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Festival Météo - vendredi 26 : unité

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Posté par gee wee le 2011-08-27



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Météo, festival protéiforme s'il en est, se promène dans la ville de Mulhouse autant qu'il se promène dans la musique. Eglises, théâtre, chapelle, garage, usine... Météo n'a pas de lieu dédié, sinon tous les lieux, n'importe quel lieu. On y cherche une ambiance, une acoustique, un charme, un décalage.
C'est l'occasion pour nous de (re)visiter la ville et de découvrir son patrimoine, et de vous proposer un petit journal de festival accompagné de notes historiques.
Bonne promenade dans les rues et dans les sons !



Météo 4ème jour
Temps : pluie battante pour batterie pliante
Températures : en chute libre
Concerts : unité


Les oreilles bourdonnent encore du concert de la veille ; The Ex jouent vraiment très très fort (et c'est bien). Comme chaque midi, nous rejoignons la Chapelle Saint-Jean devant laquelle sont amassées dès 12h quelques grappes d'indéfectibles. 30 minutes plus tard au début du concert, la chapelle est pleine comme un oeuf et nombreux sont ceux qui doivent trouver une place entre les bras des statues. Brrrr.


DAUNIK LAZRO & ISABELLE DUTHOIT
Daunik Lazro, saxophone - Isabelle Duthoit, voix, clarinette
(France)

Ce duo réunit le très très grand Daunik Lazro, pionnier de la free music qu'il marque de son jeu charnel, intense, dur, puissant au saxophone baryton (pourtant une sacrée bête à manier) et la belle Isabelle Duthoit, déjà vue mercredi soir en compagnie de Luc Ex, qui démontre, au-delà encore de ses capacités vocales incroyables, une maîtrise aussi élevée de la clarinette (il est vrai son instrument initial). Autant dire que nous avons affaire à des musiciens qui ont du coffre.
En plus du coffre, il faut une sacré dose de finesse. Si le concert est puissant, strident, tranchant, chargé en son, il n'aurait rien donné sans l'écoute inconditionnelle de son partenaire et de soi-même, il n'aurait rien donné sans charge émotionnelle, il n'aurait rien donné si, en-deçà des capacités techniques, ne réside pas une conscience de l'autre. L'interaction, dans quelqu'environnement que ce soit, est fondamentale. Pour que la musique avance, pour qu'elle porte un propos, un sentiment.
Tel que je l'ai perçu, ce concert fut assez animal. De la parade d'oiseaux à un stress grandissant évoquant des scènes de chasse, on est comme dans ce film de Pelechian monté à base d'images d'archives (donc une pure composition) et qui recrée comme une apocalypse des animaux : Les Habitants.






A la fin de l'après-midi, nous gagnons enfin cette friche D.M.C. et pouvons traduire le sigle tant répété et manipulé mentalement en Dollfus-Mieg & Cie (ce n'était donc pas le District des Maîtres Cochonniers).
Cette usine apparaît dès la fin du XVIIIè siècle après une tradition d'impression sur étoffes vieille d'un demi-siècle et réputée à l'étranger, et symbolise la puissance industrielle de la ville de Mulhouse par ses stratégies foncières avantageuses et son souci d'être toujours à la pointe du progrès technique. Ainsi, dès 1812, D.M.C. intègre sur le même site filature, tissage, blanchiment et impression. Et en 1840, l'activité se concentre sur la production de fil à coudre aux couleurs multiples dont les recettes de longévité sont tenues secrètes.
En plus de sa puissance industrielle, D.M.C. a fait preuve de beaucoup de considération sur le plan social : création d'une société de secours mutuel en 1830, construction d'une salle d'asile (anciennes écoles maternelles) en 1850, création d'une caisse d'épargne pour les ouvriers en 1867, création d'une caisse de prévoyance en 1884, construction de logements et de jardins ouvriers.
Désormais, faisant face à la concurrence internationale, une grande partie de l'usine historique a été délaissée et doit servir à la réalisation d'un nouveau quartier. Espérons que les réhabilitations sauront préserver le patrimoine architectural de cette usine, sauront les faire (re)vivre sans en dénaturer l'identité.




ALEXANDRE KITTEL
Alexandre Kittel, percussions
(France)

Percussionniste et performer, Alexandre Kittel a travaillé autour de la cymbale pour ce concert au sein de l'usine D.M.C. D'abord absent, laissant vibrer une cymbale sur une autre à l'aide d'un moteur, c'est en rampant sur d'autres cymbales qu'il arrive au milieu de l'espace de jeu. Et il s'agit bien de jeu : au sol, Kittel bidouille, sort d'autres cymbales de son sac ainsi que des objets hétéroclites (canards en plastique vibrant, petites tiges en bois, griffe en métal, vibromasseur...) qui lui permettent d'agir sur les disques de cuivre avec son corps aussi bien qu'à distance.
Une réelle performance, où le corps fait partie intégrante de la conception musicale (il se jettera à la fin sur son tapis de cymbales) et, par là, où la question de la présence est centrale. Au coeur du bâtiment de l'usine, les sons prennent une couleur particulière, et c'est particulièrement dans les moments les plus minimalistes que Kittel parvient à susciter la sensation d'une présence, ou de réminiscences de la vie de l'usine : cliquetis des machines, scies sciant, cloche de sortie d'usine.
Une performance habitée dans ce lieu désert.


