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Cloud Cult "Feel good ghosts"
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Cloud Cult c’est un groupe américain (Minnesota) auteur de 8 albums en 10 ans et qui parvient avec ce « Feel good ghosts » à une sidérante maturité. Les derniers albums du groupe en effet (pour ceux que nous avons pu entendre, soit donc les 3 derniers) étaient un poil trop foutraques et décousus pour emporter tous nos suffrages, même s’ils portaient déjà en eux une écoute éminemment agréable et nombre de jolis moments : un bon groupe en un mot, d’autant plus attachant qu’il est particulièrement soudé et réuni autour de valeurs malheureusement un peu désuètes comme le refus du mercantilisme (aucun rapport avec des maisons de disques importantes, bénéfices générés par le groupe reversés à des œuvres de charité) et l’engagement écologique (sans pour autant en faire un argument de vente ou de reconnaissance). Un groupe à la composition atypique puisque composé d’un chanteur/compositeur par ailleurs claviériste du groupe, d’une rythmique basse/batterie et puis d’une violoniste et d’une violoncelliste sans oublier deux (oui deux) préposés aux visuels (sur scène s’entend) Un groupe attachant donc qui, comme beaucoup d’autres avant lui, (Death cab for Cutie qui trouve la grâce en abandonnant peu à peu l’électricité mais aussi Mercury Rev qui la déniche en lâchant la distorsion pour la trompette et le carillon, deux exemples parmi tant d’autres) avançait méthodiquement album après album vers les sommets. L’impression en fait qu’il faille suivre ce groupe de près parce que tôt ou tard il nous lâchera un chef d’œuvre. Et bien autant dire tout de suite qu’avec « Feel good ghosts » le sextette s’en approche à grand pas. Voilà en effet un disque flamboyant, immensément riche et passionnant. Une voix maligne, un versant instrumental dense et inventif, des arrangements toujours fouillés sans jamais en mettre plein la vue et l'oreille (les envolées de violon ou de violoncelle par exemple toujours proprement salopées par des bruits incongrus venus du synthé et du sampler) car, toute tourbillonnante et périlleuse qu'elle soit, la musique des Cloud Cult ne perd jamais de vue le but suprême du voyage : la chanson et sa mélodie. Quelques réminiscences du Arcade Fire de « Funeral » nous parviennent en écoutant ce très bel album : la voix de "No one said it would be easy" par exemple (non pas dans le timbre qui rappelle beaucoup celui de Wayne Coyne the Flaming Lips, mais dans la manière de chanter), la douce et furtive euphorie que procure cette chanson de par son énergie et son urgence fiévreuse heureusement canalisées comme le meilleur du combo canadien, les cassures souvent nettes de tempo à l’intérieur des morceaux qui ne commencent pas forcément comme ils finissent, l’impression aussi que le moindre choriste en fond de mix joue sa vie à chaque phrase chantée. ![]() La musique de Cloud Cult doit donc pas mal au flamboyant collectif canadien, son urgence et sa frénésie, mais elle rappelle aussi leur quasi-pendant mélancolique et dépressif à savoir les éblouissants et trop méconnus My latest novel (dans un mode toutefois plus enjoué et aérien). Quelques ambiances acoustiques dominent en effet par moment sur l’album, mais sans pour autant plomber l’ambiance, comme bien souvent chez leurs homologues écossais. Par ailleurs leur voisinage se fait aussi sentir de par l’espèce de moite frénésie mêlée à un chant choral emportant tout sur son passage qui occupe quelques recoins du disque. C’est en particulier vrai sur le titre introductif « No one said it was easy » ou encore dans le plus folk « Ghost inside our house » (une voix fragile plus une arabesque acoustique, allez zou c’est sans doute le fantôme d’Elliott Smith dont il est question ici). Deux bien jolis patronages donc pour un disque de feu où chaque morceau, oui chaque morceau, est une île à lui tout seul. Le morceau qui ouvre l’album par exemple, ce « No one said it was easy » déjà cité. Il s’apparente à une marche militaire irréversible et irrésistible avec des guitares acoustiques en guise de fusil et des couronnes de fleurs en lieu et place des casques à pointe. Inutile de vous dire que toute résistance est d’emblée inutile, on tient là un joli nom pour la musique de Cloud Cult : la Blietzpop. Certaines chansons du disque offrent comme un condensé d’intros avortées ou d’idées non abouties qui, une fois resserrées autour d’une ligne de chant, trouvent une autre forme et une autre vie sans que les rafistolages de fortune ne se voient de trop et n’en amenuisent l’impact (« Tornado lessons » par exemple ou encore « Story of the grand son of Jésus »). En fervents écolos, les membres du groupe donnent ici l’exemple des bienfaits du recyclage et ce jusque dans leur musique, le traitement des déchets marche à plein chez Cloud Cult. Ces chansons peuvent se voir (s’entendre plutôt) comme un trailer, une bande-annonce de l’album et du groupe, on y trouve nombre de ses élements sans pour autant