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Milan Dargent - "Le club des Caméléons"
France
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La littérature enfantine des années 70, de Martine au Club des Cinq a eu un fort impact sur les cerveaux des quarantenaires désabusés, régressions aux mistrals gagnants et tentatives d’adolescence éternelle en cœur de proue d’une vie qu’on souhaite perpétrer en blouson noir « for ever ». (On peut se demander ce que deviendra la génération des années 2000 pétrie d’Avatar et autres seigneurs d’anneaux ?).
Milan Dargent s’est fait rattraper par cette satanée quarantaine il n’y a pas si longtemps, et son club des Caméléons sonne comme une ultime tentative pour se rapprocher d’un passé révolu. Bigarrée et polissonne, il se remémore cette adolescence faite de musique, de copains et de premières bêtises partagées…
Sans aucune velléité de révolutionner la littérature ou les codes de l’autobiographie, Milan Dargent trace les contours de son enfance avec un vocabulaire simple et direct, mais une sensibilité intrinsèque qui donne du relief à cette suite de portraits. Car pour parler de lui, Milan a décidé de parler de tous les autres, tous les garçons et la fille qui ont participé sans le savoir à son éducation…
Un livre qui peut s’ouvrir comme une série de nouvelles, mais est avant tout un roman kaléidoscopique, où l’on constate que la vie de notre auteur est faite d’anecdotes somme toute assez banales, mais tellement universelles…À moins que ce ne soit la vie elle-même qui ne se définisse par ces épisodes anodins…
Tout commence par Youki, le chien du petit Milan, qui un jour d’hiver se fit la malle, et laissa son maître en proie à ce sentiment d’abandon qu’il lui faudra supporter toute sa vie.Et alors s’enchaîneront les Théodore, Lou, Bill, Fred, André et cet énigmatique Parrain, clochard céleste, qui marquera la frontière entre rêve et réalité dans les souvenirs du grand Milan. Des prénoms qui s’incarnent dans des inconnus de chair ou dans des icônes de papier glacé, et qui engendreront dans l’esprit fantasque du jeune Milan des professions comme celle de Van Gog, ou des remords, comme celui de ne pas avoir pu chanter Maldoror avec son ami Isidore.
Le club des Caméléons n’a en fait pas grand-chose à voir avec celui des Cinq, plus réduit et moins soudé, il fait plutôt référence à Ric Hochet, un disciple de Tintin, dont on retrouve les traces dans les pages de ce livre. Ce club vit, et s’interroge : comment mister Reed a détrôné Docteur Bowie ? Comment Marion a-t’elle été remplacée par Fred ? Pourquoi les chiens sont-ils infidèles ?
Quelques questions colorées et pleines de tendresse sur un temps définitivement révolu, la nostalgie s’insinuant progressivement et la légèreté faisant bientôt place à une impression diffuse d’une vie qui ne se rattrape pas…
« JEAN
J’ai cru voir son visage dans la foule et, par réflexe, j’ai fermé le poing, comme pour attraper un papillon. Où est-il celui-là ? Me suis-je alors demandé. Où est-il celui dont je fus si proche si longtemps ? La foule anonyme continuait sa course, avec ou sans Jean, droit devant. Je continuais la mienne, dans le sens inverse, trop pressé pour revenir sur mes pas. Quand on a vraiment perdu quelqu’un, ce n’est tout de même pas pour le retrouver comme ça, au hasard, dans la première foule qui passe… »
p.139
Le Club des caméléons, Ed. Le Dilettante, 158 pages, 14 € Date de parution : janvier 2010.
Commentaires
De : pierre Un petit livre des plus agréables, qui se lit avec gourmandise. Insérer un commentaire : |
