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Hommage à Lisa Germano en quatre chansons emblématiques...
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A l’occasion de la sortie du dernier album de Lisa Germano, Magic Neighbor, parcours rapide de l’artiste en quatre morceaux. Je crois me souvenir être rentré dans l’univers mélancolique et délicatement torturée de Lisa Germano avec cette chanson, Cry Wolf, cette basse lourde au début, ces nappes de synthé angéliques et cette plainte, "Love is weird, love", qui vous prend à la gorge, reprise au milieu de la chanson, "Love can hurt, love. Love is weird, love". Et compte tenu de l’émotion contenu dans la voix rentrée et féline de Lisa, on était prêt à la croire, d’autant qu’un peu après elle prononçait encore plus plaintive "Love can be bad". La mélodie chimérique qui accompagnait "Cry cry Wolf" vers la fin semblait sortir d’une forêt au crépuscule, les accords d’une guitare éreintée d’un film de David Lynch. Je ne m’en suis jamais vraiment remis. Elle résume assez bien le troisième album de l’américaine, peut-être son meilleur album, l’histoire de Geek the Girl, jeune femme qui a, nous dit Lisa, toutes les peines du monde à être sexuelle et cool. Et après deux albums inégaux (même si le titre du deuxième, Happiness, résumait déjà à merveille l’ironie caractéristique des textes de Lisa Germano), trop pop, mal produits (tout est relatif, on y trouve une chanson du niveau de The Darkest Night of all), Geek the Girl installe le décor qui variera finalement assez peu dans tout le reste de sa discographie : sa fanfare de poche, ses accords de piano languissants, son violon déchirant, ses mélodies miniatures, son chant plaintif et, à chaque fois, mille trouvailles sonores. L’impression de circuler dans une cathédrale perdue au milieu d’une montagne, la lumière qui sort des vitraux est tamisée, le chœur froid, le cœur douloureux. Parfois ça va très mal sous la voute, à la fin de A Psychopath, on prie pour son rétablissement. "And I'm alone, and I am cold and paralyzed, I can't move". On se souvient alors de paroles presque similaires prononcé par Nick Drake peu de temps avant sa mort … Mais lorsque retentissent les accords de A Guy like You, on est tétanisé par sa beauté, la dernière chanson, Stars, plus enjouée nous laissant d’ailleurs une note d’espoir… Toujours sur le label anglais 4AD, sur lequel elle a trouvé refuge depuis Happiness, Lisa Germano sort un quatrième album, Excerpts from a Love Circus, à l’instrumentation toujours aussi riche, signe des symphonies grandioses avec des archets de ficelle au milieu de miaulements, émotionnellement fort, romantique (franchement qui est plus romantique que Lisa Germano ?), mélangeant amour et haine avec une rare acuité et sans noircir complètement le tableau. Un équilibre miraculeux. S’ouvre alors une parenthèse avec les membres de Giant Sand sous le patronyme d’OP8. Joey Burns et John Convertino formeront d’ailleurs Calexico au même moment et reprendront une des chansons de l’album Slush sur leur premier album. La greffe entre la musique de Giant Sand, teintée de country, de folk et ensoleillée par la lumière chaude de Tucson et l’univers mélancolique de Lisa Germano produit quelques merveilles dont cette chanson, Cracklin Water, tout d’abord minaudant… "Crackling water In the crackling light And the crackling clouds Here in the crackling night"… pour s’accélérer sans cesse, finissant à bout de souffle accompagné par une guitare désinvolte et un violon affolé. "I want you now I hate you now If this isn't love". Une tournée importante a suivi cet album, dont plusieurs dates en France. Et le plus gros succès de Lisa Germano à ce jour. Ce n’était pas hélas sous son propre nom. La période 4AD trouve sa conclusion avec Slide en 1998 et sa magnifique pochette. Ivo ne va pas tarder à partir, concluant la période américaine et la deuxième vie du célèbre label anglais. Si une Lisa (Gerrard) a peut-être symbolisé la première période, j’aime à penser que l’autre Lisa (Germano) résume bien la deuxième. Des personnes plus sensées et raisonnables vous parleront de Liz et de Kim. L’album pourtant est beaucoup