effleurer la trame ou trop en dévoiler. Juste ce qu’il faut en quelque sorte, la preuve que l’on peut faire tout et n’importe quoi et puis accoucher tout de même d’une montagne, fusse-t-elle de deux minutes trente. Quelquefois comme avec « May your hearts stay strong » le caractère percussif de leur musique est mise en avant tandis qu’un petit bout de piano accompagne sur l’autel une voix habitée et qui donne l’impression qu’elle claque des doigts toutes les 4 mesures (pas évident ça hein pour une voix de claquer des doigts? C’est un peu comme s'en mordre les dents). Un gimmick d’accordéon (de l’accordéon putain quoi !) joué comme un synthé de l’âge d’or de la New Wave (héhéhé), voilà avec « Will of a volcano » une ossature iconoclaste de chanson bien bordée qui-plus-est par une batterie hautement cymbalisante à droite et une guitare atomique à gauche. Un beau joyau de pop inventive et inspirée. On continue ? Parlons des sommets alors, car sommets il y a puisque même dans l’Himalaya certains pics parviennent à se détacher du lot, aussi joli soit-il : - Ainsi l’impitoyable crescendo de « When waters come to life » qui part de très loin pour arriver plus loin encore mais complètement de l’autre côté. Un morceau à l’ambition certaine et délectable, un masterpiece qui peut se voir comme l’achèvement de tout l’album, la dernière pierre de la pyramide. - Mais peut-être pas car « Hurricane and Fire survival guide » déboule : un piano poisseux et un orgue plaintif auxquels vient s’ajouter un gimmick doucereux de synthé pour nous offrir au rendu une délicieuse preuve du talent et du savoir-faire du claviériste. On se dit qu’on tient là un instrumental chatoyant et émouvant quand pif paf, au beau milieu du morceau, une batterie sixties (vous connaissez « Voyages » de Polnareff ? on s’en rapproche pas mal côté construction de par la rupture rythmique apportée par la batterie) déboule bientôt accompagnée d’une guitare agitée qui vient mettre à mal la fragile construction d’alors. Le morceau se termine avec un chant de prime abord enjoué et joyeux mais la lecture des paroles interpelle et nous rappelle qu’il y a également de la substance derrière les mots. I'm sick and tired of being sick and tired I'll laugh my whole way through the hurricanes and fire That's why you don't wanna bring me down That's why you don't wanna bring me down Le tout faisant son petit effet. - Nous tenons avec « Everybody here is a cloud » un ersatz du magnifique “Welcome home son” de Radical Face mais au carré voire même au cube, pas moins. C’est peu de dire combien cette chanson enchante et tourneboule, effet d’autant plus remarquable qu’elle n’entre en rien dans les registres du sensible ou de la mélancolie souvent propres à l’émotion pop mais dans une sorte de petite transe faisant penser à du Polyphonic Spree unplugged (oulala !). Avec « Love you all » enfin preuve est faite qu’il y a de la vie sur Mars et elle s’adresse même ici à nous. « We come in peace » qu’elle chante, ça tombe bien puisque tout le monde connait cette chanson ici-bas et en reprend l’air à l’unisson pour au final une éblouissante chorale interstellaire. Voilà. 13 morceaux dont un intermède pour au total un peu plus d’une quarantaine de minutes et tant de choses à dire et tant d’enthousiasme à raisonner. Pour conclure et pour paraphraser Pierre Desproges : Lisez-vous Raymond Carver ? Si non alors évitez-vous l’exercice en vous contentant de l’écoute de cet album de Cloud Cult : - Vous y trouverez à la fois des pures Vitamines du bonheur avec des titres comme « Journey of the Featherless », « No one said it was easy », « Everybody here is a cloud » ou encore « Will of a volcano », - Vous y glanerez tout autant des Shorts Cuts avec les quasi-intermèdes « Must explore », « Tornado lessons » ou encore « Story of the Grandson of Jésus » et « It’s what you need », - Il sera aussi question de Parlez-moi d'amour avec bien entendu « Love you all » - Sans oublier la poésie pareille au When Water Comes Together With Other Water qu’on retrouvera ici avec un presqu’homonyme “When water comes to life”. Un éclatant exemple de ce que la pop peut avoir d’inventive quand il s’agit d’en élargir au maximum les murs et de mettre à mal son « carcan » sans pour autant et jamais perdre de vue que l’essentiel reste toujours et en dépit de tout la chanson et sa(ses) mélodie(s). Un groupe et un album qui rappelle le meilleur d’Arcade Fire et qui donne également l’opportunité de rendre grâce à My Latest Novel, on a connu groupe plus antipathique. On a rarement écouté album plus riche et émouvant, en tous les cas depuis bien longtemps. Cloud Cult c’est subjectivement parlant un groupe pour la vie, rien de moins. et hop, youpla boum. « When water comes to life », le fond et la forme en une vidéo “Everybody here is a cloud”, sautillant à demi-mot Retrouvez d'autres articles sur Cloud Cult : Cloud Cult - Light Chasers
Commentaires
De : bastien un vrai coup de coeur, j'aime tout particulièrement la chanson may your heart be strong Insérer un commentaire : |
