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Olivier Larronde - "Les barricades mystérieuses"

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Posté par Elysia le 2010-02-08



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Il en est de ces ‘peigneurs de comètes’ - pour reprendre l’expression de Corbière que réutilisera Rinaldi pour qualifier notre petit prince - comme de la beauté assise sur les genoux pour celui qui vit une saison en Enfer - car l’archange poète foudroyé en pleine ascension littéraire mais en réelle débâcle personnelle - j’ai nommé l’habité Olivier Larronde - né en 1927, aurait bel et bien pu être un frère du rimbaldien exilé en Abyssinie. Maudit sang mauvais pour sûr, néanmoins.
 
Pour des raisons liées aux goûts, aux modes, Olivier Larronde demeure indéniablement circonscrit à une lointaine galaxie saluée par un nombre limité d’initiés, malgré des démarches passionnées pour son entrée au panthéon des poètes - en vrac, Rinaldi qui s'en fit l’ardent défenseur au milieu des années 80, suivi en 2002 par l'exigeante maison d'édition - Le promeneur - qui lui consacra une magnifique intégrale. Ce diamant, dont l’incandescence du Verbe mêlait la rencontre de la préciosité ronsardienne aux visions surréalistes, eut pourtant à coeur de battre au fer, au soufre et à la boule de feu, son art poétique. Provoquant, dans le télescopage des mots , l’émergence de l’image en une alchimie tranchée net, tenant tout à la fois de la flamboyance baroque et vertigineuse puissance évocatrice de Baudelaire que des résonances incantatoires de Mallarmé, même si, dans la déconstruction du langage, il faut bien admettre qu'il n'en atteindra ni les sommets ni les gouffres hermétiques. De son art poétique, il expliquera - 'L'acte allait autrement dans la mesure immanquable où j'expire en mots ouvets pour le désoeuvrement [...] De ces travaux de désoeuvrement, ils fondent une rhétorique à décomposer le réel puis à ne le retenir qu'à une scintillante condensation, la rosée de ses motifs, arguments et variations'.
 
Si le monde le relégua peut-être - dans le bénéfice du doute, les points de suspension - aux oubliettes des scribouillards allumés au réverbère des agitations mentales, ses contemporains lettrés, eux, ne passèrent pas à côté de ce zazou illuminé au sens strict comme au sens figuré - locataire funambule tenace des bistrots parisiens. De Cocteau à Eluard, en passant par Char, Bachelard - tous, à sa mort survenue en 1965 - le couvrirent d'éloges - même le difficile Genet qui lui accorda ce compliment - 'il a su trouver ‘son ton de voix’'.
 
Pour resituer le parcours de Larronde, son enfance - très heureuse - se déroula entre un père, Carlos Larronde* , journaliste à l’Intransigeant, critique littéraire, auteur de plusieurs recueils de poésie, poète des ondes*, et une soeur, Myriam, très aimée - une enfance passée donc dans une atmosphère de carphanaüm résolument bohème, où l’émulation créatrice se disputa de bien beaux combats avec la soif de connaissance. Une enfance broyée par deux évènements définitifs - la disparition de Myriam à 14 ans, suivie par celle du père. Témoin de cette époque endeuillée ainsi que du reste de sa courte vie, Jeannine Derriaz - dite Diane - confidente constante, livrera, dans son livre de mémoires, des pistes d'explication tangiblement acceptables à la germination urgente du premier recueil de Larronde - Les barricades mystérieuses. L'expérience de l'absence définitive.
Il restera en effet alité un mois durant, suite au décès de son père, l'appelant désespéremment de toutes ses forces. Frôlant les abîmes de la folie. Acrobate - voilà la transmutation psychologique qui fit éclore le nouvel Olivier, s'appuyant sur la base d'un laboratoire démiurgique - celui de l'art. Cocteau apportera d'ailleurs à cet effet un complément d' éclaircissement 'Son équilibre n'est ni l'équilibre de l'inconscience, ni l'équilibre des somnambules. il l'a voulu. Il le veut'.
 
Quinze poèmes constituent le corpus de l'entrée en matière poétique que sont les 'barricades mystérieuses' s'ouvrant sur Gelée Blanche.
La minéralité, l'organique, l'anatomique - trois entités nerfs névralgiques du creuset - viennent nourrir en aval par des wagonnets d'inspiration multiple mais simple les rails d'inventivité pour capter le suc du jet animal premier ainsi que transfigurer les élans des corps dans leur fébrilité, leur fourmillement, leurs égarements. Car la poésie de Larronde est - soyons clairs - délibéremment charnelle. Les champs lexicaux de la flore et la faune s'entremêlent pour faire surgir dans le vif les visions poétiques. L'animal-objet y est à cet effet constamment sollicité - 'Des langues de pécheurs en mouettes fécondes' - 'Ces poissons japonais, c'est l'onguée sur la place où s'enferme une aiguille et change de prison' - 'La forge en couleuvres se perd'.

