Le violoniste des rois...
... ou d'empereurs. L'action prend place à la cour de Leopold et Marguerite Thérèse, de Ferdinand III. Attachées à la promotion des arts et des lettres au sein de l'Empire et dans toute l'Europe, les cours de Marguerite Thérèse, de Leopold et de Ferdinand III furent des foyers d'épanouissement musicaux sans égal. Schmelzer, reconnu comme l'un des meilleurs violons de l'Europe d'alors, contemporain de Biber et de Matteis s'est distingué parmi les grands, pour le plus grand bonheur des souverains d'hier et des musiciens d'aujourd'hui. Musiciens, car il ne suffit pas de jouer ou d'entendre cette oeuvre pour en saisir l'extrême richesse, par-delà l'agrément qu'elle offre à l'écoute et à l'interprétation.
Les violonistes baroques connaissent bien Schmelzer pour ses sonates avec basse continue. On le connaît aussi pour d'autres pièces. Mais rarement pour celles que les éditions Arcana vous proposent de découvrir. Destinée à la pompe et aux fastes des cours impériales, l'oeuvre de Schmelzer ne laisse pas d'exploiter toutes – presque toutes – les possibilités du violon et de l'harmonie. Raffinée mais toujours étonnante, la musique jongle élégamment avec les genres et les tons.
Rarement, la part dramatique de la musique allemande ne s'est aussi bien illustrée dans la musique de cour. Et c'est à l'exécution d'une véritable galerie de portraits que semble se livrer Schmelzer dans ces pages qu'il a consacrées aux souverains mécènes, destinataires et commanditaires de ces oeuvres. C'est ainsi que le compositeur et interprète dessine ici un musicien, là un souverain, ailleurs un charme ou quelque mystère...
Liée à l'Affektenlehre, théorie d'après laquelle les sons doivent à la fois représenter les passions et les engendrer, l'oeuvre de Schmelzer est figurale, à l'instar de celles de ses contemporains. Mieux, elle s'incarne sans cesse, s'ancre dans le temps et la chair de l'histoire. L'influence du style italien, léger mais haut en couleurs, en nuances, se fait particulièrement sentir dans les pièces à la tonalité mineure. Et l'interprétation en rend parfaitement l'esprit, plus sobre et paradoxalement ouvert sur l'espace qu'elles n'en finissent pas de conquérir à mesure qu'elles le forment et l'informent.
Le premier volet du disque déroule ainsi une célébration musicale parmi les plus extraordinaires de l'époque. Conçue pour être interprétée in situ, la musique exigeait, à l'origine, un effectif instrumental conséquent. Moins important ici, il est d'une efficacité certaine. La seconde moitié du disque propose des pièces tirées de l'oeuvre dédiée aux cours impériales des villes citées plus haut. Mais le ton n'est donné qu'une fois, et à la quasi perfection. Les interprètes semblent avoir trouvé l'heureux équilibre entre l'enthousiasme de la fête et l'exploitation jubilatoire d'une partition qui fait honneur au violon et à l'histoire.
Johann Heinrich Schmelzer, La margarita, musique pour les cours de vienne & de prague par l'Armonico Tributo Austria, Lorenz Duftschmid.
Edité par Arcana