Jean-Louis Murat - "Le Cours ordinaire des choses"
Les sorties Posté par Florence Sacchettini le 2009-09-27
Le Cours pas Ordinaire des Choses
Il est facile de railler Jean-Louis Murat. Tous les poètes sont faibles. Celui qui est sincère, celui qui se met à nu jusqu’au ridicule sait qu’il s’expose aux moqueries et au cynisme de certains de ses contemporains, et encore plus des médias, ces ogres avides de chair humaine, incapables d’entendre les discours ambigus, ironiques, humoristiques, ou poétiques. Alors quand Jean-Louis Murat, pour un 21ème album – Le Cours ordinaire des choses - se met en scène dans l’exercice obligé et conscient de la promotion, le malentendu règne. Dans ce suicide de l’homme public, il y a tout Murat : il faut être très fort pour casser ainsi son image, pour être soi-même, avec constance, dans cet exercice commercial de service après vente. Il parvient, et c’est un exploit en soi, à ne pas contraindre sa langue, ses mots, son intelligence ou même sa bêtise - il est en effet interdit d’être bête quand on veut vendre des disques, vous n’aviez pas remarqué ? Et cette voix singulière ne passe pas, car elle se heurte à nos habitudes, accoutumés que nous sommes aux discours policés, démagogiques, consensuels, somnifères qui nous endorment jusqu’à parvenir à se faire passer pour sincères.
Il en va de même pour son disque : on a l’impression que personne ne l’a écouté, qu’on n’entend plus sa musique. Pourtant, musique il y a, personnelle et intime. Jean-Louis Murat le sait et c’est sans doute la conscience de sa qualité qui lui permet de ne pas céder face au flux des railleries dont il est désormais l’objet régulier : d’ailleurs, il en rajoute dix bonnes couches. Peut-être parce qu’il sait qu’il n’y a ni roi ni bouffon, mais bien plutôt qu’ils sont une même et seule personne ? Il continue donc son bonhomme de chemin, qui passe cette fois-ci par Nashville, comme on ne cesse de nous le rappeler : Nashville ou Pékin, Pékin ou Clermont-Ferrand, n’en déplaise à l’Auvergnat, peu nous importe.
Il est évident que les influences muratiennes ont toujours été américaines : forcément quand on aime la guitare - et la musique. Donc, dans cet album, on trouve des guitares américaines, de grosses guitares qui tuent (Comme un incendie, réponse cinglante à Allumer le feu de notre Jojo national ?) mais pas seulement. On trouve aussi des tonnes de guimauve, comme dans Falling in Love again ou Lady of Orcival, le genre de sirop délicieux dont on a besoin, nous les humains, pour retomber amoureux.
On retrouve quatre ou cinq chansons de génie, comme il y en a dans tous ses albums depuis 20 ans, tous les ans ou presque, ce qui n’est pas un mince exploit : il en va ainsi des sus-citées et aussi de Ginette Ramade, tout en ritournelle, dont la mélodie s’incruste dans votre cerveau pour ne plus le quitter : chanson de la fin, de l’échec et de la renaissance, chanson de l’éternel recommencement. On retrouve une production soignée, avec un super son, des nappes de guitare et des rythmiques décalées (Falling in Love again, again). On (re)trouve, comme en écho à trop de beautés, quelques chansons en mode mineur, qui prennent l’air de ne pas y toucher (La Mésange bleue) et quelques chansons parodiques et étranges (M le maudit, Comme un cowboy à l’âme fresh), qui sont des blagues en accéléré, et dans lesquelles l’auteur se met en scène en garçon infernal, sale et désobéissant, mais n’oubliant pas d’humer l’air pur des grands espaces : un homme maudit et frais.
On retrouve surtout, et enfin, comme à l’habitude, la langue de Murat. Il faut dire sa langue et non son langage, ou même ses mots. On aime ou on n’aime pas, mais personne ne viendra prétendre que Jean Louis Murat n’a pas une langue à lui : c’est une langue agile et acérée, une langue habile aussi, qui s’articule dans une voix langoureuse, parfois traînante, parfois entraînante. Murat est un as de la séduction, il le sait, le coquin ! Et en joue, parfois. Mais sa virilité n’est pas seule en jeu. Il s’agit surtout de sa poétique, essentiellement et substantiellement érotique. Comme il le dit lui-même (rien ne remplace sa langue) : chanter est sa façon d’errer, chanter est sa façon d’aimer, ce qui revient à peu près au même.
Commentaires
De : Au mont-sans-Bornu
Un bien bel article pour un bien bel artiste, avec sa dose de mauvaise foi peut-être dans ses déclarations mais avant tout un grand auteur/compositeur/interprète/guitariste (on ne parle jamais de son talent de guitariste). Cet album est plutot un bon cru, il est dommage que ceux qui sortent méthodiquement et régulièrement un album par an comme Murat souffrent ainsi d'une sorte de tassement de l'attention et d'un déficit d'attention du public qui souvent se jette d'abord et avant tout sur la nouveauté, désireux de découvrir les nouveaux Beatles avant tout le monde peut-être.
Son plus beau disque est pour moi Mustango, Lilith était pas mal non plus, celui ci est vraiment du tout bon, il faut écouter Murat et non plus simplement l'entendre
De : noodles
"le cours ordinaire des choses me va... comme un incendie." yep
De : lauvqmvsm
Je ne sais pas si on peut parler de meilleur disque tant ils sont différents par pédiode. J'aime bien Lilith et Désoulhière... 1829 et Mokba, ...