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Concerts Banlieues Bleues : Cherry passe-moi le sel
Les sorties
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Ah, que ces Banlieues Bleues fleurent bon l'explosion sonore, le grincement d'un cul de baguette frotté sur une cymbale, les cris rauques d'un saxophoniste (enroué peut-être), le doux groove d'un tuba, la finesse de rythmes effleurés, l'humour des objets musicaux insolites, la montée en puissance de tout un groupe qui se démène sur scène, la sueur, les cris, l'amour, le silence, les faux accords, la tendresse, la générosité, la stridence. Banlieues Bleues, c'est tout ça à la fois, et parfois dans la même soirée.. Il y a effectivement des moments extraordinaires, beaucoup à chaque édition, et c'est déjà la 25ème, alors je vous raconte pas ce qu'on a pu frissonner dans les salles du 93, de Pantin à Tremblay, à Saint-Denis, Stains, Montreuil, La Courneuve. Allez, au hasard.. euh, mercredi 02 avril. Montreuil, dans l'hôtel de ville. Le hall est plein de monde, il attire à lui plein de petites grappes de gens et sans discontinuer. J'appréhende toujours les salles désertées, pour des raisons qui des fois nous échappent. Là quand même, y'avait de quoi venir avec une représentation exceptionnelle de la Symphony for Improvisers de Don Cherry, créée en 1966 et jamais rejouée depuis. ![]() Ah, c'est ça le son Free de Dave Douglas ! C'est Dave Douglas (trompette) qui s'y colle, avec 2 quartets assez géniaux (sax/tromp./ctbasse/batt.) réunissant notamment en second leader trompette Roy Campbell, l'incrédible Hamid Drake (batt.), le légendaire Andrew Cyrille (batt.), et le mythique Henry Grimes (basse) qui a participé à l'enregistrement de la création avec Don Cherry !! C'était une pièce assez géniale, alternant des thèmes joués soit par un quartet, soit par les deux, avec des plages d'improvisation lancées par des transitions écrites. On a un peu le même principe dans Ascension de John Coltrane, bien que ça ne rende pas pareil. Là, c'est très free jazz historique (le free jazz d'Ornette Coleman, voir article), les thèmes étant rythmiquement approximatifs (ce qui donne une couleur incroyable), et virant souvent à une sorte de cacophonie jouissive - quand le Coltrane parait plus profond. Les deux saxophonistes particulièrement étaient excellents. Mixashawn, le premier, employait une technique de souffle continu qui lui permettait de tirer des notes sur une longueur incroyable, et de travailler sur des harmoniques, des notes stridentes, ou des nappes sonores graves, un peu comme un bourdon. Et Jd Allen, auquel je trouvais plus de réserve, mais d'implication nette et précise, avec certains accents Coltraniens et une capacité de montée en puissance assez folle. Ca a peut-être tiré un poil en longueur (la pièce est d'une traite d'une soixantaine de minutes mais étirable en fonction des improvisations), car il y a quelques moments où on sent venir une fin, qui ne vient pas, et où ils enfilaient des solos à n'en plus savoir quoi en faire. Mais à part ça, la pièce est passionnante pour s'équilibrer sur les différents thèmes qu'elle propose (souvent en référence avec l'univers musical free jazz des 60's : proximité avec Charlie Haden ou Ornette Coleman), dont un thème génial, très enjoué, presque fanfare, air populaire à la Albert Ayler. Un délice. Et la salle en furie, et d'exiger en bis inattendu, un morceau génial de Cherry, Mooti. WAAAAh Et notez bien ceci : ce concert est retransmis sur FIP, lundi 14 avril à partir de 22h dans l'émission "Jazz sur le vif". En première partie, c'était un groupe de danois marxistes répondant au doux nom de "Das Kapital". ![]() oh quelle belle photo du super site www.das-kapital.com ! En réalité l'un des groupes de Hasse Poulsen, le géant guitariste, entouré de Daniel Erdman aux sax, et d'Edward Perraud à la batterie/percussion - qui lui n'est pas danois du tout en fait, mais français. C'était une musique assez cash, sans extraordinaire prétention sinon celle de jouer, et de jongler avec les codes musicaux, faire du son, s'amuser presque. Edward Perraud d'ailleurs était étonnant de volubilité, il disposait souvent des petites percussions sur ses toms, tirait l'archet sur le bord des cymbales, le tout avec plein d'inventivité et de justesse, malgré le fait qu'il le surjouait par des grimaces, des mimiques, des contorsions. Poulsen, à sa grande habitude, casait des genres de riffs à la guitare, ou des trucs assez minimaux, employant parfois quelques effets, quelques rares accessoires, mais donnant des couleurs incroyables et des ambiances toujours intéressantes. Daniel Erdman était peut-être un peu en dessous, trop sérieux peut-être dans ses envolées Free, abordées avec moins d'humour que ses petits kamarads, un peu moins de détachement quoi. Le tout reste assez excellent de foissonnement, de liberté, avec de très beaux passages tout de même, très fins en émotions. ET !, le concert est aussi retransmis à la radio. C'est toujours Fip qui s'en charge, et c'est dimanche 13 avril, à minuit dans "le jazz, probablement...". Allez, on est à mi-parcours de ces Banlieues Bleues, il y a encore quelque petits concerts très sympathiques : la prog c'est là. Retrouvez d'autres articles sur Banlieues bleues : Festival Banlieues Bleues dans le 93 : du 12/03 au 16/04
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