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Daniel Darc – "Sous influence divine" (1987)

Hors actu
Posté par Cyril Cossardeaux le 2008-08-11



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Le retour en grâce assez spectaculaire de Daniel Darc depuis le magnifique Crèvecœur, en 2004, a eu plus d’une vertu, la moindre n’étant pas, tout simplement, d’avoir peut-être maintenu son auteur en vie…
Il en est une plus discrète, qui nous avait même échappé, pour être franc, mais très réjouissante, consistant en la réédition (enfin, après tant d’années d’absence des bacs !) du tout premier album solo de Darc, Sous influence divine. Grâce éternelle en soit donc ici rendue à PIAS, son label !

En 1987, date de la sortie de l’album, ce qui restait de Taxi Girl a définitivement vécu. L’histoire de ce groupe n’aura été qu’une longue suite de tragédies (la mort de Pierre Wolfsohn en 1981 étant évidemment la pire…) et de malentendus. Probablement trop dark (pardon pour le mauvais jeu de mots…), malsain et incontrôlable (la fameuse giclée de sang de Daniel Darc à l’Olympia quand Taxi Girl fit la première partie des Talking Heads sur Viviane Vog"Viviane Vog tranche ses veines…") pour le music business mainstream, trop minets-proprets pour la crédibilité underground (sans compter le triomphe empoisonné de Cherchez le garçon), Taxi Girl s’est toujours trouvé le cul entre deux chaises, ne laissant in fine derrière lui qu’un seul album, Seppuku, le véritable soleil noir de l’histoire de la musique pop française.
Réduit à un duo Darc / Mirwais (à qui Madonna doit tant…) dès 1983, le groupe livre encore quelques singles à l’arrogance toujours assez suicidaire (P.A.R.I.S. où Darc épelle la capitale "M.E.R.D.E."), jusqu’au split inévitable.

And then, they were two...


Livré musicalement à lui-même, Daniel Darc se tourne vers un autre rescapé de l’aventure pop-punk française, celle des "jeunes gens modernes", souvent plus dandy que vraiment destroy, Jacno. Lui-même sort d’une séparation aussi bien affective que musicale avec Elli, qui commence à squatter le Top 50 en solo (Toi mon toit…) ; comment dès lors s’étonner de la présence sur cet album de l’une des plus belles et vachardes chansons jamais écrites par Daniel Darc, Toutes les filles sont parties, dont on ne résiste pas à vous faire profiter des paroles :

Toutes les filles sont parties
L’espace d’une nuit
L’espace du lit
Est soudain devenu si grand
Et plus rien à mettre dedans
Et plus besoin de faire semblant
Nous pouvons pleurer, nous pouvons crier
Il n’y a plus personne pour nous écouter
Toutes les filles sont parties
Toutes les filles sont parties

Elles roulent en mini
Austin parapluie
Bien en vue sur la banquette arrière
Elles partent en vacances à la mer
Histoire d’aller voir leur grand-mère
Leur grand-mère qui ne nous aimait pas
Crois-moi ce type n’était pas fait pour toi
Toutes les filles sont parties
Toutes les filles sont parties

Elles ont des maris
Qui sont si gentils
Ils les emmènent dîner tard le soir
Quand ils les réveillent le matin
Ils sont si beaux déjà rasés
Leur torse nu est si musclé
Avec ce genre de mec comment lutter
Toutes les filles sont parties
Toutes les filles sont parties

Toi y compris
Moi qui croyait
Que tu m’avais enfin compris
Moi qui croyait n’importe qui
Moi qui croyait n’importe quoi
Tant pis pour toi, c’est bien fini
Bien je suppose que c’est ça la vie
Toutes les filles sont pourries.


Chanson qui répond comme en écho logique au Seul garçon sur terre qui la précède…

Initialement prévue pour un seul single, la collaboration Darc / Jacno s’étend finalement à l’album entier. De fait, musicalement, on peut autant (sinon plus) le considérer comme un album de Jacno que comme un disque de Daniel Darc, tant le son du premier est constamment reconnaissable à la moindre note, aussi bien dans son utilisation des claviers que dans celles des guitares, aussi constitutives du son Jacno que les synthétiseurs auxquels son nom est invariablement associé depuis son improbable tube Rectangle, à la fin des années 70.

