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Céline Frisch - "Aux sources du jeune Bach" (Alpha)

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Posté par Jean-François Meira le 2010-03-09



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C’est à un très beau récital de clavecin que nous convie Céline Frisch, qui dresse un programme à la fois captivant et intelligent autour du jeune Bach et de ses inspirateurs. Ce disque est donc l’occasion privilégiée de contempler un panorama de l’école allemande de clavecin de la seconde moitié du XVIIème siècle, dans lequel le jeune compositeur, encore adolescent, bien avant de se tourner vers l’Italie et la France au début du siècle des Lumières, va puiser sa matière pour en accomplir la synthèse. Quatre maîtres nous sont proposés, dont Bach va prolonger l’impulsion : Reincken, Buxtehude, Froberger et Kerll.

 


Bach racontait à ses fils qu’enfant, orphelin recueilli par son frère aîné, il allait la nuit dérober le livre dans lequel étaient conservées les pièces de ces musiciens pour les recopier à la lueur de la lune, parce que l’ouvrage lui était interdit. Cette curiosité insatiable le conduira plus tard à parcourir des centaines de kilomètres en Allemagne, souvent à pieds et sans un sou, pour aller écouter les grands musiciens de son temps.


Mais revenons à notre disque. De ce programme parfaitement construit, on pourrait dire qu’il unit de manière pleinement baroque le contraste et la continuité. Contraste dans la facture des pièces, continuité du style et de l’inspiration.


Le disque commence par une Toccata alerte de Reincken, dont les passages fugués alternent avec des épisodes très libres, qui donnent l’impression d’être quasi improvisés. Céline Frisch y fait montre d’une vivacité et d’une éloquence admirable, attentive à la fois au côté pétillant des fugues et à l’atmosphère de quête un peu rêveuse des transitions. Elle est extraordinaire dans la Toccata en mi mineur de Bach qui suit, de structure très contrastée (prélude, fugue, adagio, fugue), d’abord interrogative et sévère, puis impétueuse et ardente dans la conclusion de l’œuvre, avec un sens du toucher et de la phrase remarquable. La Suite de Buxtehude paraît plus douce, malgré, là aussi, sa construction alternant les pièces lentes et élégantes et les danses plus éclatantes. Les deux pièces de Froberger constituent un temps fort du programme, à cause de la richesse de ces œuvres et par la manière dont la claveciniste fait parler son instrument. Le début de la Deuxième Suite s’apparente ainsi à un récit plein de mélancolie, où la musicienne, sans jamais forcer sur le pathos, mais de manière intense et concentrée, parvient à magnifier le caractère introspectif de la composition. C’est en particulier dans la sarabande de la Suite que Céline Frisch fait preuve d’une maîtrise des pauses et des silences qui rend le discours à la fois captivant et douloureux. Elle nous offre ensuite une des plus belles versions du Capriccio sur le départ de son frère bien aimé, récit en six épisodes où le jeune Bach chante ses adieux : cajoleries des amis pour l’empêcher de partir, évocation des accidents hypothétiques en pays étranger, lamentations (magnifiques), adieux des amis, puis air et fugue du cocher, au caractère pittoresque, où le clavecin imite la sonnerie du cor de postillon. Une Suite de Kerll en quatre mouvements, brève et lumineuse, précède une Passacaille magnifique que le compositeur a choisi de lui adjoindre : pleine de chromatismes et de beautés harmoniques, richement ornementée, mélancolique, obstinée, puis étincelante en feux d’artifice. Enfin, la Toccata BWV 915 de Bach vient conclure le programme, avec son foisonnement d’inventions et de contrastes, ses traits fulgurants et sa gigue monumentale, où le génie géométrique et sonore du compositeur éclate, au point de dépasser ses modèles par la plénitude de moyens qu’elle révèle, dans un mouvement inexorable où le clavecin évoque la grandeur de l’orgue.


L’instrument du facteur Anthony Sidey est magnifique, la prise de son supérieure. En ajoutant une nouvelle pierre blanche à sa discographie, déjà illuminée par ses interprétations éminentes des Variations Goldberg de Bach et des pièces de clavecin de Rameau, ou les disques de son ensemble Café Zimmermann, Céline Frisch n’a guère besoin de démontrer qu’elle est l’une des meilleures clavecinistes françaises. Mais, comme le jeune génie allemand sur les routes, elle va, puisant aux meilleures sources, développant son talent, pour partager avec l’auditeur sa compréhension et son sens remarquable de la musique la plus exigeante qui soit.


Céline Frisch (Clavecin) - Aux sources du jeune Bach. : oeuvres de Bach, Buxtehude, Frobeger, Kerll & Reincken. Edité par Alpha




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