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Eels - "Tomorrow Morning"

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Posté par Rémi Boiteux le 2010-08-26



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Après une somme autobiographique en deux temps (le magnifique double album Blinking Lights et l’excellent récit, non encore traduit, Things the Grandchildren should know) sortie au cœur d’une pause inhabituelle dans le rythme de l’homme derrière Eels, c’est une rafale de trois disques en à peine plus d’un an que vient de nous offrir ce déjà vieil ami – trois albums pour trois thèmes : le désir, la rupture, et aujourd’hui la renaissance.

 

Il est rarement pertinent ou fécond de chercher à confondre une œuvre et la biographie factuelle de son auteur. Il n’empêche : difficile de ne pas recevoir les albums de Eels comme autant de bilans de santé de Mark Oliver Everett. On l’avait laissé bien mal en point au fil du très récent et déprimé End Times qui, son malheur faisant proverbialement notre bonheur, nous avait laissés ravis de goûter tristesse si joliment partagée. Un coup d’œil au tracklisting de ce nouveau Tomorrow Morning, dernier volet de la trilogie inaugurée avec le sympathique Hombre Lobo, semble annoncer une nette rémission, tant la plupart des titres respire les good vibes. Croyant hâtivement Mr E. plus naturellement doué pour le spleen, c’est avec une curiosité teintée d’inquiétude qu’on plonge les oreilles dans l’objet. Inquiétude alors magnifiquement contredite par la luminosité qui traverse l’album. C’est d’une lumière pas tout à fait résolue à chasser toutes les ombres dont il s’agit, mais qui diffuse une chaleur -tant humaine que climatique- tranchant avec l’univers volontiers atrabilaire du songwriter. Renouant avec une variété de style proche de Souljacker (l’envie manifeste d’en découdre en moins), l’album fait un tour copieux à défaut d’être complet des genres abordés par le «groupe» au fil de sa carrière –manquent significativement les guitares hargneuses- pour en proposer une relecture enjouée. Et c’est donc un kaléïdoscope de la musique populaire américaine qui se déploie entre le funk du tubesque «Baby Loves Me», la pop pleine de la-la-la de «Mystery Of Life» et le gospel païen de «Looking Up». Un chapelet de titres qui justifient en eux-mêmes l’existence de l’album qui les abrite, regorgeant pourtant de bien d’autres perles, à l’instar du primesautièrement martial (les oxymores siéent au bonhomme) «This is where it gets good», qu’on pourrait croire sorti des meilleurs moments du meilleur album de Bright Eyes mais qu’on rangera surtout d’emblée aux côtés des sommets du E-corpus. On peut encore faire des merveilles avec une recette folk-blues discrètement rehaussée de sonorités digitales. L’épure apparente renferme un entrelacs de bifurcations subtiles, et Eels porte encore à un degré impressionnant l’art de faire sonner des constructions complexes comme s’il s’agissait d’évidentes ritournelles. L’album s’ouvre d’ailleurs sur l’un des titres les plus retors de l’ensemble (après un instrumental pas vraiment utile, coquetterie répétée en début de seconde face), ce «I’m a Hummingbird» tout en nappes qui s'harmonisent à merveille avec cette voix de teller vernaculaire. Bien sûr, malgré la conversion possible de certaines oreilles jusqu’alors réfractaires au caractère peu amène du lobo, les allergiques à sa patte (de velours griffu), à ces petites phrases musicales carillonnant en escalier, trouveront certainement qu’il ne s’agit que d’un Eels de plus. Si le disque n’a pas la doucement imposante grandeur des stations sombres du chemin de croix de Mark Oliver Everett (End Times donc, mais surtout le terrassant electro-shock blues), l’immédiateté du plaisir procuré (comment résister au très pop «The man» ou à l’enthousiasme folk de la valse «Oh so lovely» ?) en fait la conclusion idéale à une suite d’albums qui, faussement mineurs, attestent surtout de la grande forme musicale du toujours excellent E.


Retrouvez d'autres articles sur Eels :

Eels " Useless Trinkets "
Eels - Hombre Loco
Eels - End Times


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Commentaires
De : leyapi

Pas grand chose à rajouter à tout ça, un album effectivement plus abordable que d'autres.

Je trouve assez remarquable le titre "oh so lovely". C'est un peu un condensé de la discographie du bonhomme à lui tout seul, on a une complainte triste mais en fait gaie + un type qui gueule par derrière + un carillon foireux + roulement de tambour + une mélodie impeccable.
Il manque un ours qui fait du vélo et une partie de catch mais on se rapproche drôlement de la maturité d'un Irving pour assembler des bouts de machin et en faire un truc cohérent.

De : Arturo Belano aka Rémi

Merci!
Il est vrai que "Oh so lovely" est le morceau qui reste peut-être le plus. Et ce "HEY!", profondément émouvant, du type qui gueule derrière, y est pour beaucoup.
Il va donc falloir que je me mette à Irving un jour (pour ce qui est du catch et de plein d'autres bouts de machins, je ne peux que trop recommander le Mantra de Rodrigo Fresàn).

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