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Kery James - 92.2012
Les sorties
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Album 92.2012 | Les quatre visages de Kery James | Concerts acoustiques aux Bouffes du Nord
Après 3 années d'absence, Kery James fait parler de lui en ce début d'année avec un véritable "programme" à la fois riche et complet.
92.2012Reprenant 12 titres sortis entre 1992 et 2009 (en solo ou au sein du groupe Ideal J) et un inédit, 92.2012 est cependant loin d'être ce qu'on pourrait appeler un best-of. Réalisé avec l'aide des percussionnistes Bachir Khalifé (fils du compositeur libanais Marcel Khalifé) et Aymeric Westrich (Aufgang), l'album présente des titres intégralement réorchestrés dans une simplicité percussions/synthé/voix impressionnante. Quelques mots effacés devenus respirations, un texte sur la dépendance - écrit à l'origine au présent, réécrit au passé… Certains y verront de la compromission, il lui a déjà souvent été reproché par le passé "d'avoir changé", alors que c'est cette constante remise est question qui est justement le moteur même de sa carrière. L'album se termine sur un titre inédit, Lettre à la République, plus brutal bien que composé par la même équipe, et qui s'inscrit en pleine conscience dans un moment-clé de la mécanique électorale. Pamphlet à l'intention d'une République qu'il met face aux zones d'ombres de son passé colonial, il y dénonce son glissement vers un racisme latent aujourd'hui utilisé comme argument de campagne. Un thème qui soulève la polémique, forcément, certains y voyant du misérabilisme là où d'autres percevront de la sensibilité et du talent. Kery James, Lettre à la République
Les quatre visages de Kery JamesEn accompagnement de l'édition limitée de l'album, le DVD du documentaire réalisé par Philippe Roizès et produit par Alariana (déjà producteur de Pour une poignée de dollars en 1998) apparait donc de façon très cohérente en complément de l'album. Le film Les quatre visages de Kery James est lui-même complété par différents bonus vidéo : concerts de 1991 à 2010, images d'un voyage en Palestine et interviews de l'artiste. Il aura fallu 8 années au film pour voir le jour, période durant laquelle le réalisateur a réuni plus de 400 heures d'images et choisi de leur donner sens autour de ce constat : Kery James est un personnage multiple et donc forcément contradictoire (peut-être parce que justement, ces contradictions ont été au cœur de leur rencontre en 2000, à la suite d'un article sur le rap et l'Islam). Les quatre visages évoqués par le titre, donc, se dévoilent tout au long du parcours chaotique de l'artiste. D'Alix Mathurin, gamin arrivé d'Haïti après la séparation de ses parents à Kery, adolescent leader qui découvre la culture hip-hop. De James l'excessif, sa "part d'ombre"[2] à Ali, devenu musulman et forcément plus "conscient" et réfléchi. Un parcours fait de ruptures, de remises en question, dont il reconnait lui-même le côté schizophrénique. Après différents clips pour des artistes rap, un film sur l'art du déplacement (Gravity Style), des documentaires sur le 113 ou la Mafia K'1 Fry, Philippe Roizès a construit une solide connaissance du milieu rap et s'était déjà interrogé sur sa place en France dès 1999, avec le documentaire Je rappe donc je suis. Au travers du parcours individuel de Kery James, on perçoit ici en filigrane une histoire plus large, celle des banlieues, de la culture hip-hop et de leur évolution durant ces 20 dernières années. Les Quatre Visages de Kery James
Concerts acoustiques aux Bouffes du Nord
La prestation à laquelle nous avons assisté (soirée du 11 avril) a justifié l'audace de ce choix, confirmant une démarche artistique cohérente et réfléchie, dans la parfaite lignée de 92.2012. Les ambiances se succèdent. Intimiste, silhouette en clair-obscur : Alix Mathurin se fait raconteur, Ali nous fait part de ses doutes. Lumière crue, silhouettes démesurées projetées sur les murs : Kery rappe les désillusions du gamin d'Orly, James crache ses indignations d'adulte avec des mots qui prennent à la gorge... Quoiqu'il en soit, on reste pendu à ses lèvres du début à la fin et ce soir-là, les quatre visages de Kery se sont entremêlés en toute harmonie. Kery James acoustique
Kery James offre donc avec ce projet un cadeau au public qui le suit depuis 20 ans. Mais aussi trois belles occasions de le découvrir à ceux qui ne le connaissaient pas encore (il vous reste jusqu'à la fin de cette semaine pour aller aux Bouffes du Nord). Et si la démarche consciente de Kery James avec ce projet est certainement plus intime, son parcours personnel pose de vraies questions sur cette (non-)place du rap en France. Et pourquoi pas de façon plus large, pourra-t-on aussi y trouver des éléments de réponse à un phénomène de ghettoïsation/repli communautaire d'une partie de la population.
Commentaires
De : colorie31 c est beau ce que vous écrivez Monsieur Kery James j aime beaucoup. Je vous écoute tous les jours. Insérer un commentaire : |
