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Gabriel Fauré - "Barcarolles" - D. Bardin.
Les sorties
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Classiques, d’un lyrisme discret, les formes musicales suivantes - impromptu , nocturne et barcarolle - s’appliquent à détacher l’auditeur du réel prosaïque pour satisfaire ses besoins d’échappées en irréel et ces envies d‘immersion en tableaux poétiques. Caprices de partance vers des destinations chimériques très au goût du XIXième siècle mais aussi du siècle des Lumières. Songes d’utopies, projections d’eldorado idylliques. Et des salons de la haute bourgeoisie bruissant de murmures étouffés par le velours des lourdes tentures, de s’échapper vers des paradis illusoires à la Watteau, vers des déambulations somnambuliques en confuse géographie nervalienne. Pour habiter l'air vacant des architectures de grâce et de beauté. Ces exercices de style convenu - très éloignés des expérimentations contemporaines - briguèrent en leur temps les suffrages des romantiques et mélomanes assoiffés d’épanchements sentimentaux. Etudiés magnifiquement - et savamment - par l’inspiré Frédéric Chopin et à moindre frais par le non moins intéressant Debussy, elles furent un détour obligé pour tout compositeur un tant soit peu soucieux de briller en société et gagner son pain quotidien. Gabriel Fauré, élève de Saint-Saëns à l‘école Niedermeyer, n’y échappa donc pas. Mais s’éloigna rapidement de l’essai imitatif pour dégager une approche plus personnelle de la forme. Au programme - les barcarolles. Comme le mot le laisse entendre, la barcarolle emprunte au cliché romanesque des promenades amoureuses en barque - en particulier sur canal italien mais aussi sur toute autre surface liquide - tant qu‘elles transportent et alanguissent. Elles tirent d’ailleurs leur origine du chant des gondoliers, qui soit pour animer la promenade soit pour s‘encourager à accomplir une tâche répétitive poussaient la chansonnette locale. Bergamasques, carnavals peuplés de personnages archétypaux de la Commedia dell’arte, toute cette matière fascina compositeurs, dramaturges, écrivains et poètes. Cousant des broderies sur cette mythologie. De glissements sur l’eau, la mode galopant sur les zéphyrs de cythère transféra le propos vers un motif artistique généraliste. Travaillant sur de nouveaux points d’interprétation, de vision, de variation tant dans le domaine littéraire que musical. Entre 1881 et 1921, Gabriel Fauré s’activa donc - parmi de nombreux autres chantiers - à produire des études de nocturnes et de barcarolles. Dans un dépouillement volontaire, une simplicité orchestrée avec discernement, contrebalancés par des effets de puissance sporadique, les différentes variantes de ces barcarolles se complexifient au fil de leur ébauche, érigeant une sculpture sonore de plus en plus limpide, ciselée et singulièrement profonde. Reflétant l’affranchissement progressif de Fauré à l’égard de l’académisme contraignant de la forme. Pour toucher au plus près de l’expression pure du sentiment dépeint.
Delphine Bardin, jeune pianiste formée au conservatoire supérieur de Paris et lauréate 2009 du prix international Pro Musicis avec la violoniste Elsa Grether, nous livre, sur l’indispensable label Alpha, une intégrale de ces barcarolles peu connues du grand public. Plus habitué à son requiem ou sa pavane. Sensible au répertoire de la mélodie française qu’elle a déjà visitée sur album en 2005 avec les «airs chantés» par Hélène Guilmette, il semblait inévitable de voir son talent évoluer sur microsillons dans les univers amortis de Fauré.
Semblant comme effleurer les touches dans un ballet de doigts virevoltant, l’interprétation subtile de Delphine Bardin s’axe sur une mise en condition pragmatique de la partition tout en n’oubliant pas la compréhension de l’effet recherché : l’introspection romantique - dans un respect rigoureux de l’esprit fauréen. Empli de légèreté et d’élégance, son jeu rend compte avec une délicatesse confondante des intimistes sensations délivrées par les compositions. Les barcarolles 3,6,9,11 ont ma préférence - ce n‘est qu‘un penchant - mais démontrent dans la continuité de leur écoute un détachement lent mais sûr de l’influence du maître incontesté du style - Chopin.
Un disque envoûtant à découvrir recueilli sur une heure au clair de lune.
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