
|
Festival Météo - samedi 27 : trames |
![]() ![]() |
|
Météo, festival protéiforme s'il en est, se promène dans la ville de Mulhouse autant qu'il se promène dans la musique. Eglises, théâtre, chapelle, garage, usine... Météo n'a pas de lieu dédié, sinon tous les lieux, n'importe quel lieu. On y cherche une ambiance, une acoustique, un charme, un décalage. C'est l'occasion pour nous de (re)visiter la ville et de découvrir son patrimoine, et de vous proposer un petit journal de festival accompagné de notes historiques. Bonne promenade dans les rues et dans les sons ! Météo 5ème jour temps : giboulées de mars températures : fraîches avec le vent concerts : trames Dernier jour du festival. Le soleil se lève lentement sur une ville qui sèche encore les larmes d'émotions de la veille, se rappelle doucement les torsions, les dilatations, les évaporations. Les chats et les arbres s'étirent, lèchent leurs pattes et leurs feuilles, échangent les derniers regards avant le jour. Will Guthrie solo Will Guthrie, batterie (Australie) Pour ce concert "pour les enfants" donné à la bibliothèque municipale de Mulhouse, nous avons recueilli les impressions d'un aimable auditeur barbu, Jean-Pierre. Le langage des sons de la percussion à la perfection. Will nous livre un De Nature Sonoris simple, efficace, mais sans démonstration pour une musique bien vraie, active et cependant recherchée. Tantôt descriptive, tantôt structurée, toujours portée par la pureté des sons, et captant l'attention, sa musique éducative remplit l'espace culturel. Une musique épurée, apéritive, engageante, conviviale, en deux mots magistrale et tout bonnement géniale. Pour consommation immédiate et vitaminée. Michel Doneda / Tatsuya Nakatani Michel Doneda, saxophone - Tatsuya Nakatani, percussions (France, Japon) Pour aller droit au but, ces deux-là sont des sortes de physiciens. D'une base musicale ils passent au son, et du son ils passent aux ondes. Leur pratique puissante et pourtant abordée avec un zen exemplaire ouvre la matière sonore comme on ouvre un fruit pour en découvrir la pulpe. Les deux instruments, opposés comme le sont le saxophone et les percussions, sont écartelés jusqu'à perdre toutes leurs différences et atteindre à cette essence fondamentale. Ce qui nous parvient est lumière autant que son, est vibration et résonnance, est interférence et diffraction. Revenir à D.M.C. nous permet de faire un petit tour dans la cité ouvrière de l'autre côté de la rue. En face de l'usine textile, on trouve un maillage régulier de rues et d'allées. Le tissu est partout. L'une des rues principales de la cité est la rue des abeilles, symbole du travail ouvrier où les forces se conjuguent pour produire une oeuvre collective qui dépasse chacun prit isolément. Un drôle de clin d'oeil aux préoccupations de la musique improvisée, qui nous fait penser qu'une manifestation culturelle prend corps sur un terrain doté d'une certaine fertilité, sur un certain patrimoine. La cité est construite entre 1854 et 1895 et ses 1240 maisons répondent à plusieurs conceptions : disposées en bandes accolées, entre cour et jardin, ou au sein du "carré mulhousien", quatre maisons en bloc avec des jardins à l'avant de chacune. Le tout a nécessité de grand travaux d'assèchement de terrains régulièrement inondés. La nouveauté de cette cité fut de permettre aux ouvriers d'accéder à la propriété. Ce grand projet initié par Jean Dollfus (de D.M.C.) a rapidement suscité l'intérêt de Napoléon III pour "l'extinction du paupérisme" (titre de l'un de ses essais) et celle de l'exposition universelle pour laquelle Dollfus réalise une maison modèle en 1867. Ajoutez à cela la construction d'équipements collectifs : bains et lavoirs, restaurant, boulangerie, épicerie, salle d'asile. Le tissu est social également. ![]() Photo F. Zvardon © Région Alsace – Service de l’Inventaire et du Patrimoine, 2007
