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Arcade Fire - The suburbs (Arcade Fired ? part 2)
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Où le rock-critique sera pris en flagrant délit de récidive de retournement de veste. Arcade Fire, c’est bien ou c’est pas bien ? 2004, Funeral : oui, c’est le nouveau meilleur groupe du monde. 2007, Neon Bible : oui, mais non, c’est de l’arnaque aux sentiments, la prostitution de la ferveur, qui donne tout au premier coup et ne laisse rien.
Après un album aussi démesuré dans ses intentions que faible sur la longueur, la première impression en demi-teinte que laisse The Suburbs est donc de bon augure et donne l’envie paradoxale de s’y plonger plus profondément. Grand bien nous en fasse : sous des dehors presque tièdes a priori, ce nouvel album est le plus dense (malgré une longueur significative) du groupe. La première impression de dilution est en grande partie l’effet du kaléidoscope d’influences affiché par un ensemble qui nous avait habitués à plus serré. Pourtant, l’album se révèle incroyablement cohérent, et centré sur le thème donné par son titre -on parlerait presque de concept-album si cette appellation ne renvoyait pas à d’aussi gênants souvenirs. Voyage proustien, parfois cafardeux et troué d’épiphanies, à travers un passé et une enfance symbolisés par la figure de la ville de banlieue impersonnelle, construite autour de la route vers l’ailleurs, construite pour changer, lieu où se perd la mémoire –voilà ce que sont les Suburbs dépliés en 4 faces et 16 titres.
![]() S’adressant notoirement à l’affect, la musique d’Arcade Fire se prête à merveille à l’expérience d’anamnèse, qui vient notamment justifier la succession des références évocatrices ici présentes, les ballades Neil Young (sublime et émouvante «Wasted Hours»), le son 80s du très Blondie «Sprawl II» (superbement chanté par une Régine Chassagne répondant au Win Butler poignant de «Sprawl I»), les réminiscences indie-pop en rafales et les impulsions springsteeniennes. C’est d’ailleurs l’esprit de The River (l’album, et surtout la chanson) qui coule d’un bout à l’autre d’un disque remarquablement construit. L’attendue transe messianique délivrée habituellement par l’orchestre (jusqu’à l’autoparodie sur de nombreux moments de Neon Bible) se cache désormais derrière des atours plus simples en apparence (la pop canonique et pastorale du morceau d’ouverture, posant nombre des leitmotiv à venir) et explose avec un héroïsme pour une fois d’une bienvenue parcimonie. Les coups d’éclat sont bien présents («Ready To Start», «Half Light II», «We Used To Wait»…) jusqu’à un final absolument bouleversant avec, précédant le retour apaisé du titre introductif, un «Suburban War» paroxystiquement chialant. Il faudrait aussi citer l’efficacité mélodique et le riff imparable de «Modern Man» (ou les Talking Heads reprenant le «Start Me Up» des Stones –quelque chose comme ça), la tension électrique et ascensionnelle du phénoménal «Deep Blue», les guitares de «City With No Children» ou de l’énervé «Month Of May». Chaque écoute fait ressortir un moment différent, une couleur singulière, un souvenir particulier, et c’est ainsi que l’album s’accroche organiquement à vos synapses et aux poils qu’il se plaît à dresser sur votre épiderme.
L’heure n’est plus comme au temps de Funeral à la découverte d’un style, mais les pistes multiples tracées dans les présents sillons donnent à nouveau foi en Arcade Fire, une foi plus riche et complexe. Et dans vingt ans, peut-être ne nous souviendrons-nous plus de la couleur du portail voisin dans la rue de notre enfance, mais il y a fort à parier qu’on écoutera encore avec ravissement ce disque sublime.
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