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Musique

Benjamin Biolay au Casino de Paris, le 6 février 2010


Posté par Florence Sacchettini le 2010-02-10



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Samedi soir dernier, le Casino de Paris est déjà à moitié plein une heure avant l’horaire inscrit sur le billet d’entrée. A huit heures moins le quart, on se presse à l’orchestre et dans les travées. A huit heures, la voix de Benjamin Biolay (mouvements de la foule pour chercher d’où elle vient) annonce la première partie, c’est Alka. Les premières parties sont nécessaires, mais tout le monde n’attend que Biolay. Alka part, mais il faut encore attendre : on annonce une demi heure d’entracte (migrations au bar = bières, migrations à l’extérieur = cigarettes). Au retour, il faut se frayer un chemin dans l’orchestre pour retrouver son tout petit espace. On attend. On observe, on s’observe. Venir à un concert, c’est aussi faire cette expérience étrange : d’autres que vous apprécient suffisamment l’artiste pour s’être déplacés. Il y a quelque chose d’impensable dans ce constat. Imaginez un rendez-vous amoureux où vous ne seriez pas deux, mais 1000 : un choc. Surtout que, plus tard, comme un rappel, la lumière se rallumera dans la salle à plusieurs reprises : impossible d’oublier que nous sommes nombreux. On est heureux d’être éclairés, on suppose que c’est un choix politique pour scinder la masse en individualités, on approuve la démarche, qui tend à supprimer la distance entre le spectacle et le spectateur,  mais on voudrait aussi prolonger l’intimité d’un soir, l’anonymat du noir.

On observe donc, pour tromper l’attente : à droite, des jeunes gens, à gauche des gens jeunes, devant, des gens d’âge moyen, derrière, quelques personnes d’un âge certain. Le public est mixte, avec une très légère petite tendance masculine. Le Casino de Paris n’est plus rouge, il est noir de monde (la commode dans l’entrée n’est pas noire, non, elle est bleue). La foule attend, trop calmement : y aurait-il un petit quelque chose de coincé, une légère crispation, dans ces dates parisiennes à haute pression ? C’est la Capitale : les journalistes et les proches sont là. Enfin, les lumières s’éteignent, la musique démarre. Acclamations nourries et soulagées du public et voix de Michel Aumont qui les fait taire : "Pour écrire un seul vers…" (Rainer Maria Rilke) (1). Dans ces minutes qui retardent encore l’entrée en lumière de l’artiste – on l’aperçoit assis près du piano, dans la pénombre, il écoute, ou peut-être pas : peut-être qu’il est trop mort de trouille pour entendre quoi que ce soit -, dans ce message introductif, ce préalable, il y a une mise au point (juste une…mise au point), un rappel liminaire, une question : pourquoi et comment crée-t-on ?

Benjamin Biolay en concert au Casino de Paris

L’essentiel ayant été dit, le concert peut commencer. Il est construit en trois parties. Pendant la première, on constate trois choses : 1) ça démarre fort, en tension, comme en chanson, 2) la harpe est trop discrète, la complexité des chansons est un défi, même pour les meilleurs musiciens, 3) Benjamin Biolay existe en vrai (on avait fini par en douter, compte tenu de l’importance prise par son image médiatique, media quoi ? mediatic !), il a une voix, deux jambes qui bougent, il est poli (excessivement ?) et il n’en mène pas large, malgré ou à cause du torrent d’applaudissements qui se déversent sur lui – forcément, ça doit faire bizarre ce tsunami d’amour, après des années à s'être imaginé mal aimé. C’est incompréhensible, c’est fou. D’ailleurs, n’y a-t-il pas dans ce soudain déferlement comme une repentance collective déplacée ? Samedi soir, au Casino de Paris, le public, majoritairement des admirateurs de la première heure, des connaisseurs, avait visiblement décidé, comme un seul homme, de prendre à son compte tous les parasitages du passé et de les effacer. 

Dans la deuxième partie, on constate trois choses : 1) le piano lui va bien, 2) il chante juste et bien, 3) Françoise Hardy s’est trompée, même si fondamentalement elle a raison (Nuage noir est une bonne chanson mais n’est pas sa meilleure, par contre c’est bien le meilleur auteur-compositeur de sa génération).
Enfin, dans la dernière partie, on oublie un peu de constater, on danse - c’est toujours cool de danser, dans un concert - et on se laisse emporter. Et c’est avec trois titres de ses trois premiers albums (Les Cerfs-volants, Négatif et A l’origine - chanson politique)  et deux samples (2) que le concert atteint ses véritables sommets. Le plus intéressant, c’est le portrait de l’homme en artiste que dessinent les trois citations du concert : soit un mixte hautement éclectique entre Rainer Maria Rilke, pour l’écriture, le rapport mystérieux aux mots, au moi, au monde, à la création ; Marilyn Monroe, pour le tragique, le sexe, le cinéma ; et Damon Albarn (une admiration, un grand frère possible ?), pour la pop anglaise, l’exigence, la rupture (et en sous-texte, l’Afrique, donc la musique noire, donc le blues, le jazz, le rap).
Le reste, on le savait : Benjamin Biolay tape plus haut et plus profond que les autres, il faut juste s’y habituer. L’histoire continue dans la suite de sa tournée (3) : il y aura d’autres de concerts, qui n’épuiseront ni la Superbe, ni le spectateur.


(1) Le texte et la musique sont , film Clara et moi, d’Arnaud Viard, BO Benjamin Biolay.
(2)
Sample samplé et sample chanté.
(3) On sera à Rouen, Exo7, loin du stress parisien.



Retrouvez d'autres articles sur Benjamin Biolay :

Benjamin Biolay - "La superbe"
Benjamin Biolay – "Trash yéyé" (2007)
Benjamin Biolay et ses musiciens, en concert, le 2 juin à Rouen, Exo7


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