plus serein, la parenthèse OP8 a ouvert sa musique (elle réenregistre d’ailleurs If I Think of Love en version musique de chambre), le son plus ample et parfois majestueux. La batterie n’a jamais aussi bien sonné, par exemple, et l’orchestration jamais été aussi riche. Une chanson comme Wood Floors est simplement magnifique, belle à pleurer. Se passe de mots. Mais la musique ne se vend pas, Lisa est perdue et découragée. Elle disparait. Pas complètement, prête sa voix ou son violon à Eels, David Bowie ou Yann Tiersen (qui l’a emmenée à la mer). Mais pas de disques solo. Rien. Pendant ce temps-là, une certaine Cat Power a pointé son museau et lapé un succès que Lisa aurait pourtant mérité. Il est sans doute préférable de jouer avec un orchestre ou de se filmer seul avec sa guitare dans une clairière pour atteindre le succès. Pourquoi Fiona Apple, Marissa Nadler ou même Suzanne Vega et pas Lisa Germano ? Mystère. Un jour de 2003, ou à la fin de 2002, je ne sais plus, alors que je faisais une énième recherche (ah oui, Internet a changé la vie à tous les mélomanes un poil obsessionnels, entretemps) pour avoir de ses nouvelles, trois chansons postées sur le site web de l’artiste. Trois joyaux, en fait. Je me souviens avoir pleuré d’émotion en entendant ces chansons. Le temps n’avait rien changé à l’affaire. Dans le lot, From a shell And the earth spins round while the people fall down And the world stands still not a sound (not a sound) There is love There is love To be found In the worst way. Le disque, dans son ensemble, aborde frontalement les problèmes de l’alcool, alterne de grands moments, Paper Doll, Pearls, Lullaby for the Liquid Pig (et sa mandoline puis son violon vibrant), Into the Night (avec Johnny Marr à la guitare …) et la délicate conclusion… To Dream, et à d’autres moments, pas mal d’égarements. Sur Candy, on croit d’ailleurs entendre Eels (Butch, du groupe, est de la partie). Mais en moins bien. Qu’importe, un disque néanmoins indispensable. Il faut aussi se perdre dans les photos du livret, on se dit qu’elles auraient leur place dans un film de Kyoshi Kurosawa. Lisa Germano n’attendra pas aussi longtemps pour nous donner de ses nouvelles. Elle trouve alors refuge sur Young Gods Records, le label de Michael Gira, le leader des Swans, qui publiera In the Maybe World en 2006 et le dernier en date, Magic Neighbor, en 2009. Abandonnant sans doute tout espoir de succès, elle continue à sortir des chefs-d’œuvre d’intimité, de délicatesse, de fragilité, sans toutefois réussir à toucher autant de cœurs sensibles que ses ondes mélodiques mériteraient pourtant d’atteindre. Sur cette dernière chanson, Into Oblivion issue de In the Maybe World, les accords de guitare impressionnistes de Johnny Marr atteignent de nouveaux sommets féériques. Ces deux derniers albums sont d’ailleurs plus dénudés, le piano y prend une place prépondérante, il orne quelques chansons de sa seule présence et l’ensemble continue à marier la glace et le feu, la tristesse et la sérénité. Et toujours ces mélodies imparables. Lisa Germano semble apaisée, il n’empêche écrire des chansons reste vitale pour cette éternelle idéaliste et romantique qui a fêté ses 50 ans. Il est encore temps de l’écouter, de la découvrir, de la redécouvrir. Et de l’aimer. Des extraits du dernier album sont disponibles ici. A noter que la version vinyle du dernier album est accompagnée d’un CD. Les trois derniers albums peuvent se commander sur le site YGR. Les autres se trouvent facilement sur Amazon.
Commentaires
De : LE COUSIN DE LA REINE DE TREFLE Merci pour ces commentaires pleins de finesse; il en ressort une sincère admiration, que je partage, pour une artiste modeste, intègre ...et tellement douée ! J'avais assisté en 2006 à son concert à Evreux : une maigre assistance, un peu indifférante ; pourtant sa présence miraculeuse m'a laissé un souvenir ému ; j'ai eu la chance d'échanger quelques paroles avec elle après ; nulle affectation et tant de simplicité , respect pour Lisa et merci à vous De : eyeless Je t'en prie, j'y ai pris beaucoup de plaisir. Je l'ai aussi vu à Evreux en ... 1997 à l'époque de la tournée OP8 Insérer un commentaire : |
