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Bastien Lallemant – "Le Verger"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-08-22



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Allons-y carrément, d’emblée : Le Verger de Bastien Lallemant est un bijou, qui nous offre parmi les plus beaux fruits proposés par un disque français depuis longtemps. "Disque français", ça vous a un petit côté Académie Charles Cros (dont Lallemant mériterait assurément de figurer au palmarès) mais c’est parce qu’on ne sait pas très bien si on doit ici parler de "pop" ou de "chanson française". Sans doute des deux à la fois mais, au fond, ça n’a pas grande importance.

Ce qui en a bien davantage, c’est la finesse d’écriture de tous les instants de Lallemant, tant au niveau de la musique que des textes (allez, un léger bémol sur le sujet de Filature – le privé qui tombe amoureux de la femme adultère qu’il doit filer pour le compte du mari trompé – un peu convenu). Ce sont aussi ses arrangements et son interprétation musicale : il est vrai que Bastien Lallemant s’est entouré d’une très belle équipe, comptant parmi ce qui se fait de mieux dans ce pays. La voix d’Armelle Pioline fait toujours merveille et évoque inévitablement son Holden qui se fait trop rare. Les touches de violon de Bertrand Belin sont exquises, rappelant même, sur Une vie de chien, les splendeurs jadis écrites par Robert Kirby pour Nick Drake. On y prend aussi des nouvelles (trop espacées, elles aussi) de Pascal Parisot, qui donne à Bandit la petite touche latino décalée qui fait le délice de ses propres albums.

Bastien Lallemant

Et puis c’est bien sûr ce chant si particulier de Bastien Lallemant lui-même. Imaginez un mélange entre Dominique A (dont il est proche) et le Gainsbourg des débuts (cette façon de prononcer certains mots, eux-mêmes assez marqués Gainsbourg, "poupée", "con"…) ! Bastien Lallemant n’est pas un grand "chanteur", de ceux capables de se fondre dans tous les styles. Il est bien mieux que ça : l’interprète le plus juste possible de ses propres histoires (Le Verger est un album très narratif), dont le détachement nous préserve de tout pathos, mais pas de toute émotion. Lallemant est un excellent pendant masculin de Barbara Carlotti (ou l’inverse ?), leurs deux univers nous semblant assez proches.

Le Verger est souvent présenté comme un concept-album. S’il y a incontestablement une unité d’écriture, celle des situations ou des personnages ne saute en revanche pas aux oreilles. Et le petit roman photo muet inséré dans cet album, qui constitue par ailleurs un très bel objet, n’illustre que la seule chanson Filature.
Il est un thème qui revient néanmoins plusieurs fois, ou plutôt une vision : celle du western et de sa mythologie mais plutôt vus à travers les yeux d’un enfant, de celui, probablement, que Bastien Lallemant a été quand il a découvert cet univers à la télévision ou dans d’hypothétiques séances de cinéma de quartier (même s’il est a priori trop jeune pour avoir pu les connaître). La chanson Cowboy, l’outlaw de L’Amour, Bandit et ses victimes cochées sur sa crosse d’ivoire… Même si les deux albums sont vraiment très différents, surtout dans leur production musicale, on y retrouve quelque chose de la chanson homonyme Cowboy de Mythomane, le premier album d’Etienne Daho (il y a presque trente ans…), peut-être pas objectivement son meilleur disque mais le plus touchant. Le Verger est forcément d’une écriture plus "adulte" mais son éclat nous frappe en plein cœur, pareillement.






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