Un constat d'ordre général pour commencer. Aujourd’hui, en France comme ailleurs, sortir un album « folk » (au sens large comprendre acoustique en avant) peut sentir le roussi. Non pas tant pour le contenu que pour l’overdose qui nous guette (et les bacs des disquaires par là même) devant la masse de disques d'obédience folk/intimiste/putassier/soigné/pas soigné/débraillé/designé qui prolifèrent. Si la scène indie-pop-rock était un centre de vacances gageons que la mouvance lo-fi-fuck-folk en serait le feu de camp avec flammes de 10m de haut supposé faire « joli », « naturel » et « pur » entre deux parties de Nintendo DS (l’électro pop) ou la chasse au dahu (l’alchimie de la pop song parfaite), un rendez –vous récurrent et incontournable mais fatigant à la longue.
Alors pourquoi David Fakenahm sait séduire dans cette veine largement balisé et cadré ? Pourquoi celui-ci et pas un autre (enfin si quand même quelques autres)? Et bien déjà parce qu’il évite avec classe (vraiment avec classe) l’écueil du monolithe et de la mollesse généralisée, écueil sur lequel se fracasse volontiers la ribambelle d’apprentis-troubadours à jean usé et guitare acoustique avec sticker « Demis is love » accolé au bois, ceux qui confondent simplicité et superficialité, acoustique et loustic. La première qualité du disque est sans nul doute en effet son évidence. L’évidence du contenu, le naturel qui se dégage de cette belle musique à la fois courte sur pattes (une guitare, une bien belle voix et puis autour des ornements plus ou moins chiadés mais toujours modestes) et d’une envergure imposante par son amplitude.
Le son (autoproduit) rend d’ailleurs service aux chansons. Bien loin d’une tonalité brute ou « naturelle » (ce putain de syndrome unplugged) qui n’aurait eu ici sa place, il lustre au contraire l’instrumentation et la voix pour contribuer à faire de cet album peut-être avant tout une jolie collection de mélodies pop.
C’est par exemple « Can see love » et son gospel de Sarcelles (c’est pour la rime, il est orléanais en fait le David) nappé d’un bien beau refrain, c’est encore « Forbid » qui fait plaisamment taper du pied (un titre génial), c’est aussi « Floods » qui célèbre en une mélodie joyeuse l’annonce d’une future paternité/maternité en une ravissante valse au ralenti, une farandole en diapositives. « The man who told stories » fait penser à Dominique A surtout par les moulinets de guitare acoustique/électrique (l’album Auguri), on imagine très bien celui-ci chantonner sur cette mélodie, même si le résultat aurait été bien entendu différent.
Mais Folk le disque est avant tout. Citons « Untitled #1 » au plus près de cette matrice (David déclare qu’il voulait que cet album soit un disque «terrien, qui sent la paille, le bois et la boue»?, le voilà ici comblé). On peut rajouter les paisibles « No talk no love », », « 21st century bitch » et « 30 years & 66 days », tous deux paisibles paysages traversés par le joli timbre vocal de notre chanteur.
« Patchouli » fait penser à quelques jolis errements acoustiques d’un adepte habituel de la power-pop ou du rock à converse (l’occasion ici de dire que David a déjà une riche carrière derrière lui, essentiellement dans des groups œuvrant justement dans le rock puissant et nerveux), on regrette vraiment que le morceau ne dépasse pas la minute.
« Wood » termine l’album de sa belle épure acoustique avant que « Cardboard » (l’ultime titre) ne redonne un peu de spiritualité à l’ensemble (des éruptions d’orgue superbes) pour un disque qui ne manque pas de tenue, d’inspiration mélodique et de talent, pour employer un mot souvent par ailleurs galvaudé et qui trouve ici une juste définition.
Une puissante invitation à la découverte du bonhomme donc, David Fakenahm a quelques histoires à vous raconter, laissez-vous tenter.