Plusieurs chansons sortent du lot, mais l’album ressemble, comme son précédent, à un brassage de différentes influences pas toujours maîtrisées. De la pop, on passe au folk, voire à un rock plus psychédélique ou progressif. Space Oddity est éclectique, mais il reste appréciable. Des chansons comme An Occasionnal Dream, God Knows I’m Good ou Letter to Hermione, émergent en plus de la chanson titre. Dans Letter to Hermione, Bowie dévoile au passage une sensibilité que l’on ne retrouve que rarement dans ses autres morceaux. Il parle de sa relation avortée avec Hermione, son ancienne petite amie. Il apparaît étonnement sincère et touchant (sa voix est plus aigue, presque cassée), pour signer, au final, une très belle composition. On notera également les excellents (et longs, respectivement neuf minutes et demie et sept minutes) Cygnet Comittee et Memory of a Free Festival (qui clôt l’album).
Il s’agira en fait du vrai premier album de David Bowie, en tous les cas du premier que lui-même jugera assez bon pour figurer dans ses séries de rééditions. Space Oddity est avant tout un album inégal, où se mêle pop-folk un peu naïve et expérimentations psychédéliques, où se mêlent les courtes ballades et les longs morceaux. Un album inégal, certes, mais qui pose quelques pierres qui conduiront à bâtir l’édifice Bowie.


La coupe de cheveux d'un Duran Duran 10 ans avant, quel précurseur !


Le début des années 70 marque une certaine lassitude de la pop telle qu’on l’entend jusqu’alors. Il faut du changement, qu’il soit radical (on se tourne alors vers la soul ou vers la naissance du heavy metal), ou non. Bowie, tout comme son ami et rival Marc Bolan ainsi que le groupe de Bryan Ferry Roxy Music sont de ceux-là. Le glam rock est sur le point d’apparaître. Bowie prend alors deux décisions majeures : il vire Ken Pitt, son manageur, et se lie avec Tony Defries, avocat qui n’a alors aucune expérience de la musique, et il se fiance avec Angela Barnett, que l’on appelle surtout « Angie ». L’année 70 accouche alors d’un nouvel album (il sort en novembre 70 aux USA, mais attend avril 71 pour sortir en Angleterre). A ce moment là Bowie cherche une nouvelle approche de la pop, cela débouche sur un album plus sombre que ses précédentes productions. La thématique majeure de l’album sera la peur de la folie qui touche Bowie de près (le frère de David, Terry, est sujet à certaines crises de schizophrénie, il finira d’ailleurs dans un asile où il se suicidera). The Man Who Sold The World est alors un album plus homogène que les précédents. La voix de Bowie a encore évolué, elle se rapproche désormais du timbre des albums glam-rock qui suivront dans les années à venir.


La photo a fait scandale, elle annonce la déferlante glam qui pointe son nez en Angleterre


Le groupe de Bowie est d’ailleurs proche de celui qui formera les fameux Spiders From Mars, Mick Ronson en tête, sans aucun doute le meilleur guitariste que Bowie aura jamais eu. Le chef d’œuvre de cet album est sans doute la piste d’ouverture, The Width of a Circle, chanson sombre et tourmentée, que l’on retrouvera souvent lors des tournées glam. L’ambiance générale est à la folie, à la peur de la monstruosité (Then I ran across a monster who was sleeping by a tree / And I looked and frowned and the monster was me). Avec The Man who sold the world, la chanson titre (rendue célèbre par l’interprétation qu’en a fait Nirvana dans le fameux MTV Unplugged), Bowie décrit un monde satanique et noir et s’amuse à essayer divers effets de voix modifiées (que l’on retrouvera sur beaucoup d’autres chansons, par la suite, Ashes to Ashes en tête). A noter, également, la superbe All the Madmen, sans aucun doute l’un des joyaux de cet album. Le CD se place en fait dans une nouvelle perspective par rapport aux anciens albums de Bowie, il annonce également les prochains chefs d’œuvre glam, mais ne fait que les annoncer. The Man Who Sold The World est, en effet, surtout un album de transition. La couverture de l’album, d’ailleurs, censurée à l’époque (on y voit Bowie entrain de poser, les cheveux longs et bouclés, vêtu d’une robe) est surtout provocatrice. Mais la voie est montrée : ce sera le glam rock, qu’il a pratiquement inventé, contre-pied au mouvement hippie que Bowie déteste et une révolution musicale et sexuelle semble se préparer. Roxy Music, Marc Bolan et T Rex montrent d’abord la voie et commencent à connaître un certain succès, succès qui ne fait qu’ouvrir le chemin à un Bowie bientôt autre.

L’âge d’or de Bowie est donc pour bientôt, il faudra bientôt se retourner et faire face à la différence et préparer le sacre d’un monstre couvert de paillettes : Ziggy Stardust.




Retrouvez d'autres articles sur David Bowie :

La vie de Bowie - Vol 2 - Turn and face the strange (1971-1974)
Variations sur l'homme qui vendit le monde


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