Le motif de la rose, également très présent dans ce recueil, emprunt au néoplatonisme de la Renaissance, voire à la terminologie catholique - se fait chambre d'écho de la beauté fragile des choses soumises à l'implacable pouvoir du temps - 'La fleur déclose me prive de tout comme elle abandonne un fruit. Mon sang charrie des glaçons, fleur de la récolte quand le cortège de ce soir m'ouvrira les veines ' - in Vendanges - tandis que la mer et ses référents sculptent inlassablement sur les grêves sableuses des aspirations, les rets des sensations comblantes. Volatiles, pas si sûr mais fulgurantes tentatives de transcendance, certainement. 'Je veux faire  l'amour à la mer comme un fleuve que d'humides foulards m'entortillent encore'. in Le baptême des larmes. 'Dans ces linges, ô mer, nous nous désenlaçâmes' in Travaux d'aiguilles de pin.
 
Sa poésie lumineuse, généreuse - plusieurs poèmes sont en effet des dédicaces - de Cocteau à Beaurepaire - l'en est une quintessence de jouissance, arrachée dans une transe presque dionysiaque, au spectre fumeux des consolations incurables car en dehors de toute maîtrise.
Cherchant 'le prestige des vagues', 'les roses de la mer font de tels barbelés'. A goûter sans restriction et y revenir.
 


 
Bibliographie -
 
- Olivier Larronde - Les barricades mystérieuses - éditions L'arbalète - 1990.
- Olivier Larronde - L'arbre à lettres - éditions L'arbalète - Décines - 1966.
- Olivier Larronde - 'Rien, voilà l'ordre' - éditions L'arbalète - Décines - 1984/
- Oeuvres poétiques complètes - Le promeneur - 2002.
* Monographie de Carlos Larronde par Christopher Todd - L'harmattan - 2007.
Diane Derriaz - 'La tête à l'envers - souvenirs d'une trapéziste chez les poètes' - Mars 1988 - Albin Michel éditeur.
 




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Commentaires
De : saga

Sortie tout juste des oeuvres d'Antonin Artaud, je découvre cet article sur un auteur que je ne connaissais absolument pas...Mais qu'à présent, il me brûle de découvrir !
Bravo à la rédactrice de ce post, c'est un plaisir de la lire, et cela vaut pour tout le reste de ce blog, que je ne me lasse pas de décortiquer...

De : elysia

Antonin Artaud... indispensable penseur ;) Il en faudrait tellement plus de ces défricheurs de déjà-vu :)
Quoi qu'il en soit, merci pour ton message chère Saga - j' ajouterai bien volontiers que si j'ai rejoint Culturopoing, c'est justement pour la qualité de ses petits diablotins en plume. Particulièrement côté ciné, il y a des oiseaux rares ;)
Bien douce soirée à toi.

De : Infernalia

Pour ce qui est d'Antonin Artaud, je me demande si on peut vraiment se remettre de la lecture du "Théâtre et son double" qui ne cesse après lecture d'accompagner la manière d'appréhender l'Art en général... Je crois vraiment qu'Artaud sur ce point a vraiment changé ma vie et m'a même permis de mieux saisir pourquoi la dimension pulsionnelle de certaines oeuvres me parlait autant.

De : daxel

Les poèmes de Larronde sont parmi les plus idiots, puérils et mal écrits qu'on puisse lire dans toute la poésie française. .

Issu d'une famille de la grande bourgeoisie, parasite de la Bohème littéraire, grand habitué de Saint-Germain-des-Prés, homme de réseaux beaucoup plus que d'un génie encore à démontrer, il est l'antithèse exacte du poète maudit tel qu'il se présente tout au long du XIXe sicèle. Ajoutez à cela que les Barricades mystérieuses est aussi le titre d'un récueil de poésie de Maurice Blanchard, paru dix ans avant celui de Larronde, et vous aurez une idée du réel apport de sa poésie.

Je m'étonne que certains trouvent encore des qualités à un poète qui en est si évidemment dépourvu. Mettons ça sur le compte du snobisme des happy few.

De : daxel

PS. Eluard, Bachelard et Cocteau étant disparus avant 65, on voit mal comment ils aurait pu le couvrir d'éloges " à sa mort ". D'autant qu'il est bien dit en introduction à ses Oeuvres complètes qu'Aragon, Eluard et Seghers - excusez du peu - le tenait en piètre estime.

Il faut lire aussi les jugements stupides que Larronde profère sur les plus grands poètes de son temps - Valéry, Char, Saint-John Perse, les surréalistes, sans même parler de Lautréamont - pour se perduader de la " bêtise jalouse " de ce parvenu des lettres.

De : elysia

Cher Daxel,

Après replongée dans les sources - car il y en eut - tu as parfaitement raison. Question d'étourderie. Les éloges ne furent pas tous post-mortem - il y eut mix - mais toutes les personnes citées ont bel et bien salué Larronde. C'est un fait acquis. Trouver des jugements opposés, rien que de bien normal - cette chronique n'est ni un exercice journalistique de mise en relation de sources diverses à recouper ni une critique littéraire digne de figurer dans Lire ou le magazine littéraire. Encore moins en presse universitaire. Juste un coup de coeur un tant soit peu appuyé.
Les avis divers aideront les lecteurs à se faire leur propre avis et c'est tant mieux!
Dans tous les cas, ravagée - oh! - sans le savoir - vraiment! - par un microbe étrange, je te souhaite, en happy state of mind, un 'keep cool and collected, my dear' ;)



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