On connaît bien des paresseux qui se contenteraient d’avoir eu cette géniale idée de "conserves d’Indien". Oui, oui, une vraie boîte de conserve, ayant permis dès le milieu du 19ème siècle de perpétuer l’espèce sans contrecarrer les plans de la Conquête de l’Ouest.
"Nos Indiens sont capturés au lasso dans les Grandes Plaines. Soigneusement triés, ils sont ensuite conservés selon un procédé exclusif mis au point par Mulligan’s Tradition. C’est ce savoir-faire unique qui vous garantit un Indien plein de vitalité" proclame fièrement la firme Mulligan’s, inventeur du procédé depuis 1879, sur ses boîtes.
Mais les deux auteurs de cette BD aussi hilarante que graphiquement superbe, Samuel Stento et Guillaume Trouillard, ne se contentent pas de cette simple trouvaille qui pourrait se suffire à elle-même et constituer un simple gag isolé. Puisqu’un paisible couple de retraités parisiens fait un jour l’acquisition d’une boîte de famille sioux pour égayer un peu ses mornes journées, Stento & Trouillard jouent le jeu jusqu’au bout et font de
La Saison des flèches le plus épatant des westerns pro-Indiens jamais produits en France, tous supports confondus.
Car Gérald, Marie-Paule et Sylvain, comme les ont baptisé Agnès et son mari, le narrateur de cette épopée d’appartement, n’arrivent pas tout seuls dans leur trois pièces : ils y importent aussi leur mode de vie et leur environnement naturel. Tant qu’il s’agit de croiser un troupeau de bisons en allant se préparer le petit déjeuner du matin, ça va encore ; mais quand des orpailleurs ont vent d’un possible filon dans l’évier et vous refont la ruée vers l’or dans votre cuisine, ça commence à poser problème…
Tout est à l’avenant dans
La Saison des flèches (où l’on croise aussi Edward S. Curtis venu naturellement prendre quelques clichés dans le salon), que l’on pourrait aussi sous-titrer
Extension du domaine de l’habitat urbain, puisque, rapidement, il faudra plusieurs jours de marche pour aller de la chambre à la salle de bain, bivouaquer dans un igloo au péril de sa vie avant de tenter de résister à l’assaut des visages pâles…
La Saison des flèches est évidemment une allégorie à peine dissimulée du cynisme avec lequel les Américains ont exterminé les Amérindiens tout en conservant quelques échantillons de l’espèce, comme on préserve quelques pandas ou tigres blancs dans les zoos. Mais ses auteurs le font avec un tel esprit, un tel sens du nonsense et de rigueur narrative dans l’absurde que l’on prend d’abord un énorme plaisir à suivre cette vraie BD d’aventures en appartement. Graphiquement, le livre varie les genres avec bonheur, du faux documentaire aux simili peintures rupestres en passant par quelques planches hantées par le souvenir des cowboys pataphysiciens de Glenn Baxter.
Vous aussi, avec
La Saison des flèches, mettez un Sioux dans votre vie !