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Shaun Tan - "Contes de la banlieue lointaine" (8-10 ans)
La jeunesse
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Les Australiens sont injustement méconnus pour leur art de conter des histoires et c’est un tort que nous allons immédiatement réparer avec ces Contes de la banlieue lointaine. Effectivement, elle est très lointaine, la banlieue en question, puisqu’elle se situe du côté de Perth, posé sur la côte sud ouest de l’île-continent située à nos quasi-antipodes. Heureusement, Gallimard Jeunesse a pensé à nous les ramener de son dernier voyage littéraire, nous prouvant ainsi qu’en Australie, il n’y a pas que le rugby, les Aborigènes, Nicole Kidman et les kangourous. Avec un nom pareil, on imagine aisément Shaun Tan comme issu de l’immigration asiatique. Et ça n’est probablement pas pour rien si ses contes sont empreints d’une atmosphère unique qui mêle l’Orient et l’Occident. De fait, on y trouve un buffle d’eau qui élit domicile sur un terrain vague et indique des directions aux passants qui ne savent pas où ils vont ni ce qu’ils veulent, un scaphandrier perdu le long des voies ferrées qui semble baragouiner le japonais ou encore, par un beau matin, un dugong, sorte de mammifère marin, échoué sur la pelouse du jardin d’un couple chamailleur. Des détails étranges au sein d’un décor familier, donc. ![]() Car les histoires de Shaun Tan baignent dans une ambiance énigmatique, pour ne pas dire franchement mystérieuse, qui les rend uniques, ne serait-ce que par la poésie mélancolique qu’elles recèlent. Comme l’histoire d’Eric, cet "étudiant étranger" venu s’installer quelque temps dans la famille du narrateur, et qui choisit de s’établir dans le placard de la cuisine pour y réviser silencieusement. Le petit personnage fantomatique et discret nous demeure inexorablement inaccessible tant ses références, ses goûts, sa culture sont résolument étrangers au narrateur. Son départ précipité le plonge dans la perplexité, jusqu’à ce qu’il découvre ce qu’Eric leur a laissé comme délicat cadeau de remerciement : un placard rempli de petites fleurs colorées avec un simple mot : "Merci pour votre merveilleux accueil". Il y a aussi cette famille très pauvre, qui croule sous les dettes et les traites à cause d’une maison délabrée dont elle ne peut pas partir, faute de moyens, et qui se découvre un jour, par un malheureux hasard, un extraordinaire jardin intérieur bizarrement localisé entre le grenier et l’étage. Et puis il y a ce conte inquiétant où chaque habitant de la ville se voit confié un missile balistique intercontinental à entretenir et garder chez soi. Petit à petit, les concitoyens s’habituent et, le temps aidant, finissent par trouver un usage parfois original à leur missile à domicile après quelques aménagements techniques : niche pour le chien, maison pour oiseaux, barbecue, cabane de jardin… Ces quinze contes partent généralement d’un quotidien des plus banals pour basculer dans le bizarroïde, de biais, par inadvertance, comme on trébuche du bord du trottoir pour se retrouver dans le caniveau les quatre fers en l’air. ![]() La narration parfois lacunaire est complétée par un foisonnement de dessins servant autant à étayer l’intrigue qu’à mettre en place un univers global, un peu comme si toutes ces histoires se déroulaient dans le même quartier, chez des voisins, de l’autre côté de la palissade. L’étrange et le poétique deviennent dès lors partie intégrante d’un paysage urbain de banlieue ordinaire et l’on n’arrive pas à savoir si l’on doit en être heureux ou non, tant certains de ces contes sont inquiétants. Comme ce monsieur qui, après avoir battu son chien à mort, voit sa maison brûler sans raison, entourée de tous les chiens du quartier. Ou cet épisode énigmatique, comme une page arrachée d’un journal intime, où la narratrice raconte comment, une nuit, elle a dû fuir des poursuivants, l’arrière de son véhicule chargé de neuf tortues à sauver absolument. Certains contes volontairement inachevés peuvent plonger le lecteur dans une perplexité frustrée ou l’encourager à poursuivre dans sa tête l’histoire, aidé d’une multitude de petits personnages, de collage, d’extraits de faux journaux et de notes manuscrites, avec ou sans fin heureuse, mais toujours avec une pointe de nostalgie d’un pays que l’on n’a pas connu. Les Contes de la banlieue lointaine vous seront à la fois familiers et inhabituels, doux et amers, joyeux et tristes, mais ils ne pourront pas vous laisser indifférents. Retrouvez d'autres articles sur Shaun Tan : Shaun Tan - "Là où vont nos pères"
Commentaires
De : Meï Bonjour, Merci pour cette chronique. De Shaun Tan je connais "Là où vont nos pères", une superbe BD sur l'exil. Je suis ravie de voir que MR TAN se met maintenant aux contes. Je vais m'empresser de découvrir ces histoires mystérieuses et oniriques. Insérer un commentaire : |
