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Daniel Darc "Amours suprêmes"
Les sorties
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« Un pied sur le trottoir Et l’autre qui brise une vitre Ca forme un angle bizarre Je trouve ça plutôt chic » Ces lignes écrites par Daniel Darc et tirées de la chanson « Nijinski » (sur l’album du même nom qu’il enregistra en 1994) résume parfaitement le personnage et sa carrière. Jusqu’à l’album « Crèvecœur » tout du moins puisque celui-ci, écrit avec la collaboration essentielle du musicien Frédéric Lo, a donné à son parcours une toute autre lumière. Sort aujourd’hui "Amours Suprêmes" son second album en moins de 5 ans, un quasi-exploit quand on se retourne sur sa chaotique discographie. Référence évidemment au disque « A love suprême » de John Coltrane dont la pochette apparaissait déjà dans le livre intérieur de « Crèvecœur », une référence surtout à ce premier album sorti par Coltrane alors qu’il était débarrassé de ses diverses addictions. Cherchez l'analogie... « Les remords » après « les regrets », histoire de bien montrer la directe filiation avec « Crèvecœur » le morceau inaugural de cet « Amours suprêmes » reprend là-aussi la thématique chère à l’auteur Daniel Darc du temps qui passe et ses aléas. Premier morceau composé pour l’album, il rassurera l’auditeur qui craint de ne voir en « Crèvecœur » qu’un one-night-stand, le côté "Bain bouillant puis douche froide" que Daniel Darc a expérimenté tout du long de sa carrière. Il n’en est ici rien. On retrouve d'ailleurs cette patte « Lo/Darc » sur pas mal de morceaux de l’album, tous plus réussis les uns que les autres : Ainsi « Serai-je perdu » par exemple qui reprend presque l’humeur de « Suis-je inutile et hors d’usage » sur trois notes de pianos subtilement mises en valeur. Ainsi encore « Environ » où il est encore question du temps qui passe et du temps qui reste et qui donne sa conclusion au disque de manière fort discrète, comme des pointillés. Ainsi surtout « Un an et un jour », véritable sommet du disque (et pour ma part sans doute l’une des plus belles chansons jamais chantées par Daniel Darc) ou comment une pop-song débute de la plus minimaliste des manières puis nous emporte avec elle vers un long chemin : une musique poignante et une voix qui colle parfaitement au propos (s'il y a une bien une chose à dire sur le chant de Daniel Darc c'est bel et bien qu'il habite ses textes de son chant tout en nonchalance et implacable débit (chant qu'on peut rapprocher de Gainsbourg). Les paroles sont écrites conjointement par Daniel Darc et son ancienne compagne, ils y reprennent la thématique de la rupture en commençant par ses mots « Dans un an et un jour mon amour Si personne ne t'a réclamé Je viendrais te chercher Oui, te chercher" Classe de chez classe. Une bonne moitié du disque en fait dans la lignée du précédent disque, une bonne moitié à creuser conjointement le même magistral et mélancolique sillon et puis une autre bonne moitié où, sans s’éloigner de trop du chemin ainsi joliment balisé, quelques écarts s’opèrent. Il nous fait ainsi le coup du single avec « J’irai au paradis », une sorte de pop rock tendance ligne claire imparable et addictive. Single oui, rythmique parfaite, battement du pied en cadence, refrain superbe avec voix féminine (celle de Morgane, la chanteuse de Cocoon) oui, mais chanson estampillé 100% Daniel Darc aussi lui, qui chante sur le refrain « Quand je serai mort j’irai au paradis/ car c’est en enfer que j’ai vécu ma vie ». Une chanson qui rappelle le « Nijinski » précité et qui laisse à penser que ce disque-là a sans doute encore plus à voir avec sa véritable nature que le précédent, taillé en quelque sorte sur mesure par Frédéric Lo avant qu’ils ne se connaissent mieux et davantage, avant peut-être aussi qu'ils ne soient mutuellement rassurés