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Gabriel Yacoub invite Malicorne - Francofolies - La Coursive - le 15 juillet 2010

Dossiers/hommages
Posté par Olivier Rossignot le 2010-07-18



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Un tel concert, nous n’aurions pas osé le rêver.
 
Bercé depuis enfant par les charmes harmonieux de Malicorne, l’espoir de les ré-entendre sur scène un jour relevait pour moi du pur fantasme irréalisable, comme le jeu du « et si… », un souhait de contes de fée dont on connaît d’emblée la réponse, sans vouloir vraiment s’avouer qu’il s’agissait d’un beau passé révolu, d’un paradis sonore perdu. Gabriel Yacoub nous répétait ici même combien l’aventure Malicorne était belle et bien terminée, comme un magnifique voyage arrivé à son terme, préférant désormais se consacrer à sa carrière solo et à ses somptueux albums poèmes. Et pourtant, trente ans après la dissolution de ce groupe mythique qu’était Malicorne, l’opiniâtreté du programmateur des Francofolies et fan absolu de Malicorne qu’est Gérard Pont pour convaincre un Gabriel, tout aussi tenace, de monter ce concert hommage, aura donc fini par porter ses fruits. Gabriel Yacoub le clame haut et fort d’emblée, il ne s’agit pas pour lui de reformer le groupe, mais de rassembler les amis d’antan pour reprendre des chansons de leur répertoire : « Gabriel Yacoub invite Malicorne ».

 

Au-delà de l’enthousiasme immédiat qui suivit l’incrédulité d’une telle nouvelle, un certain scepticisme perçait. Le temps a passé, chacun a vieilli, a tourné la page et notre aspiration forte à voir renaître les charmes d’antan n’était-elle pas pure utopie ? Ne risquait-on pas d’être déçu, de voir se rassembler à nouveaux les membres fondateurs maintenant quinquagénaires et sexagénaires, tous séparés depuis par des chemins différents et des attirances respectives éloignées de leurs anciennes amours ? N’était-il pas préférable de rester sur l’idéale vision d’un groupe éteint à son apogée ? Au vu du résultat, non.

 

Le Grand Théâtre de La Coursive est bondé. Même les marches d’escalier sont prises d’assaut. J’entends même dire « C’est encore plus complet que Vanessa Paradis hier ». L’atmosphère est particulièrement chaleureuse et bon enfant. Après de multiples appels d’applaudissements, les lumières s’éteignent. J’avoue que le premier quart d’heure ne m’a pas laissé présager du meilleur lorsqu’un Gabriel Yacoub visiblement pas très en forme a commencé à interpréter d’une voix un peu cassée et hésitante des chansons de son répertoire solo. Ma première réaction a été de penser (mauvais esprit) qu’il ne jouerait peut-être pas le jeu et qu’il se contenterait d’interpréter ses chansons accompagnés de ses anciens acolytes, de ses fidèles compagnons de tournée que sont désormais Yannick Hardouin et Gilles Chabenat.

 


Puis, quelle surprise de voir arriver Karl Zéro sur scène et de lancer que nous allions assister à l’incroyable, la résurrection de Malicorne, avant qu’ils n’arrivent tous sur scène pour rejoindre Gabriel. Laurent Vercambre, Hugues de Courson, Marie Sauvet ou Olivier Kowalski (ainsi que David Pouradier-Duteil aux percussions et à la batterie) en quelques instants s’emparent à nouveau du cromorne, du dulcimer, du nyckelharpa ou du violon avec une aisance confondante, s’immergeant de tout cœur et de tous chœurs, avec une joie communicatrice dans une musique qui bien loin de représenter le passé, affirme la puissance de son universalité et son éternelle pureté juvénile.

 

