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Alain Bashung " Bleu pétrole"
Les sorties
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6 ans déjà depuis le dernier album en studio d'Alain Bashung est sorti. "L'imprudence", un monstre musical à des années-lumière de la simple chansonnette à laquelle on associe malheureusement bien souvent tout artiste s'exprimant en français et s'inscrivant ainsi de facto dans une tradition quasi-monolithique et solidement ancrée dans tous les grimoires. "La tournée des grands espaces" est passée par là à sa suite sans oublier de multiples collaborations : Citons son disque "Le cantique des cantiques" en premier lieu mais aussi des projets musicaux (enfin d'autres) avec Rodolphe Burger ainsi que des participations récentes aux albums de Dionysos et surtout de Daniel Darc. L'heure en 2007 donc de remettre le couvert sous son seul nom avec comme à chaque fois pléiade d'invités permanents ou du moins réguliers (Simon Edwards et Marc Ribot par exemple) et puis celles du moment (Gérard Manset en premier lieu mais aussi le guitariste américain M.Ward (de superbes albums de trucs mous de chez mous mais beaux de chez beaux) ou encore Arman Meliès). Mettons en avant Gaetan Roussel, le chanteur-guitariste de Louise Attaque dont les compos (paroles et musiques) servent de trame au disque et l'ont peut-être au final orienté dans la dominante country/folk/pop qui est la sienne. Alors ce nouvel album du tôlier ? Le dossier de presse parle de "Retour à la pop" après l'imprudence "J'ai fait la paix avec la pop music et j'ai eu à nouveau envie de mélodies, de chansons simples" nous dit-il même. L'idée de base était de se concentrer sur l'interprétation donc, sur le chant. On a là en effet un album d'interprète qui s'inscrit dans la tradition d'"Osez Joséphine" (le disque) ou de "Chatterton" mais en finalement plus posé et ramassé (ce qui ne veut pas dire épuré) : - Disque d'interprète parce que Bashung y délaisse d'ailleurs bien souvent la guitare comme le stylo (on a vraiment du mal à imaginer Bashung en train de siroter une bière son I-book sous le nez avec son dossier "nouveaux textes" ouvert n'est-ce pas?). - Disque d'interprète encore quand il reprend du Léonard Cohen à travers la superbe adaptation de "Suzanne" faite en son temps par Graeme Allwright ou quand il s'attaque au monument de son compère Manset, "Il voyage en solitaire", une magnifique chanson à la base et ici simplement jolie (on est objectivement loin de sa merveille d'adaptation des "mots bleus" de Christophe). L'adage qui prévaut c'est en effet "Une idée= Une chanson" avec le dessein de creuser au maximum le sillon mélodique initial, à la différence du dernier album en date, "L'imprudence" où l'on avait plutôt l'impression que l'idée était d'ouvrir l'éventail au maximum ou de sculpter une jolie feuille (morte évidemment) au gré d'une multitude de nervures. La majeure partie du disque propose une trame acoustique sur laquelle la(les) guitare(s) mouline(nt) plus ou moins rapidement (plutôt lentement il faut bien le dire) au gré des sonorités choisies (ukulélé, dobro, banjo, acoustique, électrique) . Pour la minorité des chansons restantes (guère négligeable tout de même attention et en nombre et surtout en qualité) nous nous trouvons face à des pièces musicales plus éparses (plus réjouissantes pourrait-on même dire mais chut) les tempos évoluent, les arrangements prennent leurs aises et quelques libertés avec l'ordre du jour boisé (de la boite à rythme, du piano bastringue ou presque, de la cloche triphasée etc.). C'est donc un disque d'interprète dans lequel l'auteur/compositeur Bashung lâche du lest mais "L'imprudence", en particulier son côté "nouvelles frontières", est tout de même passée par là et on peut raisonnablement penser que le Bashung réusissant le grand écart entre grand public et grand oeuvre sur les morceaux "Osez Joséphine" ou "Ma petite entreprise" voire "La nuit je mens" a peut-être défintivement vécu. "L'imprudence" c'était un massif touffu et dense au coeur duquel on ne voyait que rarement le jour, une atmosphère belle mais pesante. Avec ce nouveau disque on a l'impression qu'Alain Bashung a mandaté une brochette d'intermittents pour étêter un peu le massif, pour laisser un peu respirer le bouzin et y laisser passer un peu de lumière naturelle au travers. Une impression d'écoute similaire en fait au morceau "Mes prisons" (sur "Fantaisie militaire") quand les violons attaquent un couplet et que la guitare oppressante alors se tait. Un pas en arrière peut-être sur le chemin pris par Bashung mais sans perdre tout de même de vue le paysage précédemment proposé sur son disque précédent. Car l'exigence, la méticulosité, le maniérisme peut-être même n'empêchent pas les chansons de ce "Bleu pétrole" de faire souvent mouche. On pourrait faire l'inventaire de chaque morceau et y trouver motif à satisfaction et plaisir d'écoute, une fois de plus avec Bashung, mais contentons-nous de mettre en avant quelques-unes : - La simplicité de "Je t'ai manqué" sur lequel on aurait bien entendu le banjo de David Eugene Edwards (Rappelez-vous Sixteen Horsepower) par exemple, - Le propos de "Résidents de la république" aussi ("Résidents de la république, où le rose a des reflets bleus") surtout quand il s'accouple à une remarquable mélodie, - La belle incantation de "Comme un légo" qui nous prend à la gorge dés les premières mesures pour ne nous lâcher que près de 9 minutes pus tard, - La sublime litanie de "Venus"qui nous prend au coeur (des cordes grattées, une superbe narration, une musique comme d'un autre temps, beau beau beau!), - Le côté gentiment pétaradant du "Secret des banquises" qui fait taper du pied. La pochette illustre (une fois encore chez Bashung) plutôt bien l'atmosphère du disque : Une peinture couleur sombre grisée claire, foncée et noire, un imaginaire lié à une "Ghost town" des grands espaces américains, Alain Bashung au premier plan : Il ne manque rien. On voudrait tâter du bémol qu'on regretterait une relative unicité du chant d'Alain Bashung tout du long de l'album et une tendance à adopter un chant un peu nasillard le plus souvent, tendance qui ne s'imposait peut-être pas tout du long (lui qui modulait si bien sa voix sur "Fantaisie militaire"). On peut aussi regretter que l'ensemble fait décidément bien sérieux, on sait que Bashung n'est définitivement pas un adepte de la "pop pouet-pouet" bien entendu mais il se dégage tout de même une sorte de solennité dans ce disque qui colle bien au personnage certes mais qui ne perdrait peut-être que peu de choses à se détendre un peu. Mais ces quelques regrets restent dans le domaine de l'anecdotique, "Bleu pétrole" est au final un disque cohérent, dense et de grande qualité, un disque qu'il faut écouter plusieurs fois avant de finalement rendre les armes. De ce côté-là rien de nouveau sous le soleil noir d'Alsace et c'est tant mieux. Retrouvez d'autres articles sur Alain Bashung : Et de trois Victoires (de la musique) pour Alain Bashung ! Alain Bashung nous a quittés…
Commentaires
De : deuz' bash n'était pas samedi soir avec s d darc sur la scène de l'olympia, mais la soirée fut grande Insérer un commentaire : |
