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Musique

Benjamin Biolay et ses musiciens, en concert, le 2 juin à Rouen, Exo7

Hors actu
Posté par Florence Sacchettini le 2010-06-09



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Chers Parisiens,

Vous vivez dans la plus belle Ville du monde, la Ville lumière, la Ville Capitale, la Ville de toutes les cultures, de tous les mondes, la Ville du CAC 40 et la Ville du RER. Les artistes vous aiment, et que vos salles de spectacle sont immenses, grandes, petites, moyennes, minuscules ils y viennent et reviennent, anxieux et heureux de s’offrir à vous ! Oui, chers Parisiens, vous êtes si vernis d’habiter à Paris qu’il n’est pas rare que le provincial, cet habitant de nos (vos) régions, qui souvent a vécu chez vous, et qui toujours, même s’il s’en défend, porte un morceau de Paris dans son cœur (ne serait-ce qu’une image d’Épinal) monte à Paris pour voir son artiste favori se produire sur une scène parisienne. Et pourquoi fait-il cela, notre provincial, pourtant décomplexé par trente ans de décentralisation culturelle ? Parce que c’est Paris, quoi ! Parce que ce n’est pas la même chose, hein, de sortir du métro dans la lumière, dans la beauté partout environnante, pour rejoindre la salle de concert, que de bêtement rester dans sa province, et son bocage et son ennui. Parce que les salles parisiennes sont chargées de toutes les légendes qui s’y sont écrites, et qu’il est parfois agréable de goûter du bout des lèvres, quelques instants, à la légende. Ou parfois, parce que la tournée commence par Paris, et qu’on n’a pas la patience d’attendre. Ou enfin, parce que de toute façon, y’a pas de salle de concert, dans ce trou perdu de province (il en reste).

Chers Parisiens, il me faut malheureusement vous le dire, même si vous devez éternellement me maudire : il arrive qu’un concert de province, dans la toute proche banlieue d’une Ville elle aussi traversée par la Seine, mais qui n’est pas Paris, il arrive finalement qu’un soir de juin débutant, un soir d’un premier soleil estival, trois mois après une première date prévue deux ou trois jours avant les Victoires, et annulée pour cause de mal de dos , soit bien meilleur qu’un concert parisien, un soir de février, en début de tournée, au rouge Casino de Paris.

Benjamin Biolay en concert

Tout commence pourtant de la même manière : longue attente après la première partie, public nombreux et impatient, bien obligé de patienter. Un concert n’est pas un exercice démocratique. Puis, à 21h10, la voix de Michel Aumont récitant Rainer Maria Rilke se fait enfin entendre. Soulagement : un instant, l’hypothèse d’un nouveau lapin nous a effleurés.  Applaudissement enthousiastes et on enchaîne, comme à Paris, sur le Tout ça me tourmente de La Superbe, bon, mais sans plus, dans un nécessaire tour de chauffe. C’est ensuite que l’on comprend que ce soir, rien ne sera comme à Paris. "L’artiste interprète de l’année", l’auteur de "l’album de l’année" annonce d’emblée la couleur : ce concert est l’avant-dernier de la tournée française. Il est heureux et ça se voit. Débarrassé de son stress, de sa raideur, de sa crispation, Biolay semble avoir gagné 20 cm. Détendu, comme élastique, son corps bouge, il se laisse entraîner, il chaloupe. Il danse ! Certes, le jour où Garbo a parlé fut sans doute un jour encore plus important dans l’histoire (du cinéma, en l’occurrence),  et comparaison n’est pas raison. Mais pour qui se souvient du stress contagieux du gars lors du concert parisien, des mains sur le cœur multipliées plus que de raison, des remerciements presque excessifs et de cette silhouette un poil raide parce que faussement décontractée, la métamorphose est étonnante. Alors concert en Province = moins d’enjeu = moins de pression = meilleur concert ? Sans doute. Mais pas seulement.  

Incapable de nous rappeler dans l’ordre de la set list de ce concert, qui a régulièrement atteint des sommets de densité et de beauté, en dehors de quelques titres gâchés par des problèmes de son, comme à Paris - on voit l’ingénieur du son qui s’arrache les cheveux : énormes et inattendus larsens, saturations fréquentes  -, laissant la salle médusée. Le public découvrait-il qu’avant La Superbe, comme l’a opportunément rappelé Le Jardin d’hiver joué à la cool, genre "ben ouaih c’est tout con, c’est Salvador qui l’a chanté mais c’est moi qui l’ait écrite  et ça fonctionne à fond", il y avait toute une histoire ?
A un moment (5ème ou 6ème titre, plus tôt ?) le concert va décoller. Ce moment est celui qui voit les musiciens introduire magistralement Chère Inconnue, chanson qui porte certainement (malheureusement ) bien son nom. Est-ce la qualité du son, enfin clair et dense, de la basse, de la guitare, magistrale, des sons étranges que produit le multi-intrumentiste casquetté, est-ce le chant de Biolay, posé, juste (fier) ? C’est aussi le plaisir et la surprise d’entendre une très belle chanson (surgie de Négatif) qui gagne tout à coup en tension, tenue qu’elle est de bout en bout. Un truc s’est passé. Clic, changement de décor, changement d’univers, la suite du concert commence.