dans leur collaboration. Son refrain permet aussi à Daniel Darc d’utiliser encore une méthode qu’il apprécie tout particulièrement (cf. « Comme le dit l’ami Johnny Rotten » sur le dernier album de Patrick Eudeline, chanson écrite par Daniel Darc et interprétée en duo) et qui consiste à reprendre les paroles du refrain en marmonnant par-dessus le petit camarade ou la choriste qui s’époumone (joli quand c’est Morgane, un peu plus curieux quand c’est Eudeline qui dodeline même si le morceau en question est très bon). Un effet atypique et efficace ! Il nous propose aussi "L.U.V", un duo avec Alain Bashung avec qui il a partagé la tournée "Les Aventuriers d'un autre monde", en compagnie aussi de Jean-Louis Aubert et Raphael (étrangement absents du disque quant à eux). Un duo qui reprend (rapprochement grossier je l’admets) la construction de l’inoubliable «Psaume» du disque précédent en une sorte de célébration païenne au wack’n’roll là où le psaume en question était une véritable et sincère célébration de la foi. Une offrande au dieu rock donc, celui qui réunit Bashung et Darc et qui, sur une musique en demi teinte, sinueuse (plutôt que lente) et surtout somptueuse, liste une sorte de catalogue de "slogans" ou de gimmick verbaux de la mythologie rock (Hellfire, Ride on, No fun, Raw power, Cold turkey et un iconoclaste Bigdile). Un superbe moment. Les autres morceaux du disque révèlent eux aussi leur charme assez rapidement. Sur « Ca ne sert à rien » Daniel Darc chantonne l’espace de quelques mesures avec Robert Wyatt (quand même !) et c’est formidable d’autant que ce morceau met particulièrement en avant le talent certain de Frédéric Lo à mélanger guitare acoustique et programmation, une sorte de folk du 3è millénaire si tant est que cela existe. Sur la chanson-titre « Amours suprêmes » d’ailleurs il serait davantage question de blues du 3è millénaire avec son ossature squelettique (boite à rythme et deux notes de guitare slide) et ses petits gimmicks au gré des 16 mesures. On peut parler de blues ou de folk, de chant Gainsbourrien encore avec une chanson comme « La seule fille sur terre » et ses faux airs de valse au ralenti ou encore « la vie est mortelle », au final ce ne sont que des influences, des ambiances aimées et assimilées pour être ensuite retranscrites ou utilisées dans son propre univers, ses propres codes. La définition d’un artiste en fait et cela vaut tant pour Daniel Darc que pour Frédéric Lo. Pour conclure, on aurait aimer écouter ce disque avec uniquement les versions instrumentales des morceaux proposés ici tant les mélodies sont belles et les arrangements parfaits. Imaginez donc quand sur ce matelas de belle laine viennent se coucher Daniel Darc, sa voix, ses mots. Car les mots de Daniel Darc ce n'est pas rien, c'est une idée fixe ou presque du temps qui passe, qui étiole, qui ronge, qui mine, l’idée de finitude (vie, amour, mort) mais sans pathos, avec lucidité et fulgurance. Ceux qui ont adoré « Crèvecœur » vont également aimer celui-ci, un petit plus ou un petit moins selon ce qui les touchait le plus sur le disque précédent du binôme (le coté mélodique et pop d'un coté ou le coté dark, plombée et romantique (musique et paroles) de l'autre). Ceux qui connaissent Daniel Darc depuis plus longtemps voire même depuis le début de sa carrière retrouveront ici quelques sons familiers (cette fameuse pop ligne claire à la "j'irai au paradis") en plus de l’univers lexical de Daniel Darc, son romantisme profond (plus dans l'idée du XIXe siècle que dans le côté un peu lourdingue pataud que sais-je, gnangnan, fleur bleue machin truc). The best of both worlds en quelque sorte. On peut sans problème appeler cela un sans faute Retrouvez d'autres articles sur Daniel Darc : Daniel Darc – "Sous influence divine" (1987)
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