Beau oui comme Jacno


Sous influence divine est plus nettement guitares que claviers, Daniel Darc voulant alors manifestement sonner plutôt rock. C’est particulièrement réussi sur le hargneux Le Seul garçon sur terre déjà cité, sur Ce qu’il y a dans tes yeux ou sur une reprise pas forcément indispensable du Sous aucun prétexte écrit par Gainsbourg pour Françoise Hardy, un peu moins sur d’autres chansons.
Le tout sonnant finalement plus pop que rock, avec une qualité d’écriture malheureusement passée assez inaperçue à l’époque. Même une chanson assez ratée comme L’Amour est là pour rester ne l’est finalement que par la faute d’arrangements particulièrement à côté de la plaque de Jacno, le texte, lui, est du même acabit avec lequel nous sommes familiarisés depuis Crèvecœur et Amours suprêmes (voir notre précédente critique).

On notera d’ailleurs que le mysticisme très chrétien qui en a surpris plus d’un dans son interprétation vibrante du Psaume 23 de Crèvecœur est déjà là, dans le morceau-titre de l’album :

Je travaille pour le Seigneur
Plus rien ne peut me faire peur
Je suis sous influence Divine
Personne ne peut m’arrêter
J’ai choisi le bon côté
Je sens l’Esprit me pénétrer

Je marche dans la neige sans avoir froid
Même sous la pluie je ne me mouille pas
Je ne me vends plus j’ai trouvé la voie
J’ai trouvé la voie

Tous ceux qui croient que je mens
N’ont rien compris non vraiment
C’est le Seigneur qui m’a choisi
Je viens chasser les marchands
Je viens punir les méchants
Je dois accomplir ma mission




Malgré un succès public extrêmement relatif, la carrière de solo du beau Daniel (vraiment irrésistible, alors !) semble lancée sous de bons auspices. L’année suivante verra Etienne Daho (grand fan depuis toujours) lui produire un single charmant mais un peu "propret", La Ville, ainsi que la sortie d’un étrange album à quatre mains, Parce que, enregistré avec le plus francophile des chanteurs indie pop anglais de l’époque, le malheureusement bien oublié Bill Pritchard. Beau succès critique, quasi anonymat commercial…
La suite sera une première traversée du désert semée d’addictions variées, jusqu’au touchant mais souvent maladroit Nijinsky, où Darc se complait un peu trop dans sa caricature de Bukowski rock français. Puis la seconde traversée de dix ans, que l’on craignait sans retour, jusqu’à la rédemption que l’on connaît…

Que tous ceux (et ils sont finalement nombreux) qui ont découvert Daniel Darc depuis trois ou quatre ans donnent aussi une seconde chance à cet album. Ils y découvriront une autre facette de son talent, peut-être moins émouvante mais d’une spontanéité encore juvénile procurant un plaisir intact aujourd’hui.


Retrouvez d'autres articles sur Daniel Darc :

Daniel Darc "Amours suprêmes"


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Commentaires
De : noodles

dernière strophe : "moi qui croyaiS" ...

De : mr_kenyatta

Ah la la, je copie-colle bêtement du site danieldarc.com et voilà le travail...
Si on peut même plus faire confiance au petit personnel ;-)

De : mr_kenyatta

Je viens de relire une interview donnée par Darc aux "Inrocks" (première formule... ils ont embauché une secrétaire de rédac', depuis !) à la sortie de l'album (http://www.danieldarc.com/?page=presses&lien=sousinfluence) et sa dernière phrase est frappante : "L'histoire m'acquittera".
Assez stupéfiant de voir à quel point il avait alors vu juste...

De : Aussi belle qu'un bornu

A noter que Jacno apprit la sortie de cet album lors d'une émission radio je crois, Daniel Darc ayant alors coupé les ponts avec lui.
C'est pourtant lui qui fit en sorte que leur collaboration s'étende sur un album entier et non sur un simple single comme le voulait la maison de disques, c'est encore lui qui fit tout le boulot pour un Daniel Darc qui, pour le remercier, ne le crédita aucunement sur la pochette.
Autre temps, autres moeurs, Daniel Darc a assez dit lors des nombreuses interviews données ces dernières années combien il avait pu mal se conduire et faire du mal autour de lui pendant bien longtemps, en voici un bel exemple.
Très heureux de voir ce disque réédité sinon !