Malicorne, faux groupe folk et vrai groupe lyrique et poétique, qui métamorphosait grâce à ses arrangements alchimiques, chaque chanson traditionnelle dont il s’emparait en poignante histoire, émus par ces drames amoureux, ces tragiques crimes passionnels, ces contes fantastiques. Comme le faisaient les frères Grimm à leur époque, le travail de Malicorne relève d’une impressionnante démarche de collectage de récits anonymes, instantanés des époques et des vies quotidiennes rurales, cruelles et sublimes, comme l’âme des petites gens, dont l’élévation des mots fait corps avec la pauvreté et la révolte. Extraordinaires témoignages du génie populaire sublimés par une réappropriation au sein d’un univers littéraire, sinon cinématographique qui portait indéniablement sa griffe. Bref, Malicorne a marqué plusieurs générations d’auditeurs qui à leur tour transmettent à leurs enfants et petits enfants cette culture unique et singulière, comme en témoignait le public de tous âges réuni à cette soirée. Des chansons à capella comme « Nous sommes des chanteurs de sornette » ou « Marion les roses » aux magnifiques complaintes que sont « L’écolier assassin » ou « Pierre de Grenoble », en passant par les sublimes instrumentaux comme « Ba chuber ». Autre grand moment, l’interprétation envoûtante du luneux par une Marie Sauvet accompagnée par Vercambre et De Courson, une Marie Sauvet, qui durant la totalité du concert dégageait une fascinante sensation de grâce féérique. L’ensorcellement opère, intemporel, nous emmenant juste dans un improbable ailleurs. Plongeant au plus profond de mes émotions, j’avoue avoir eu la gorge nouée régulièrement par cette étrange sensation d’entremêler mes années, de mélodies qui semblaient définitivement appartenir au passé du vinyle et du lycée et qui brusquement renaissaient, nouvelles. Fabuleuse impression également que celle de ces retrouvailles, de ces amis qui fusionnaient à nouveau dans la musique, pour nous offrir un concert sortilège, toujours plein de sourires, de joie, mais avec cet inévitable soupçon de mélancolie des années écoulées et des camarades vieillis. Inévitablement me revenait en mémoire les paroles du « sel et du sucre » de Gabriel Yacoub : « on s’est retrouvé tous les ans/ on n’avait pas changé vraiment / des plis au coin des yeux/ et des enfants joyeux / qui ressemblent un peu à leurs parents ». Plus que de redonner au public les versions attendues des albums, Malicorne a repris librement, spontanément, ses morceaux avec une générosité et une pêche incroyable, Laurent Vercambre en tête qui ne cessait de traverser la scène avec une désopilante allure de diablotin déchainé et qui avait amené l’intégralité de son Quatuor, apportant tantôt une touche d’orchestre de chambre, tantôt des digressions burlesques bienvenues.

Cette résolution à ne pas s’enfermer dans un concert mortifère et dans le culte du passé, trouva son apogée dans la partie du concert que l’on pourrait qualifier de « tribute to Malicorne ». Belle répartie au méchant jeu des amalgames qui mettent tous les groupes folks dans le même panier et les réservent exclusivement aux ex baba cools, Yacoub a eu l’idée d’inviter des représentants de la nouvelle scène française à venir offrir leur vision des œuvres du répertoire. L’interprétation hallucinante des Tristes Noces par Claire Diterzi fait partie des moments les plus hypnotiques du concert, apportant une richesse supplémentaire et une violence inattendue, lorsqu’elle s’est littéralement réappropriée cette superbe complainte, tout en frénésie et en passion, fabuleuse rencontre de deux sons vers une même osmose. Il en allait de même pour la magnifique relecture par JP Nataf avec son banjo de « Quand je menais les chevaux boire », transfigurée en plainte désespérée. Un peu moins convaincante était peut-être l’interprétation minimaliste par Bensé & Jil Is Lucky de « Quand le cyprès », bien qu’ayant le culot de s’éloigner franchement de l’originelle. En revanche, « La Complainte du coureur des bois », très émouvante, par Tété seul à la guitare touchait à l’épure. Du coup, on se dit que le principe de ces réinterpréations accompagnées par le groupe lui-même pourrait donner naissance à un album formidable.

Plus de deux heures de musique qui finissent en apothéose de rappels, de standing ovation, et de spectateurs attrapés par Marie pour danser sur scène. Il nous sera difficile d’oublier un tel moment précieux, rare, splendide : une soirée magique, pour un concert historique, beau comme un songe.



Retrouvez d'autres articles sur Gabriel Yacoub :

Gabriel Yacoub - "De la nature des choses"
Entretien avec Gabriel Yacoub (Première partie)
Entretien avec Gabriel Yacoub (Deuxième partie)


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Commentaires
De : danny boy

pouvons-nous esperer un CD (ou deux) de ce concert? J'ai pu voir des extraits sur YOU TUBE, j'en ai des frissons

De : Olivier R.

J'en ai moi encore des frissons, et je crois que ce fut le cas pour l'ensemble de la salle. Des rumeurs parlent d'un dvd, mais bon... attendons... et croisons les doigts. Je vous tiens au courant.

De : KB35

Pour le CD je ne sais pas mais en tout cas il y aura bien un DVD du concert qui sortira comme l'a confirmé Gabriel Yacoub sur son site officiel.

De : David

Bonjour,

un CD et un DVD sont bien sortis et sont en vente sur différents sites :Auvergne Diffusion, Amazone etc.


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