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Shungiku Uchida - "La Petite amie de Minami"

La BD
Posté par Olivier Malosse le 2012-05-11



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Une amie mini.

(attention, critique spoilante)

Shungiku Uchida est un personnage hors-normes. Mangaka, elle est également romancière, actrice. Plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma (The Girl of Silence  en 1995, At the mercy of darkness en 2009…), La Petite amie de Minami en série télé, et l’auteure est elle-même passée à la réalisation en 2010.
 
Unique représentante d'une forme inédite de féminisme rageur peu répandu au Japon, où le rôle des femmes oscille souvent entre celui de mère et de poupée, son premier roman, sobrement nommé Fatherfucker, avait fait assez parler de lui (elle y évoquait des problèmes d’inceste qui l’ont poussée, dans sa jeunesse, à fuir la maison familiale). Elle est pourtant encore inconnue en Europe comme aux Etats-Unis. Remercions donc Imho de publier enfin Uchida, dans un petit format tout à fait abordable et adapté à cette histoire d'amour minuscule.
Les amateurs de culture nippone bien secouée ont pourtant déjà aperçu Uchida au cinéma, et en gardent probablement quelques souvenirs émus : c'est elle qui dans la chronique ozuo-pasolinienne Visitor Q de Takashi Miike incarnait la mère archétypale, projetant des litres de lait vers le spectateur en malaxant sa poitrine.
La maternité est un thème récurrent chez Uchida, qui dans la postface de ce livre avoue n'avoir pas voulu d'enfants pendant longtemps. Elle abordera pourtant sa propre grossesse sous un angle très peu mélodramatique dans son manga autobiographique au titre clinique: Nous nous reproduisons (Watashitachi ha hanshoku shiteiru).
Cette thématique apparait bien sûr dans le manga qui nous intéresse aujourd'hui, mais très épisodiquement. La petite amie de Minami aborde la féminité sous l'angle opposé de la "femme poupée", et chose rare, lui donne enfin la parole. Semblable aux beautés endormies de Kawabata ou aux figurines amassées par les otakus fétichistes d'Akihabara, Chiyomi est une lycéenne qui, ayant été rétrécie sous l'effet d'une maladie ou d'un sortilège (ce ne sera jamais réellement expliqué...) se trouve piégée à l'aube de la puberté dans une forme minuscule et érotisée, une vulnérabilité extrême qui restreint ses actions.
Uchida évoque alors le quotidien de Chiyomi, la jeune fille miniature, sous un angle très concret, comme à son habitude : comment se nourrir, uriner, échapper au chat (soudain moins mignon), s'habiller de façon élégante, quand on ne fait que quelques centimètres de haut ? C'est parmi ces considérations matérialistes que se dévoile la relation pleine de tendresse entre Chiyomi et Minami, son petit ami, rythmée de rires, de jalousies, et de quelques situations frustrantes et suggestives. Chiyomi, ayant honte de sa condition, s’est en effet réfugiée chez lui, et il est le seul à la savoir encore en vie, prenant soin d’elle, lui confectionnant sa garde-robe. Le désir du jeune garçon d’objectiver son amie se confond ici avec une certaine complaisance de celle-ci dans cette position infantile : à l’aube de la puberté, il y avait peut-être une tentation de se faire plus petite…
Le trait de Uchida est rond et enlevé. C’est une écriture en image qui relève certes plus du croquis que d’une ambition picturale démesurée, comme si elle saisissant sur le vif les jours de Minami et Chiyomi, les fixant sur un fond souvent uni, sous formes de silhouettes stylisées aux grands yeux ronds. Cela n’empêche pas cependant une expressivité émouvante des visages, une attention aux regards, particulièrement en ce qui concerne la fée Chiyomi, et les troubles que provoque chez elle sa condition.
Si le ton est ici celui d'un quotidien assez léger, le final ne donnera pas dans le happy end ou dans une résolution facile. Le titre de la première histoire, "Parfois, j'ai envie de pleurer" annonce l'ombre qui plane sur ces jours faussement insouciants. Shungiku Uchida ne perd jamais de vue la promesse inhérente à cette érotique de la jeunesse éternelle et de la fragilité. C'est évidemment le mono no aware, cette triste impermanence des beautés triviales. C'est le sourire sardonique de la mort.


Paru aux Editions IMHO





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Commentaires
De : Olivier R.

Article qui donne envie de se jeter sur le livre. Petite question en revanche. Est ce que le bouquin ne puiserait pas son inspiration dans le "Miniature, mémoires de Miss M." de W. De La Mare ?

De : Olivier M.

C'est une très bonne question!

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