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Nine Antico – "Coney Island Baby"

La BD
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-07-21



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En dépit de son titre, Coney Island Baby n’est pas une biographie de Lou Reed (du nom d’un de ses plus beaux albums et d’une de ses plus belles chansons). Ce deuxième roman graphique de Nine Antico (après le remarqué Goût du Paradis) est pourtant bien une biographie, romancée (mais peu : elle estime la part de faits réels à 95 % et s’est beaucoup documentée), de deux figures ayant connu le destin américain classique : ascension, gloire, chute, rédemption. Enfin, quand on parle de Bettie Page et de Linda Lovelace, puisque c’est d’elles qu’il s’agit, il faut s’entendre sur le mot "rédemption".
Ayant fini leur vie dans un grand dénuement matériel, après une période de graves troubles psychologiques pour l’une (Bettie Page, internée plusieurs mois pour schizophrénie), Bettie et Linda sont en effet mortes "sauvées", au moins à leurs yeux. La première par sa dévotion tardive à Dieu, la seconde par sa croisade (sans nuances) anti-pornographique.

Car, pour ceux qui l’ignoreraient, Bettie Page et Linda Lovelace ont fait carrière dans l’"industrie du sexe" (plutôt soft pour la première, nettement plus hard pour la seconde, qui a révolutionné le genre et la pratique de la fellation avec Gorge profonde) et l’ont toutes deux payées au prix fort, au point d’avoir plus (Linda) ou moins (Bettie) maudit ces années de gloire dont le plaisir et la griserie ne semblaient pourtant pas absents.
Mais puisque leurs trajectoires sont emblématiques, l’idée scénaristique de génie de Nine Antico est d’imaginer qu’elles puissent servir de fables édifiantes pour deux aspirantes playmates. Il est d’ailleurs particulièrement savoureux de feindre de croire que l’omnipotent Hugh Hefner, fondateur et patron de Playboy, puisse ainsi consacrer autant de temps à tenter de décourager deux ravissantes et naïves jeunes femmes de rejoindre son écurie. Nine Antico n’est évidemment pas dupe mais ce rôle de deus ex machina confié à "Hef" est une autre brillante trouvaille d’un livre réussi à tous points de vue.

"Coney Island Baby"

Car Hefner a bien sûr connu Bettie Page et Linda Lovelace, davantage la seconde, apparemment, qui posséda un temps le très convoité pass d’accès permanent à la mythique Playboy Mansion (la description de son fonctionnement, au gré des apparitions de Hefner, est l’une des plus belles réussites du livre). Il a surtout joué un rôle clé dans la représentation du sexe dans le culture mainstream américaine et, de ce fait, mondiale.
Bettie Page et Linda Lovelace ont fait partie de celles qui en ont profité, sans l’avoir d’ailleurs jamais réellement recherché, à une époque où le sexe n’était pas encore un domaine où l’on pouvait imaginer faire carrière (à l’exception de la prostitution, évidemment), à la différence de nos deux wannabe playmates d’aujourd’hui (plus précisément de 1999, avant les morts respectives de Linda, en 2002, et de Bettie, en 2008).
Toutes les deux se rêvaient actrices, elles le furent, d’une certaine façon, mais pas de celle qu’elles avaient espérée, comme Vivien Leigh pour Bettie ou Carole Lombard pour Linda. Bettie Page a même appris la fameuse "Méthode", celle de l’Actor’s Studio, qui ne lui fut évidemment pas d’une grande utilité pour les films qu’elle fut amenée à tourner. Linda Lovelace, elle, s’essaya à la scène, pour un résultat désastreux.

"Coney Island Baby"

Nine Antico alterne habilement ces deux destins parallèles, qui lui offrent l’occasion d’évoquer deux périodes bien distinctes de l’Amérique du 20ème siècle : les années 40-50, plutôt puritaines et répressives, et les années 70, celles où la libido s’assumait plus ouvertement, y compris celle des "grands de ce monde" (comme Jackie Onassis, ex-Kennedy, allant fièrement voir Gorge profonde au cinéma à sa sortie). Dans les deux cas, elle a tendance à magnifier physiquement ses deux héroïnes et l’on devine une petite tendresse particulière pour Bettie Page, qui apparaît ici loin de son image d’icône un peu sulfureuse (reine du bondage 50’s). Son dessin ne recherche pas l’esthétisme à tout prix, ne joue pas la carte (sans doute tentante) de la surenchère érotique et encore moins pornographique (en même temps, quand il s’agit de représenter une fellation ou un fistfucking, Nine Antico ne minaude pas) et garde toujours une certaine douceur sexy. L’auteur évite également le défilé ininterrompu de stars (Bettie et Linda en ont pourtant croisées) mais ne rate pas quelques portraits savoureux, comme celui, goguenard, de Sammy Davis, Jr. (on vous laisse le plaisir de la découverte de ses frasques avec Linda Lovelace), ou celui, plus ambigu, de Chuck Traynor, compagnon/agent pygmalion de Linda aux manières brutales de pimp (qui exerça ensuite ses "talents" avec Marilyn Chambers).
Une belle façon, parmi d’autres, pour L’Association, l’éditeur de Coney Island Baby, de fêter son 20ème anniversaire avec ce succès public et critique amplement mérité.





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Commentaires
De : Marion

Très bon livre et très belles lignes !

De : Cyril C.

Au tour de Linda Lovelace d'avoir droit à son biopic au cinéma ! Et il s'agit d'un projet, disons, curieux...
Puisque son rôle sera tenu par Lindsay Lohan, bien plus connue pour ses frasques et son statut de people que pour sa carrière d'actrice, pour l'instant assez maigre. Le tournage commencera quand elle sera sortie de cure de désintox. Autant dire qu'il est bien possible que le film ne soit jamais tourné...
En tout cas, il doit être réalisé par un certain Matthew Wilder, inconnu ici mais déjà réalisateur d'un film, "Your Name here" (2008), où Bill Pullman incarnait un écrivain de SF très inspiré par Philip K. Dick. Décidément, ce Wilder a le goût des personnages à la psyche compliquée...
Lindsay Lohan a juré ses grands dieux qu'"Inferno" (le titre du film, sans rapport avec le classique d'Argento) ne serait en rien pornographique. Gaffe, quand même : l'une des comédiennes de "Your Name here" est Traci Lords (même si on sait que Traci s'est rhabillée depuis déjà pas mal d'années)...

De : Cyril C.

C'est marrant mais on n'est pas très surpris d'apprendre que Linda Lovelace se soit finalement faite éjecter du projet d'"Inferno"...
Et c'est donc la Suédoise Malin Akerman (qui donnait déjà de sa personne dans "Les Femmes de ses rêves" ou "Watchmen") qui interprètera Linda Lovelace dans ce biopic.

De : Nam

Tu voulais certainement écrire Lindsay Lohan puisque la regrettée Linda Lovelace est partie il y a huit ans déjà...
Bonne journée.

De : Cyril C.

Eh oui, bien sûr ! Il faut croire que je ne m'y fais pas...

De : Cyril C.

Le casting d'"Inferno" se complète ! Et plutôt joliment, puisque c'est Matt Dillon qui jouera Chruck Traynor dans le film de Matthew Wilder...

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