De : mr_kenyatta

T'es sûr de tes sources ?
Parce que dans cet interview à laquelle je faisais référence tout à l'heure, il dit clairement que la totalité du disque a été produite par Jacno et on ne devine pas l'ombre d'un problème entre eux...

Cela dit, il dit aussi qu'il a décroché de l'héro, hein ! Bon, en précisant quand même qu'il espère que c'est définitif (la suite montrera que non)...

De : Blance neige et les 7 Bornus

la source c'est Jacno lui-même dans le spécial musique en France des mêmes Inrockuptibles (à l'époque où ils faisaient un bon journal) où il revient sur sa carrière en général et cet épisode en particulier

De : krazykat

Bonsoir,alors personne n'a vu la référence à l'héroïne dans la chanson"sous influence divine"quand il dit:"je marche dans la neige sans avoir froid" c'est évident qu' il parle de poudre et du remède "miracle" de ce temps la le"temgesic" qui permettait de décrocher sans avoir mal physiquement,et Jacno et ses problèmes d'alcool,nous les retrouvons d'accord tout les deux sur une chanson"le seul garçon sur terre" ou les ennuis avec les femmes et les produits se rejoignent:"tu recevra tant de coup mais après tout c'est si doux" (il refera plus tard référence à une unique personne féminine sur terre)ils sont en accord,comme dans la chanson "toutes les filles sont parties" ou daniel utilise le "nous" et plus le Je comme dans le reste de l'album,il réutilisera le "je" dans le deuxième et troisième couplet mais la messe est dites,les filles sont pourries!!. Puis vient la fin de l'album qui est un omage commun à S Gainsbourg.,Certainsde toutes façon diront que cet album n'est pas très bon et alors on s'en fout !!!!nos "joyeux drilles" ne sont pas au sommet de leur art mais ils s'essaillent et c'est toute la beauté du geste,des ètres en errances en souffrances qui "sex priment" et nous pauvres gens sans poésie nous recoltons avec bonheur, nos oreilles et notre ame leurs gestes gracieux et maudits et ça c'est deja beaucoup ,puis tout le monde sait ce qu'ils sont devenu," de grands monsieurs" ,et pour ceux qui croit en eux depuis le début c"est une enorme recompense,surtout en Daniel mais ça c'est tres personnel...ETC#MMIX

De : krazykat

Depuis combien de temps connaissez vous Daniel Darc,moi depuis "chercher le garçon" donc si ma mémoire est juste depuis 1979,nous avons fréquentés les mêmes lieux à Paris,exemple le Rex Club début des années 90,il venait en vélo et je me suis toujours demandé qui ramenait quoi tellement des fois il était alcoolisé,nous partageons aussi une certaine passion pour les drogues et puis aussi la littérature anglo-saxonne du 20ème siècle,et les tatouages aussi,et mon fils s'appelle Nathanaël.Des le début de taxi-girl j'ai su que j'avais affaire à un grand homme,j'ai toute sa discographie à part suite et fin de Taxi-girl que l'on m'a volé alors si quelqu'un est vendeur je veux bien acheter ou échanger.....
Moi ce que j'aime chez Daniel c'est parce qu'il exprime le contraire de l'espoir,non pas le désespoir mais le courage!!!!Mr Darc est un courageux,il regarde la vie en face sans peurs ou si peut,un ça ne sert à rien,deux ferme les yeux,trois et puis tais toi,quatre,amours suprèmes.Et puis cette voix fragile mais posée,et sa philosophie de la vie,il est et restera unique.....

De : La belle au bois Bornu

Très juste ce que tu dis Krazykat, cette lucidité qui est l'élément premier je trouve de tout ce que peut dire ou chanter Daniel Darc et qui est fort justement le contraire de l'espoir ou du désespoir. Un peu comme si la majeure partie des gens passait leur vie à se mettre ce voile (espoir/désespoir) entre eux et la stricte réalité sans l'appréhender elle-même dans toute sa vérité. C'est quand l'on attend rien ni d'un coté ni de l'autre (j'ai envie de citer Gainsbourg, la lucidité c'est connaitre le prix de tout et la valeur de rien)que tout devient possible. Et ces petits moments, mis bout à bout font au final une vie riche et pleine, sans horizon chimérique à traquer. C'est U2 qui avait raison en fait, il n'y a pas de ligne d'horizon :)

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