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BJ Nilsen – "The Invisible City"
Les sorties
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Il est des disques que l’on écoute et qui nous charment et nous enveloppent par leurs mélodies, leurs arrangements, leurs rythmes, leurs voix, la fougue, la passion, l’émotion qui s’en dégagent et d’autres qui ne jouent sur rien de tout ça, pas de rythme, pas de mélodie, pas de voix mais du bourdonnement, des échos de cristaux, des crissements, des bruits lointains … Rentrer dans ce type de disques nécessite donc une certaine capacité d’abandon, de recueillement mais surtout d’être prêt à désapprendre et d’accepter de perdre ses repères. BJ Nilsen (Benny Jonas Nilsen) fait partie de ces musiciens intrigants et exigeants, poursuivant une route sans cesse plus abstraite, qui lui a fait petit à petit perdre références dark ambient (à l’époque sous le pseudonyme Morthoud), puis rythmes et mélodies (sous le pseudonyme Hazard ou HIA pour ses deux disques enregistrés avec Biosphere), pour rejoindre des lieux plus isolés et froids, intégrant ça et là Field Recordings, pour nous plonger dans des lieux et des temps inconnus. On l’a vécu de nombreuses fois cette courte nuit, longues insomnies, lentes palpitations, suées nocturnes, fièvres alternées avec des rêves éveillés. BJ Nilsen arrivait à retranscrire, sur Short Night, les angoisses et l’imaginaire tapis en chacun de nous. Je regarde toujours cette pochette avec la sensation de l’avoir rêvée. Elle est là, gravée dans mon inconscient et surgit au détour d’un songe. Réverbération. Voyage immobile au cœur de la nuit. Plus tard il nous avait emmené dans une maison vide, à l’aube, dans une zone désertique. Là, perdu dans une vaste étendue vide, on avait assisté à la naissance d’une lumière sèche et irradiante, expérience troublante de dissolution de notre corps dans des protons de lumière, lente envolée vers un espace sensoriel sans fin. ![]() Voyage immobile au cœur de la lumière. Pour The Invisible City, l’environnement est urbain et commence par un long parcours, seul, sur un petit chemin. Une lente oscillation nous bourdonne dans l’oreille et nous prend par la main, quelques rapide notes d’orgues semblent indiquer quelques lieux habités et, là, nous sommes attirés, sans possibilité de recul, des voix inquiétantes nous enlacent et lorsque l’on ne peut plus résister à ces chants, des stridences effroyables nous balaient le cerveau avant de nous laisser hagards au cœur de cette cité invisible. Nous n’en sortirons plus. Cette musique aurait pu la BO de la première partie de Stalker de Tarkovski. Les espaces urbains sont souvent vides et inquiétants, mais on a la sensation d’avoir parcouru des espaces familiers, on reconnaît ça et là quelques formes connues, des tours spectrales, des maisons effacées par une nappe de lumière pâle, puis du blanc d’ailleurs sur la longue pièce majeure et centrale du disque Virtual Resistance on finit par écraser les pieds dans une neige fraîche et crépitante, on se met à courir… pour s’arrêter brutalement. La sensation de froid parcourt l’album en son milieu, brouillard, blizzard nous brouillent et déboulent au hasard de la traversée d’un lieu. Sur la fin, on évolue dans des zones industrielles fantomatiques, ça et là quelques traces d’une civilisation évoluée qui semble avoir implosé et être partie en courant pour retrouver un semblant d’humanité et y construire un nouveau royaume. Cette ville invisible est comme fantasmée, les notes sont des murs, les pulsations des rues, le bourdonnement l’espace environnant, parcs, forêts nous apparaissent au grès de l’évolution d’halos sonores lancinants. Voyage immobile au cœur de cités perdues. Il faut saluer une fois encore le travail remarquable de l’artwork du label Touch et en particulier celui des disques de BJ Nilsen, à chaque fois une prolongation de l’univers, pourtant très impressionniste, de l’artiste. Il faut acheter leurs disques rien que pour s’y perdre encore un peu plus, les oreilles dans un casque devenu espace. Pour acheter l’album. Le site de BJ Nilsen. Quelques inédits à télécharger.
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