8 HARPS Clare Cooper, harpe - Rhodri Davies, harpe (Australie, Grande-Bretagne) Ce projet pour 8 harpes a l'originalité de ne comporter que deux interprètes. Les harpes, disposées en cercle, sont préparées à l'aide de petites pinces à linge sur les cordes, de baguettes ou de papier alu filés entre les cordes. A l'extérieur, les deux musiciens ont également à leur disposition du matériel pour agir différement sur les instruments : fourchette, maillets... Lorsque l'on s'attarde sur un musicien passant de l'une à l'autre, on découvre que chacune a une couleur, une voix, un caractère qui lui sont propres. Lorsque l'on s'attache à percevoir le tout (en fermant les yeux), on ressent toujours cette même diversité de personnalités, au point parfois d'avoir l'impression d'entendre une collection de sons, aussi beau et travaillés soient-ils. Un léger manque de continuité à mon sens qui se traduit par quelques blancs parfois ou l'absence d'une réelle exploitation de la puissance sonore de ces huit harpes. Construite entre 1880 et 1883 dans la cité ouvrière, l'église Saint-Joseph est la troisième église catholique de Mulhouse. Le choix de Saint-Joseph pour nommer cette église tient au fait que ce dernier est le patron des travailleurs (sic), mais la tradition orale retient que chaque famille ouvrière avait en son sein un "Seppi", un membre nommé Joseph. Jean Guillou / Brigitte Fossey Jean Guillou, orgue - Brigitte Fossey, récitante (France) En partenariat avec le festival Callinet d'orgues et de musiques sacrées, ce concert devait consacrer l'union de l'improvisation libre avec l'improvisation telle qu'elle se pratique à l'orgue. Sans trop savoir à quoi s'attendre, on se retrouve avec un ensemble de pièces "classiques" dont on retient avant tout la virtuosité de l'interprétation sans pour autant ressentir les pointes d'improvisations qui y sont pourtant. Reste à apprécier cette musique. La pièce suivante, qui est annoncée dans le programme, est un conte, à mi-chemin entre Alice au pays des merveilles et Pierre et le Loup. Probablement écrit sous peyotl, Alice au pays de l'orgue est une sorte de décomposition pédagogique de l'orgue : l'ensemble de ses sons correspondent à des personnages qu'Alice rencontre lors de l'un de ses voyages derrière le miroir. On retiendra une ambiance parfois brumeuse où la voix réverbérée et lointaine de Brigitte Fossey offre un bel onirisme. Le reste n'est pas très compréhensible malheureusement. Il y a des mondes qui restent incommensurables. La journée se terminera au Noumatrouff où quelques bières et petits plats réconfortants attendent nos estomacs. Barry Guy / Agusti Fernandez / Ramon Lopez Agusti Fernandez, piano - Barry Guy, contrebasse - Ramon Lopez, batterie (Espagne, Grande-Bretagne) Il y a des choses qui parfois, involontairement, deviennent insupportable. Barry Guy est un grand musicien, il prend du plaisir à jouer, voilà. Mais on est là en présence d'un énorme carcan dans la musique, à ce moment où le verrou est mis sur ce qui va être joué, comment, à quel moment, etc. Ce contrôle paraît obsessif quand Barry Guy consulte en permanence ses partitions, dont on pourrait croire qu'elles contiennent les passages les plus free écrits avec des petits symboles. Force de frappe sur les cordes, prise de l'archet, longueur du glissando. Tout cela fonctionne à merveille lorsque Barry Guy interprète des pièces baroques ou conduit son impressionnant "Barry Guy New Orchestra", ce all-star du free aux compositions musclées et racées. Le coche est un peu raté ici. N.E.W Alex Ward, guitare - John Edwards, contrebasse - Steve Noble, batterie (Grande-Bretagne) A l'inverse, on est ici en présence d'une musique incontrôlable, une sorte d'énergie brute qui traverse les trois musiciens. Un free rock disto d'une puissance sans commune mesure. Juste un plaisir. Et ainsi le festival se termine. Il aura comme perpétué une tradition Mulhousienne en tissant sons, musiciens, festivaliers, lieux, culture, histoire. J'adresse un très très grand merci à Adrien et à l'équipe du festival pour toute cette belle semaine. Les notes historiques présentes dans cette série d'articles n'auraient pas vu le jour sans le passionnant livre Les rues de Mulhouse : histoire et patrimoine, édité par le Conseil Consultatif du Patrimoine de Mulhouse et la Société d'Histoire et de Géographie de Mulhouse. A l'année prochaine ! Festival Météo du 23 au 27 août 2011 http://www.festival-meteo.fr et le blog de Météo Retrouvez d'autres articles sur Festival Météo 2011 : Festival Météo : Jazz et Musique improvisée à Mulhouse (23-27 août) Le festival Météo commence à pointer le bout de son nez ! ZOOM Festival Météo... pour les enfants ! Entretien avec Adrien Chiquet, directeur du festival Météo Météo-Campagne : du 11 au 22 août début du festival Météo sur Culturopoing ! Festival Météo - mardi 23 : dépaysement Festival Météo - mercredi 24 : contrastes Festival Météo - jeudi 25 : claque Festival Météo - vendredi 26 : unité
Commentaires
De : Elysia Super idée que le journal de bord, Gee Wee! C'est ludique, pratique, avec quelques découvertes à la clé! :) De : Cyril C. gee wee, c'est le Jean-Paul Ollivier jazzy de Culturopoing :-) Insérer un commentaire : |
