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Eels - End Times
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C’est chose acquise: depuis les fonds baptismaux de l’appellation Eels (“Beautiful Freak”), Mark Oliver Everett est un songwriter qui ne déçoit jamais. Qu’il aligne les chefs-d’œuvre (“Electro-Shock Blues”, “Daisies of The Galaxy”...) ou les sympathiques opus mineurs (le récent “Hombre Lobo” notamment), l’auditeur fidèle a toujours de la bonne musique à se mettre sous la dent, même si ces derniers temps la seconde catégorie prend le pas sur la première, nonobstant l’important “Blinking Lights and other revelations”.
Ces “End Times” arrivent à point nommé pour nous rassurer si besoin en était sur la forme de l’ami E. Forme musicale, s’entend -pour le moral c’est une autre affaire, comme on le découvrira à l’écoute de l’album. Car c’est d’un break up record dont il est question, genre potentiellement plombant s’il en est.
C’est là que le petit prodige prend forme: de titre en titre ce disque certes down, en tempo comme en mood, révèle à sa façon une légèreté et une délicatesse de ciel étoilé. De l’introductif “The Beginning” (voix subtilement réverbérée pour un effet rétro et céleste frissonnant) à l’apaisement cassé mais affranchi du superbe “On My Feet”, les quatorze chapitres ici présentés jonglent entre l’âpre et le caressant et touchent souvent droit au coeur. Réduites à la portion congrue, les guitares tranchantes n’en sont pas moins bienvenues (l’excellent “Gone Man” et le plus anecdotique bien que mordant “Paradise Blues”), zébrant les rares explosions de nervosité - et l’électrique “Unhinged” impressionne.
Partout ailleurs, c’est mélancolie et douce tristesse, atmosphère pluvieuse (au sens propre sur un joli petit interlude) et plaisirs un brin masochistes. Le chialant “A Line in the Dirt” en est un bel exemple, qui d’ailleurs compte parmi les plus belles choses qu’Eels ait enregistrées. Dans ses moments de réussite (c’est-à-dire l’essentiel de l’album), “End Times” ressemble à - mutatis mutandis- un “Blood on the Tracks” de poche, ce qui est évident sur “Nowadays” et ce dont bien sûr on ne se plaindra pas. Ce bricolo d’Everett trouve même l’occasion de renouer avec ses sympathiques petites marottes passées sur des miniatures comme “Apple Trees” rappelant “Susan’s House” à notre bon souvenir.
Mine de rien, le disque, faussement monochrome, recèle de trésors variés qui donnent envie d’y revenir et de reprendre une dose de déprime. Et au final, l’entrelacs de petites perles blues et folk dessine un Eels assez grand cru -triste et beau comme il se doit.
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