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Pep Coll – Le sauvage des Pyrénées (Actes Sud)

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Posté par Marion Oddon le 2010-07-04



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L’histoire dont il est question ici revient aux sources de notre civilisation, savourant l’intemporalité des terres meubles et la découverte d’une paysannerie fruste, elle nous plonge au cœur de la Catalogne de la fin du 19ème Siècle, dressant un portrait effacé des us et coutumes de ce pays reclus, les dépeignant par touches dont aucune ne se recoupera pour former finalement la Grande Histoire.
 
Pep Coll s’intéresse en effet à travers cette terre non à sa région mais à la résurgence du mythe de Robinson. Pas celui qui se perdit un jour sur une île déserte un peu par hasard, mais à celui qui décida avec opiniâtreté de créer un nouveau monde à son envie, en dehors de tous protocoles préexistant. On n’en saura donc pas tellement plus sur cette région à cette époque où peste et religion dictaient les conduites, à part ces quelques bribes de civilisations liant le tout, et rappelant que tout Sauvage se définit en premier lieu par le jugement des Autres à son égard.
 
Ce livre d’une lenteur confortable, presque savante, est dominé par la quiétude de ceux que rien ne peut arrêter dans leur entreprise, aussi folle puisse t-elle paraître aux yeux des autres. Sir Ventura, né d’une famille de notables paysans de la ville de Malpui, étudiant instruit et brillant, décide un jour de quitter les ordres et les Hommes pour créer ce qui lui semble un monde juste sur la terre du Replat. Une terre aride qu’il rendra fertile à force de patience, d’écoute, et d’une douce folie qui l’habite. Pour parvenir à ses fins, il endossera coup à coup les habits du notaire Bonaventura Mir, grâce à qui il rédigera la constitution du Replat, et ceux du paysan Ventura Mir, illettré mais connaisseur dans l’art de cultiver. Une schizophrénie salvatrice qui lui permettra de vivre en parfaite autonomie sur sa terrasse surélevée, mais qui ne sera pas pour autant synonyme d’autarcie. Il développe en effet à sa manière un lien avec l’extérieur permanent et productif, marquant le village du bas de sa semence éclairée.
 
On en vient à la lecture de ces pages à écouter plus attentivement le chant des oiseaux, à étudier le schéma tactique des itinéraires-fourmis, à sentir avec prégnance les fougères et la rocaille sous nos pieds nus. Roman initiatique. Roman d’amour aussi. Pep Coll marche dans l’ombre de Rousseau avec humilité, à sa mesure, lente et tatillonne. Et derrière cette apparente austérité se dévoile, comme toute robinsonnade, une philosophie de vie différente. Ici l’Anarchie se combine avec le respect des lois justes mais la négation des ordres faux, et la liberté se conquiert grâce à l’intransigeance et la foi pour ces idéaux.
 
Il s’agit en fait avant tout ici d’un livre utopiste dans son objet mais réaliste dans ses descriptions de la vie quotidienne, qui parfois font penser à notre cher Villon, le goût de la taxinomie en plus, le sang plus menstruel que politique.
 
 
« Elle alla directement chez Remei. A en croire sa sœur, son dernier recours, c’était la Quima del Olis, une guérisseuse de Tarrega, experte dans tous les maux et les problèmes des femmes. […]
 
Ni la première ni la deuxième tisane ne firent effet, juste un peu mal au ventre. La troisième fut horrible, elle pensait qu’elle allait s’écouler jusqu’à mourir, ou pire éclater, comme si on lui arrachait les tripes, les reins, la vessie, tous les viscères du ventre baignés de sang. Seule l’expression de la Quima, sereine et confiante, lui apportait un peu de réconfort. Alors qu’elle se remettait, dans cette pièce sinistre, aussi petite qu’une coquille d’amande, la matrone s’enquit du coupable de toutes ces souffrances.
_ Raconte-moi tout, purée. Maintenant que tu as le ventre propre, il faudrait bien que tu t’enlèves aussi la saleté du cœur.
S’il y en a encore »
(p.148)
 


Pep Coll – "Le sauvage des Pyrénées", ed. Actes Sud, sortie Juin 2010, 300 pages.
traduit du catalan par Edmond RAILLARD et Juan VILA




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