Pour les gens ayant grandi comme moi dans les années 70, la découverte des aventures dessinées d’
Alix a provoqué un certain émoi en découvrant le nom de l’auteur. Hein ? Quoi ? Comment ? Jacques Martin ? Le monsieur de la télé ? Celui qui colle des 10 à tous les mouflets qui massacrent les chansons qu’on entend chez les Carpentier ?
Ben non, pas lui. Le Jacques Martin en question était un peu plus âgé et bien moins médiatique. Et surtout bien moins célèbre que le héros qu’il avait inventé, Alix, donc, ou même son autre personnage récurrent, Lefranc.
Alix est probablement la première bande dessinée à (très) grand succès se déroulant dans l’Antiquité romaine. A la différence d’
Astérix, qui lui est bien postérieur (1948 pour
Alix, 1959 pour
Astérix) et incarne jusqu’à la caricature revendiquée le "pur Gaulois" patriote, Alix peut être considéré comme un vrai "Gallo-Romain" puisque Gaulois d’origine mais adopté par un riche Romain. Autre différence très notable avec
Astérix : là où la BD de Goscinny et Uderzo jouait totalement la carte de la comédie souvent parodique et bourrée d’anachronismes drôlatiques,
Alix était extrêmement sérieux et salué pour la rigueur de sa documentation historique. Dernière différence : si l’amitié bourrue d’Astérix et Obélix n’a jamais laissé la moindre place à l’ambiguïté sexuelle, il était très loin d’en être de même pour celle liant le héros de Jacques Martin et le jeune adolescent égyptien (14 ans…) Enak, faisant vraisemblablement d’
Alix la première BD crypto-homosexuelle grand public.
"Ambiguïté sexuelle" concernant Alix, disons que c'est un euphémisme...
On retrouve d’ailleurs le même type de rapport équivoque, évidemment pas explicite (nous sommes dans les années 40-50, l’époque ne s’y prête guère, surtout dans les publications pour la jeunesse), dans les aventures du journaliste Guy Lefranc, créées en 1954 pour le
Journal de Tintin et marchant autant dans les pas du célébrissime reporter d’Hergé que dans ceux des héros d’Edgar P. Jacobs, Blake & Mortimer.
Bien que Français d’origine, Jacques Martin peut d’ailleurs largement être affilié à l’école belge dite de la "ligne claire" (il avait fait ses études artistiques en Belgique, ceci expliquant largement cela).
Sans en assurer toujours le dessin, Martin continua à suivre jusqu’au bout les aventures d’
Alix et de
Lefranc, tout en développant parallèlement d’autres séries, toujours ancrées dans un contexte historique bien particulier :
Jhen au Moyen-Age,
Arno sous Napoléon,
Keops et
Orion respectivement dans l’Egypte et la Grèce antiques,
Loïs au XVIIème siècle.
Il est mort en Suisse le 21 janvier 2010.