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Beak> - Beak
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Il est difficile de ne pas évoquer en guise de préambule le paradoxe de cet album, à savoir qu’il est l’œuvre pour 1/3 de Geoff Barrow, l’âme musicale de Portishead, vous savez ce groupe qui a mis 11 ans à sortir un troisième album, et qu’il a pour particularité d’avoir été composé en 12 jours et enregistré live en 3 jours avec un maximum de prises directes. The other side of the mirror comme dirait l'autre.
L’influence Krautrock est le maître mot des 12 titres, on compte en effet nombre de pistes construites autour d’une trame minimaliste et répétitive où l’ombre de Can veille. C’est ainsi Backwell qui ouvre le bal avec son clavier tortueux et ce son sec de batterie en guise de métronome, c’est encore Pill qui illustre l’usage fait par le trio de la voix, simple instrument noyé dans le mix (pas vraiment la trademark de Portishead évidemment), c’est tout autant I know qui rappelle là encore Can ou Iron Action et ses effets de clavier qui ornent une boucle rythmique prenante. Ces morceaux constituent les meilleurs moments de l’album, ils sont tous d’une grande efficacité nonobstant une épure profonde de moyens et d’effets.
Quand le trio bidouille un peu plus, quand l’envie lui prend de triturer deux à trois boutons, deux à trois rythmiques, deux à trois notes, alors le résultat devient plus inégal. Pour un très bon Flax Burton final (cette sourde menace qui gronde sous des notes martelées au clavier), pour un Ears have ears de belle facture (un peu crispant par moment cependant), pour un Blagdon Lake (cette impression d’assister à la naissance d’une basse à la Peter Hook et de la voir littéralement sortir de sa coquille en temps réel, tant pis si c’est avec des forceps qui crissent un peu) ou l’excellent Battery point (cette belle montée en épingle d’un motif de guitare, peut-être le meilleur morceau du disque même s’il n’est pas représentatif de l’ensemble) il faut se fader quelques morceaux plus délicats, souvent des tempos plus planants où l’inspiration semble pêcher sinon naviguer à vue (mention pour Dundry Hill, seul morceau vraiment pénible du disque en-dehors du bruit blanc (enfin du larsen) de Barrow Gurney). Le prix à payer sans doute pour ce genre de concept de composition/expérimentation en temps réduit. C’est quand même curieux chez les musiciens ce besoin de faire des phrases anti-mélodiques à un moment ou à un autre. Etonnamment sinon, la cassure bruitiste de Ham Green évoque un morceau du groupe anglais Bridge & Tunnel, A wheelchair for Mrs Riple, le premier titre de l’album Without ghosts, superbe mélange de Trip Hop et de planantes expérimentations, on y retrouve cette même velléité de briser la lancinance globale en envoyant le bois synthétiquement parlant. D’un point de vue général et outre Can déjà cité, on pense à certains moments à l’axe Goblin/Carpenter dans ces ritournelles de clavier jouées à deux doigts. Disque de pures sensations, Beak> est une très belle surprise, on espère qu’il sortira des œillères de type "Ah oui Beak> c'est la récréation du gars de Portishead" pour trouver l’écho et la place qu’il mérite. Retrouvez d'autres articles sur Beak> : Beak> - >>
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