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John Cale joue "Paris 1919" à Paris (Salle Pleyel, 05/09/2010)
Hors actu
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C’est encore pris des rythmes de samba et de tango entendus tout l’après-midi sous le soleil radieux du domaine de Villaceaux, qui fêtait cette année l’Argentine dans le cadre du Festival d’Ile-de-France, que je me rends salle Pleyel pour y entendre John Cale. Mon esprit s’évade alors. Après réflexion, mes deux rencontres avec John Cale, à près de vingt ans d’intervalle, vont se dérouler dans un rayon de quelques centaines de mètres, au plein cœur de la bourgeoisie parisienne. Entre les couleurs jaune et bleu foncé du Monopoly. La première fois il y jouait seul au théâtre des Champs-Elysées, piochant, relisant son répertoire déjà vieux de 25 ans, il était un peu fou, un peu clown, souvent complètement habité, concluant parfois ses chansons par des cris glaçants. Seul au piano, seul avec une guitare, souvent maltraitée. Pourtant, à l’époque, je me disais que j’avais sans doute tout raté, les poulets décapités, la démesure, le rock progressif, le punk avant que ce mouvement ait un nom, la musique minimaliste et répétitive. Le Velvet Underground (John Cale en était le bassiste et violoniste), aussi, bien sûr. Mais qui a vu le Velvet sur scène, hein ? Evidemment, au début des années 90, donc au même moment, il s’était reformé, le Velvet, d’abord pour quelques happy few à la Fondation Cartier et puis pour une courte tournée qui n’a laissé des souvenirs impérissables à personne. John Cale avait, juste avant, écrit des chansons avec son vieil ami/ennemi Lou Reed en hommage à Andy Warhol qui venait juste de décéder. Mais, de tout ça, je m’en foutais, j’avais 20 ans à cette époque, j’étais amoureux et la copine qui m’avait accompagné avait bien aimé le concert. Au début des années 90, John Cale est un de mes héros, il fait partie des artistes ayant permis aux gens de ma génération de parcourir l’itinéraire bis de la fin des années 60 et des années 70. Il m’a aussi ouvert les portes de la musique minimaliste, que j’ai approfondie bien plus tard. C’est un musicien qui a, toute sa vie, écrit sur la marge de ses cahiers. Il a sans nul doute sculpté le son si unique du Velvet et rien que pour le violon strident de Venus in Furs, sa place, tout en haut, au panthéon des musiciens révolutionnaires et géniaux, devrait lui être décernée. Mais voilà John Cale n’a pas écrit Walk on a Wild Side, il n’a pas écrit non plus Harvest (j’aime bien comparer le parcours de John Cale et de Neil Young) et a parcouru plus de quatre décennies de musique dans une relative confidentialité. Le grand public ne connait pas John Cale. Cet homme a pourtant travaillé sur les deux premiers Velvet Underground (avant de se faire virer par Lou Reed), côtoyé Tony Conrad et La Monte Young, Terry Riley, produit les Stooges, Patti Smith jusqu’aux Happy Mondays, enregistré avec Brian Eno et Nico. Il est aussi l’auteur de Fear, Slow Dazzle, Helen of Troy, des sommets de rock malade. En pleine période new-wave, il a aussi enregistré un des albums les plus noirs et désespéré qui soit : Music for a New Society, album qu’on hésite toujours à mettre sur la platine tant son écoute se révèle à la fois émouvante et éprouvante. Il a aussi écrit beaucoup de musique de films, souvent pour des films français. Et puis, en 1973, il sort Paris 1919. Son chef-d’œuvre. Loin des tumultes qui ont précédé et suivi cet album, John Cale synthétise alors une greffe entre sa formation de musicien classique et le rock qui l’avait révélé. Pas un album rock avec des cordes et des cuivres, non, vraiment un croisement entre ces deux univers pourtant très éloignés, cette réussite est même quasiment unique. Pas facile d’éviter le grandiloquent, le