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Benjamin Biolay – "Trash yéyé" (2007)

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Posté par Florence Sacchettini le 2010-01-20



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Maintenant que La Superbe a été ici et ailleurs élu album de l’année 2009, maintenant que les media ne chantent plus d’une seule voix l’air de "Biolay chanteur doué prétentieux et énervant et gnangnangnan et blablabla", maintenant que les grands l’ont adoubé (Aznavour), il est peut-être temps de revenir en arrière, et de (re)découvrir le BB d’avant, BB le maudit, BB le méchant, celui dont Bénébar avait dit qu’il n’avait vendu que 75 000 albums (Trash yéyé) et qu’il n’avait donc qu’à fermer sa gueule. Et en effet un chiffre aussi ridiculement petit pour un album aussi intéressant (soyons modérée même si c’est difficile), voilà qui est étonnant et injuste. Cette injustice dont BB endosse justement (et injustement) la responsabilité dans ses récentes interviews, s’accusant de n’avoir pas su parlé le politiquement correct médiatique qui lui aurait permis de le vendre mieux, il nous faut la réparer (oui, oui, il s’agit de notre première mission 2010, la seconde consistera à remonter aux origines, pour vous faire écouter A l’origine, 2005).
Trash yéyé est désormais, et pour l’éternité (rien que ça !), l’album d’avant. D’avant La Superbe. Avant La Superbe, il y eut l’apocalypse, soit la chute, les bas-fonds des tréfonds des tourments de l’âme tourmentée et, dans un même mouvement, la renaissance, la rédemption, la lumière. A ceux qui pensent que ces qualificatifs sont excessifs, je leur conseille d’écouter l’album : il ne fait pas dans la métaphore.

Benjamin Biolay

Trash yéyé, c’est d’abord trash, carrément trash, définitivement trash : déshabillage et dissection saignante à tous les étages, effectués sans pitié avec force mots crus pour les sentiments comme pour la sexualité, et même les sentiments de la sexualité (cf. Douloureux dedans "et mon amour je pourrais tout subir" Dans ta bouche - je ne vous fais pas un dessin), et accompagnés de moult envolées lyriques, guitares, basses, violons, pianos et vocalises (voix magnifiques de la Maîtrise de Paris), déchirés et déchirants. Le français, cette langue impossible, peut donc devenir un atout quand il est employé cru. De toute façon, la poésie est dans la musique. La voix n’a qu’à être nue, chantée, parlée, soufflée, percutée - who cares avec des mots pareils ?
Mais Trash yéyé, c’est aussi… yéyé. A vrai dire, le côté yéyé de ce disque ne saute pas aux oreilles. S’agit-il seulement d’une allusion ironique aux yéyés des sixties, destinées à les ridiculiser ? Si oui, mission accomplie : adieu sucettes à l’anis, bonjour Merco Benz et sa banquette arrière (mon amour hélas, le temps passe, tu parles, heureusement !). Fin des yéyés, morts et enterrés, début du deuxième acte. C’est la vraie Rupture du disque (n’en déplaise à Nicolas).

S’agit-il d’une manière de prendre la nécessaire distance avec soi pour que l’humour réduise le malheur toujours relatif ? S’agit-il d’échapper à la complaisance ? Narcissique, nombriliste mais jamais dégoulinant (qu’est-ce que ça peut faire, que je te vois le ventre à l’air et les yeux cernés ?), l’album dépasse la déprime par la musique : arrangements, ruptures et complexités mélodiques (Cactus concerto, et Laisse aboyer les chiens) déguisent, travestissent et tordent les mots de l’amuuur blessé, pour faire apparaître la beauté. Noir c’est noir, et au bout du bout il y a l’espoir. Toute la dernière partie de l’album (après La Chambre d’amis, qui fait une pause salvatrice, un répit, au milieu du disque) est un enchaînement de titres parfaits, rageurs, lâchés, totalement lâchés, distendus, étirés.
Un drôle d’enchaînement à vrai dire, qui risque de vous laisser un peu KO (chaos), sur le carreau, sonné : vous n’écouterez pas ce disque pour faire la vaisselle, ou en musique de fond à l’apéro. Éventuellement pour réveiller une soirée trop arrosée ; mais alors c’est que vous êtes prêts à faire fuir vos invités. Après ce disque, et comme le disait JLM dans un autre grand chapitre du malheur amoureux (ô Dolorès), le chien de l’espace, dans la glace, n’aboiera plus bouh ouh ouh ouh ouh.
Trash yéyé, "ça peut te sembler dégueulasse, ça peut te sembler long, ça peut te sembler bon" : une torture, une catharsis.
Rendez-vous quand il fera nuit.




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Commentaires
De : OliP21

Merci de rehabiliter cet album au succès très confidentiel mais largement superieur à la superbe.

J'ai apprecié certains titres mais le torrent d'eloges qui a accompagné sa sortie est une erreur. Ces jouranlistes avait un train de retard.

Olivier

De : Florence

Oui il y a des phénomènes médiatiques incompréhensibles. Faut sans doute pas chercher.
Par contre, je ne suis pas d'accord avec vous Trash yéyé est très bon, mais La Superbe aussi !

De : Bambi Rose

Bien d'accord avec Olivier... Et il se pourrait même que les journalistes aient plusieurs trains de retard concernant BB. Car "Négatif" et "Rose Kennedy" sont aussi de petiits bijoux.

"La Superbe" est trop diluée, ça part (un peu trop) dans tous les sens. "Trash Yéyé" (pour ne parler que de celui-là) est plus serré, plus condensé... Il va droit au but! Et cela ne tient sans doute pas au nombre de morceaux, car "Négatif", double album également, ne donne pas cette impression.

Come what may, BB est un génie. Il oeuvre avec brio pour assurer le salut de la nouvelle scène française... dont il se défend bien de fair partie!

De : Florence

"A l'origine" est très bien aussi. j'ai une théorie perso : à partir où BB s'est laissé poussé les cheveux, il est devenu un cran meilleur, moins poseur, moins embarrassé. Je ne sais pas s'il y a un lien de cause à effet. C'est le contraire des yéyés Biolay : cheveux longs, idées longues.

De : mr_kenyatta

Est-ce que ça vaut aussi pour Murat, Florence ? ;-)

Cela dit, je pense que c'est une théorie assez partagée, concernant Biolay, non ? Le fait qu'il fallait qu'il se "gainsbarrise" un peu, qu'il quitte son costume étroit de gendre idéal (qui devait d'ailleurs lui peser) pour prendre encore une autre dimension...
Pour ma part, j'ai toujours globalement aimé ce qu'il écrivait (même son album pour Elodie Frégé, c'est dire !) mais je persiste et signe : il a franchi un cap avec "La Superbe".

De : Florence

Moi aussi j'aime bien "La ceinture" écrite pour Elodie Frégé (je ne connais pas tout le disque).
Sur les cheveux : non c'est pas valable pour Murat... sais pas pourquoi. Il se coiffe pas trop de toute façon.

De : bornu's digest

Son premier album était quand même déjà très bien, même s'il portait débardeur en mohair et coupe de cheveux à la JP Léaud dans les 400 coups. Et que dire de '"billy bob a raison" sur positif avec déjà, c'est vrai, la mèche de nicolas sirkis.
Il y aurait un ouvrage à écrire sur l'influence du ch'veu dans la pop music

De : Florence

Pour information: il y a un titre supplémentaire caché à la fin du disque, après De beaux souvenirs, mais sur la même plage. Il est très joli. J'ai mis deux ans et demi à tomber dessus. Pour faire gagner du temps à ceux qui découvrent le disque.

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