
|
Blind Guardian - Memories of a time to come
Les sorties
|
![]() ![]() |
|
Blind Guardian est un groupe allemand qui fait du speed metal mélodique depuis 25 ans. D’emblée le silence se fait, le respect s’installe, une partie de l’assistance se lève et s’en va. Ceux qui n’ont pas eu peur (mais chez Culturopoing rien ne vous arrête, je sais) ouvrent quand à eux grands leurs yeux et leurs oreilles.
Pour les non-initiés, le speed metal mélodique est un des 14988 styles officiels reconnus par les fans de metal qui adorent la précision quand on parle musique[1]. Fait aggravant voire ignoblement pervers, le speed metal est également appelé power metal du côté de l’Europe alors qu’en Amérique les deux genres définissent deux styles certes voisins mais tout de même solidement clivés. Les fans de metal adorent la précision, c’est même à ça qu’on les reconnaît.
Alors le speed donc. Pour décrire cette forme de musique il faut partir de formations plus classiquement heavy metal comme par exemple Iron Maiden en particulier pour ces solos de guitare où soudainement le tempo s’accélère et la batterie s’agite deux fois plus vite. Voilà, nous y sommes, on copie-colle sur plusieurs minutes ce segment et nous voilà avec du speed mélodique. Nombre de groupes se sont ainsi mis à pareillement jouer à partir des années 80 et le fait est qu’en guise de speed cela va en effet très vite : les guitares tricotent et cavalcadent, la batterie claque via un usage immodeste de la double pédale, le tout vrombit, court, fonce, vole un peu peut-être aussi.
Nous voilà enfin à Blind Guardian, l’objet-même ici du délit. Fondé en 1984 sous le nom de Lucifer Heritage, c’est trois années plus tard qu’il prend forme et vie définitives. L’occasion donc en 2012 de fêter les (je retiens deux et je pose ma retenue) 25 années d’activité du groupe via une copieuse triple compilation remixée voire même réenregistrée pour l’occasion. Repartons (et oui déjà) dans la valse des étiquettes, Blind Guardian joue en effet du speed metal mélodique mais avec une dimension épique, lyrique et théâtrale qui, dans ses meilleurs moment, rappelle ni plus ni moins que le Queen de « Bohemian Rapshody ». Les bons moments en question se nomment Imaginations From The Other Side sorti en 1995 (inspiré par le mythe Arthurien) et Nightfall in Middle-Earth (concept album basé sur « Le Silmarillon » de JRR Tolkien) de 1998.
Nouveau chemin en 2002 avec l’album A Night at the Opera (tiens, tiens…) où la musique se complexifie, se déstructure même avec une overdose d’arrangements symphoniques et de chœurs emphatiques. Qui dit évolution dans le metal dit bien souvent incompréhension des « kids » et en effet l’album reste aujourd’hui isolé dans la discographie du groupe tant les disques suivants emprunteront des chemins déjà balisés et des compositions plus simples sans toutefois remise au placard des arrangements particulièrement riches. Nous voilà déjà en 2010, dernier album du groupe, At the Edge of time, enregistré avec l’aide d’un orchestre symphonique. Au final une formation reconnue à défaut d’avoir franchi les portes du sérail.
La triple[2] compilation donc, l’occasion d’écouter triplement…devinez quoi…du speed metal mélodique ! Du costaud et du « true melodic speed » tout d’abord où les excellents « Valhalla » (devenu un classique du groupe) et « Follow The Blind » (morceau très rock, et un peu plus lent) dominent. Des titres gravés dans l’acierie metal ensuite comme « The Bard’s Song (The Hobbit) », « Imaginations Of The Other Side » (et son refrain emphatique), « Nightfall » (très lyrique et très réussi, très Queen aussi) ou « Mirror Mirror » (parfait classique entre mélodie médiévalisante et refrain de hooligans). Quelques originalités toutefois comme la superbe ballade « The Bard’s Song (In The Forest) » (non ce n’est pas la même que celle déjà nommée) ou encore le petit quart d’heure de « And then there was silence », compo parmi les plus marquantes de la formation.
Cette écoute en raccourci de la carrière du groupe résume assez bien en fait les vertus mais aussi les vices de Blind Guardian car il arrive au groupe quelquefois de s’emmêler sévèrement les pinceaux par trop de complexité qui rendent certains titres peu évidents à suivre. On frise même parfois l’overdose d’arrangements, comme un mille-feuilles concocté avec la main lourde sur la crème. Blind Guardian a toujours pris des risques artistiques, c’est certain et c’est en cela fort respectable et source de curiosité. Le résultat laisse par moment à désirer et transforme leur musique en litanie boursouflée couverte de colifichets inutiles.
Mais fi du bémol, Blind Guardian reste un groupe intéressant et sympathique, intègre aussi ce qui ne gâche rien. Un groupe aussi qui s’est construit à la fois un style et une prison, là où son style rapide, lyrique et parfois (par trop) excessif) fait son petit effet mais finit, tout de même, par tourner en rond. Il possède toutefois assez de titres fédérateurs et bien troussés pour aller jusqu’à titiller l’oreille profane en speederie et en metallerie, c’est ce qu’on retiendra de Blind Guardian et de cette fort complète compilation.
[1] Il y sensiblement de sous-courants de hard rock et de heavy metal qu’il n’y a de sensibilités chez les écologistes, c’est dire.
[2] Cette compilation anniversaire existe en version double ou encore Deluxe, comprenant un troisième CD de démos et raretés. Réservé aux amateurs, sans doute, mais qui a le mérite de proposer des morceaux beaucoup moins produits rappelant que tout cela n’est qu’affaire de guitares, de basse et de batterie….Bref de rock ‘n roll !
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment Insérer un commentaire : |
