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Arcangelo Corelli - "Sonate da chiesa op.3", "Sonate a violino, violone o cimbalo op.5" Enrico Gatti
Les sorties
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L’archange Corelli fut une des coqueluches du XVII. Entré sur le théâtre du monde en 1653 dans une famille cossue de la prospère Emilia-Romagna. Ce sujet à émulation, protégé de la reine Christine de Suède et du cardinal Ottoboni, membre de l’Accademia dell’Arcadia (apôtre de la culture made in Grèce Antique) n’a décidemment pas volé son prénom. Si Mozart fut aimé des Dieux, cet illustre natif d’un village proche de Ravenne fut habité par la grâce. Envoûtant à juste titre ses contemporains avec une production musicale certes réduite mais définitivement ensorcelante. Il n‘aura pourtant jamais cédé aux sirènes du parcours-type du courtisan. En marge d’un système friand de musique vocale, son choix porté sur la musique instrumentale était plutôt osé. Qu’importe, si le talent agit.
A son actif : douze concerti grossi modelés avec merveille sur ce canevas inédit à l’époque d' Alessandro Stradella, assortis de cinq séries de sonates époustouflantes. De quoi faire vibrer l‘Europe à l‘unisson de ce théoricien génial du violon. Son succès réside probablement dans le fait qu’il délivra, dans des compositions tout à la fois académiques mais ouvertes à l’interprétation personnalisée, la substantifique moëlle de la matière italienne. Sa musique a en effet su capter l’essence des territoires d’expectative de son auditoire. Sa musique est profonde, légèrement grave, caractérisée par des dialogues affinés, jouant des contrastes, alternant robes lourdes et limpides, vivaces et lamentatives, spirituelles et profanes. Les dialogues à l’équilibre remarquable - joutes savantes d’ instruments ornés des interventions indispensables de la basse continue - n’en sont néanmoins pas artificiels. Car la composition - loin de s’enferrer dans un classicisme ennuyeux - se libère de la rigidité du cadre. Elle s’en affranchit avec malice par des rebondissements ponctuels, des gradations subtiles et modérées, des persévérances impétueuses, des entêtements circonscrits, des effets dramatiques ou mélancoliques, des finitions inattendues à la versatilité contenue. Et comme toujours, c’est la touche qui fait mouche.
Cette propension à la fantaisie discrète mais continuelle marque à l’encre indélébile l’archet virtuose. L’aptitude de Corelli au débordement contrôlé, à l'épanchement mesuré - invite au vertige et étourdissement - est distillée comme un élixir aux effets secondaires addictifs. Son art ardent , bien que viscéralement baroque, dépasse les codes convenus en arrimant à ce qu’il y a de plus humain en l’homme : l’âme. Il en traduit sur partition des échantillons, des fragments, des saisons, des fulgurances. Le tout repose bien sûr sur une connaissance magistrale, une maîtrise parfaite du violon. «Ce goût de l’éclat délivre une énergie émotionnelle en même temps qu’il s’enivre de son jeu», car «le faste du paraître, cher au Baroque, s’épanouit dans l’aisance du virtuose» - Rémy Stricker. ![]() Au programme de cette chronique, deux albums réédités fin Mai chez Arcana. Deux références agrémentées d’une nouvelle couverture : Sonates pour violon op. 5 et Sonates d’église op. 3.
Enrico Gatti, violoniste formé au Conservatoire populaire de Genève et au Conservatoire royal de La Haye, est à la tête de ces deux essentiels, dont l‘un avec son ensemble Aurora. Spécialisé dans le répertoire du XVII et XVIII, peu de dire qu’il est aguerri au style de Corelli. En attestent sa discographie et sa pratique pédagogique au sein du conservatoire de Novara. Son travail de préparation en amont des deux enregistrements fut conséquent. Il s’en explique admirablement dans le livret d‘accompagnement aux sonate da chiesa, qui, au passage, ont raflé à peu près tout ce que le monde du classique compte de prix. Le livret, pédagogique à souhait, nous introduit au cœur-même de l’esthétisme violonistique du XVII au travers d'un dialogue ingénieux à la Platon.
Enfonçons des portes ouvertes en rappelant que le violoniste joue gros avec Corelli. Car il doit non seulement s’astreindre à suivre scrupuleusement la partition mais aussi peaufiner son interprétation. L’improvisation - élégante adresse du compositeur à son interprète futur - implique de facto un espace de liberté, une marge de manœuvre libératrice, toujours renouvelable et bienvenue.
Tout musicien digne de ce nom sait d’ailleurs à quel point la jubilation de l’auditeur découle d’une symbiose d‘équilibriste. Qu’elle naît en partie de la qualité d’exécution mais aussi et surtout du contournement de la prouesse narcissique. Car le dialogue avec les autres instruments est nécessaire à l’avènement de la qualité, d’autant plus chez Corelli où le travail du dialogue est marque de fabrique.
Sur les deux efforts présents, le challenge est remporté haut la main. Simplicité aérienne, sobriété, complicité des échanges, reflets et lenteur dosée sont au rendez-vous des sonate opus 5 tout comme des sonates d’église. Les premières sont éblouissantes de nuances. Les secondes de retenues douleurs. Le bonus reste indéniablement les posthumes aux couleurs chagrines mais marquantes qui méritent amplement le détour. Enfin, notons - cerise sur le gâteau - la présence, sur les sonates opus 5, de l’émérite violoncelliste Gaetano Nasillo qui concourt de manière signifiante à la réussite de cet album. Prouvant - comme l’énonce avec un ressenti imparable Anne Decoville - que «la musique n'est rien d'autre que l'art de l'écoute... et de la rencontre»
Deux perles baroques qui ont fait, font et continueront de faire date dans l’histoire corellienne.
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