CRANC
Nikos Veliotis, violoncelle – Rhodri Davies, harpe – Angharad Davies, violon
(Grèce, Grande-Bretagne)

La seconde partie à D.M.C. vire dans un style opposé à la première. Quand le percussionniste était au centre de l'usine, les trois musiciens de Cranc sont disposés autour du public. Quand la performance sollicitait les yeux en permanence, la musique de Cranc s'écoute dans la pénombre.
Cette pièce est étendue sur une heure environ et constitue peut-être la plus belle chose présentée au cours de ce festival. L'évolution extrêmement lente de la musique est maintenue par une tension palpable qui s'exprime par de longues notes tirées à l'archet. Filaments d'abord isolés, ils s'assemblent petit à petit pour comme recréer un lever de soleil en temps réel. Au-delà même de ça, c'est à la naissance d'un monde que l'on assiste, tant la profondeur de cette musique a une portée métaphysique.
On pense à Arvo Pärt, notamment, ou dans une veine plus pop, à l'album instrumental de Andrew Bird, Useless creatures.
Quand on connaît l'importance de la continuité, de la progression, des idées et des sons dans la musique improvisée, cette oeuvre est une merveille.




évocation


Au soir, la pluie battante accélère la convergence du public vers le Noumatrouff. Depuis 15 ans, ce salle de musiques actuelles propose une programmation éclectique et apporte son soutien aux pratiques amateur en louant des locaux de répétition et en gérant un centre de ressources.
Elle se situe rue de la Mertzau, dont le nom provient de la réunion de Mertz (soit déformation du latin maceria, "mur de clôture", soit en provenance de Mervieh, terme désignant du vieux bétail engraissant avant l'abattoir) et de Au (pré humide).
Sur cette rue ont fonctionné quatre usines chimiques, dont les terrains ont été acquis entre 1969 et 1987 par la ville de Mulhouse afin d'installer le Parc des Expositions, le terminus des Tram, la salle du Noumatrouff...
Ainsi cette salle occupe-t-elle les anciens locaux d'une usine de lavage et de dégraissage de tissus d'essuyage industriel.




6IX
Urs Leimgruber, saxophone – OkKyung Lee, violoncelle – Thomas Lehn, synthétiseur – Dorothea Schurch, voix - Roger Turner, batterie – Jacques Demierre, piano
(Suisse, Allemagne, Corée du Sud, Grande-Bretagne)

Il y a peu de choses à dire sur ce concert, sinon pour saluer la grande faculté de ses instrumentistes à s'effacer devant le tout, c'est à dire la musique qui émerge de leur jeu à tous.
Ce que je veux dire par là, c'est que le son produit, les ondes qui nous parviennent aux oreilles, est d'une unité exemplaire. Chacun agit, joue, au service de la création globale plutôt que pour se mettre soi-même en avant. On retrouve là bien sûr l'un des aspects politiques de la musique improvisée dont les racines proviennent du free jazz. C'est à la constitution du tout humain que chacun participe, pas à l'avancement de son existence seule.
Pour revenir à l'aspect musical, une sorte de graal est ici atteint. Quelque chose que je nome "indifférenciation sonore". C'est ce seuil où les sons sont produits d'une façon telle qu'il devient impossible de déterminer sa provenance. Saxophone, son électronique, voix, crissement d'un tambour, vibration empêchée de la corde d'un piano...
Les sons se fondent et s'entremêlent. Le résultat est un tissu continu d'une heure environ aux couleurs innombrables et aux motifs oniriques.


THE AMES ROOM   
Jean-Luc Guionnet, électronique – Clayton Thomas, contrebasse - Will Guthrie, batterie
(France, Australie)

Il pourra être reproché au festival Météo de ne proposer qu'essentiellement des concerts où les instrumentistes ne jouent pas de leurs instruments. En effet, la plupart détourne l'utilisation première de ces derniers pour chercher à en tordre la convention et recherche de nouvelles potentialités.
Il est donc important voire vital d'avoir de temps en temps (et nous en avons eu, avec Luc Ex ou The Ex+Brass Unbound) de vrais moments de jeu, où les musiciens jouent "normalement".
Ce concert débute d'emblée par un Free Jazz ultra vif et bruyant qu'il ne quittera en fait jamais. Une musique hyper véloce, foisonnante qui parvient dans sa cacophonie réjouissante à se renouveller sans cesse, par d'étonnantes transitions maîtrisées de main de maître par la batterie de Guthrie et la contrebasse de Thomas, offrant une nouvelle couleur à la musique, réorientant le sax nerveux de Guionnet, perpétuant l'énergie folle d'un Ayler, d'un Tchicai ou d'un Jimmy Lyons.


ADRIEN KESSLER SOLO
Adrien Kessler, piano électrique, voix
(Suisse)

Ils nous avaient prévenu, ce concert risquait d'être celui qui divise. On a du mal en effet à trouver que le chanteur au style opéra-rock, même s'il joue fort, a sa place au sein du festival Météo. Dommage à mon sens de vouloir caser de la chanson à un public qui ne vient pas pour cela, surtout après les deux fantastiques concerts d'une heure sans interruption chacun.




programmation du samedi 27
Chapelle Saint-Jean – 12h30
Michel Doneda / Tatsuya Nakatani
D.M.C – 17h30
8 Harps
Église Saint-Joseph – 19h00
Jean Guillou / Brigitte Fossey
Noumatrouff – 21h00
Barry Guy / Agusti Fernandez / Ramon Lopez
N.E.W



Festival Météo
du 23 au 27 août 2011

http://www.festival-meteo.fr
et le blog de Météo


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