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Roberto Bolaño - "Le troisième Reich"

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Posté par gee wee le 2010-06-28



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Œuvre écrite en 1989, le Troisième Reich constitue une parfaite entrée dans l’œuvre dense, complexe de Roberto Bolaño quand il contient en germe les thèmes et le style de l’enfant terrible de la littérature chilienne.
Hanté par le souvenir d’une femme, Udo revient en Espagne dans l’hôtel où il descendait avec ses parents enfant. Des vacances durant lesquelles il débute un journal et rédige un article sur le « sport » dont il est le champion, le Troisième Reich, un jeu de stratégie où il reconstitue les campagnes de la seconde Guerre Mondiale. Cette activité lente, minutieuse, de reconstitution de l'histoire – comme un film que l'on se repasse indéfiniment pour déceler les derniers faux raccords, les plans trop longs – le maintient en retrait du commun vivant (son amie Ingeborg, un couple d'Allemands rencontrés sur place, des Espagnols) qui aime la plage, les polars grand public et les discothèques.

Lente et puissante, l’écriture de Roberto Bolaño parvient à transcrire les minuscules détails du quotidien qui finissent, accumulés et digérés par un psychisme fourmillant, par susciter une angoisse d’être comme si une brume peu à peu recouvrait le monde. L'esprit lucide, certain, supérieur d'Udo s'effrite et vacille dans ces moments où la réalité se dissipe (ou bien révèle-t-elle justement son étrangeté), les moments où sa réalité adolescente ne décrit plus l'environnement hostile et autonome qui s'agite autour de lui.Il ne peut s'efforcer d'y résister qu'en y répondant à l'aide du seul langage qu'il connaisse : le jeu. Mouvements stratégiques, dissimulation, sape morale. Le soleil et les amis se délabrent en pluie et en solitude. Les personnes que je rencontre sont-elles des généraux qui m'encerclent ? La fièvre, la sueur. Suis-je moi-même l'infanterie qu'un esprit supérieur déplace sur le plateau espagnol ? La fatalité comme résolution des rêves, des fantasmes, des réalités tout entremêlés en tensions conduit le livre dans sa lente entropie. Udo est pris dans la tranchée qu'il creuse patiemment avec son journal, autant qu'on imagine qu'un Bolaño total vit dans les murs qu'il édifie avec ses livres.

Le Troisième Reich est un roman poreux, au rythme lent de l'égrenage des jours qui conduit dans son implacable continuité à un paroxysme diffus rejetant, comme l'océan finit par rejeter les corps, la vie et la vision d'Udo irrévocablement changées.


roberto bolaño






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