baroque bas rock, le pompeux. John Cale le réussit magistralement car les chansons qui façonnent l’album sont toutes fabuleuses. Comme de nombreux artistes actuellement (comme, au hasard, Lou Reed qui a rejoué Berlin à Paris puis Berlin à Berlin l’année dernière ; John Cale va sûrement rejouer Paris à Berlin non ?), la soirée est l’occasion de rejouer dans son intégralité cet album et John Cale a vu les choses en grand : les arrangements et l’accompagnement sont confiés à l’Orchestre d’Ile-de-France. Pour résumer donc : Paris 1919, joué à Paris avec l’Orchestre d’Ile-de-France. C’est logique. ![]() Il faut voir la modestie avec laquelle John Cale arrive sur la scène après la classique mise en place de tous les musiciens, cheveux blancs assez longs, veste et pantalon. D’un pas rapide et déterminé, sans un mot (de tout le concert d’ailleurs) il lance Child’s Christmas in Wales, le premier titre de Paris 1919 et, malgré un démarrage un peu laborieux, l’ensemble prend rapidement de l’ampleur, sa voix en particulier n’a pas faibli et garde encore son timbre caractéristique. Les titres s’enchaînent alors, les arrangements sont pour la plupart revus, procurant un intérêt supplémentaire au concert (mais c’est aussi parfois frustrant), Hanky Panky Nohow file des frissons, le pont si merveilleux d’Endless Plain of Fortune (pourtant ma préférée depuis toujours de l’album) est gâché par une guitare trop présente et musclée (c’est le gros point noir du concert, en particulier dans la deuxième partie, ce guitariste bien trop confiant avec le manche de sa guitare), Andalucia (sans, hélas, les arpèges de l’album au début du titre) puis… Paris 1919 (Macbeth, qui conclue normalement la face A et titre bien à part sur l’album se retrouvera à la toute fin du concert), quasi fidèle (chants d’oiseaux compris), l’ombre des Beach Boys, influence revendiquée sur cet album, rase les sièges de la Salle Pleyel … Nouveau sommet avec Half Past France, puis les chuchotements d’Antartica Starts Here avec le baroque et rock Macbeth en toute fin et puis s’en va, une bonne demi-heure d’une beauté redoutable vient de s’écouler, pourtant on n’est pas complètement conquis. Pas abasourdis. Tout ce beau monde, hormis la voix majestueuse de John Cale, semblait intimidé par la partition à jouer. Sans doute a-t-on trop écouté l’album, trop attendu chaque moment, pour s’abandonner complètement. Je devrais travailler plus intensément la pleine conscience … Le concert est pourtant loin d’être fini, intitulé When Past and Future Collide, c’est l’occasion de parcourir 40 ans de discographie, d’une merveilleuse version d’Amsterdam issu de Vintage Violence avec trombone à coulisse jusqu’à des titres complètement inédits et nouveaux en passant par Hedda Gabler. La formation retenue est plus "rock" avec guitares (John a alors troqué son piano contre une guitare), basse, batterie. Certains titres sont fulgurants, lancinants, ralentis parfois à la limite de l’atmosphérique. Sur d’autres, le guitar hero rend l’ensemble très fatiguant. L’orchestre revient pour jouer Do not go Gentle into that Good Night tiré de Words for the Dying (second album "symphonique" dans la discographie de John Cale, qui n’arrive certes pas à la cheville de Paris 1919 mais qui contient tout de même son lot de frissons). John Cale reviendra une dernière fois jouer Walking the Dog, pieds nus, plus décontracté que jamais et toutes guitares en avant. Nous ne le verrons jamais tout seul devant son piano. Vingt ans se sont écoulés, le concert, comme alors, ne sera pas parfait. Les génies n’ont que faire de la perfection. Paris 1919 en concert au Paradiso d'Amsterdam en décembre 2004 : Retrouvez d'autres articles sur John Cale : John Cale - "Shifty Adventures In Nookie Wood"
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