Benjamin Biolay en concert

Devant un public comme saisi (à point), vont alors s’enchaîner une cascade de titres complètement réussis, musicalement absolument sublimés (les musiciens se sont carrément calés depuis Paris – un concert n’est pas un exercice démocratique, mais c’est un exercice, qui se travaille, et le travail, ça paye, surtout quand on a ces talents). Comme un miracle, des chansons complexes, multi-couches, sans doute difficile à produire et à sonoriser sur disque, sont encore complexifiées par des effets de réverb’ de voix (Assez parlé de moi, hypnotique), des ajouts de sons (Theremin et Cie), la harpe, la basse et la guitare à fond, mélangeant pop, rock, funk, techno et tutti quanti. Et malgré cette complexité (l’ingénieur du son est à fond sur sa table de mixage, suant à grosses gouttes), vont se (nous) suspendre en l’air pour quelques minutes. 
Il en va ainsi pour les titres de La Superbe : Padam, L’Espoir fait vivre, Prenons le large et Si tu suis mon regard sont réarrangées pour être encore plus mixtes, et on est saisi d’une envie irrépressible de danser, c’est jouissif, c’est joyeux, l’Exo (re)devient boîte de nuit. Disco, Funky, welcome in, la chanson en français n’est plus votre ennemie !

Il en va ainsi pour des chansons plus anciennes : Même si tu pars, un poil mélodramatique sur disque est carrément ressuscitée (la musique ! la musique !), Bien avant et Qu’est-ce que ça peut faire ? cassent la baraque, chacune dans son genre (tout en retenue pour la première, complètement lâchée comme des chevaux de course - pour la deuxième, avec une basse ! et une rythmique !). Dans la Merco-Benz, Sarko, Hortefeux, Carla, Rama sont convoqués par un Benji transcendé (il y a toujours un moment où quelque chose vous dépasse). Quant à Négatif, ce titre horriblement triste, et beau, comme à Paris, il s’entrecoupe d’un sample de Gorillaz joué au piano (I’m happy, I’m feeling glad, nous aussi, mon pote) et c’est comme un résumé de l’esprit qui ce soir là visita l’Exo7 : un concert n’est pas un exercice démocratique, sauf quand la magie s’en mêle.

Set list :
Album La Superbe, dans le désordre : La Superbe, Padam, Ton héritage (au piano), Si tu suis mon regard, Night Shop, Brandt Rhapsodie, L’Espoir fait vivre, Prenons le large, Tout ça me tourmente, Assez parlé de moi, Lyon Presqu’île (trompette), 15 septembre (grande grande chanson, construction complexe).
Album A l’origine, dans le désordre : A l’origine, Même si tu pars.
Album Trash Yéyé, dans le désordre : Bien avant, Qu’est-ce que ça peut faire ?, Dans la Merco-Benz.
Album Négatif,  dans le désordre : Chère inconnue, Négatif.
Et Le Jardin d’hiver,

Applaudissements.


1) Cf. note suivante
2) Y’avait de quoi avoir mal au dos.
3) Au passage,  décidément,
La Superbe et ses tonnes de violons, guitares, basses, samples mélangés ne passe pas en concert, sans compter que sa rythmique rappée est probablement excessivement difficile à tenir
4) Avec Keren Ann
5) NB : penser à réécouter l’album
Négatif et en particulier la fin du disque 1 : Glory Hole, La Vanité, Négative Folk Song, Boîte à musique et la fin du disque 2, notamment Chambre 7.



Retrouvez d'autres articles sur Benjamin Biolay :

Benjamin Biolay - "La superbe"
Benjamin Biolay – "Trash yéyé" (2007)
Benjamin Biolay au Casino de Paris, le 6 février 2010


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Commentaires
De : sophiebib

là je pleure ! j'ai raté ce concert alors que j'avais mes places achetées depuis ce lapin posé en mars ! Je savais que je ratais quelque chose mais pas à ce point, en plus dans une salle mythique de la région qui ferme ses portes quasiment après ce dernier concert !

De : JeanRaoul

L'Exo 7 toute ma jeunesse !

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