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Martin Crimp – "Atteintes à sa vie" (théâtre)

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Posté par Marion Oddon le 2010-03-14



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A la manière du premier film de Christophe Honoré*, Martin Crimp s’amuse à décliner 17 moments clefs de la vie d’une femme inconnue : Anne.
 
17 scénarios pour le théâtre qui contourent et déclinent, formant des prétextes à l’expérimentation et à l’improvisation. Martin Crimp, qui depuis ses débuts aime à développer un théâtre de l’absence, un théâtre de la violence et du deuil selon Elisabeth Angel-Perez, revient avec "Atteintes à sa vie" sur cet espace de l’ailleurs, difficilement appréhendable et sujet à interprétations.
 
Anne se décline sur dix-sept tableaux flous, sans pour autant être présente dans aucun d’eux. Miroir féminin de la pièce "Le traitement" (sortie en 2002 chez l’Arche), description de ce que "l’art doit faire à la vie pour qu’elle devienne l’ombre d’elle-même ", Anne devient cette ombre énigmatique, tantôt femme, tantôt nation ; Parfois chair, souvent idée.
Martin Crimp joue avec nos repères, et crée un réceptacle capable d’accueillir des corps, des sentiments ou des concepts, représentant les blessures de l’être humain ou les dérives de nos sociétés…
 
… Tout commence par des messages laissés sur le répondeur… Des messages sans destinataires pour les entendre, si ce n’est nos oreilles indiscrètes, témoins involontaires. Des suites d’allusions qui en quelques mots nous dressent les premiers contours d’Anne, pute et enfant, exilée ou en fuite, amante ou suicidaire… Anne qui deviendra vallée, voiture ou terroriste… Anny, perdue dans une ville (un pays ?) sans nom…
 
Sous ce prétexte de personnage, la critique d’une société annihilée par les apparences, une société suicidée par ses propres créations, meurtre infanticide, suicide collectif ignoré, car la machine tourne encore mais le cœur bat-il ? Anne existe t-elle ? Vit-elle toujours ou est-elle déjà morte ? Les « atteintes à sa vie » sont autant de moyens (d’enjeux) de prouver qu’elle est encore dans l’humanité…
 
Le dispositif pourrait paraître obscur, mais le texte, bien que fragments, construit une entité tangible, auquel on pourra s’identifier ou s’attacher. Une écriture poétique, vivante, entraînante, et un jeu de l’esprit surprenant. Surtout du théâtre à lire, avec force et passion.
 
 
 
Extrait :
« 
_ « Cette pauvre fille ».
 
_ …oui, cette pauvre fille a besoin d’aide – et à aucun moment, tu le sais bien, je n’ai suggéré qu’il faudrait/ « l’obliger ».
 
_Besoin d’aide ? Vraiment ? Et qui pense ça ? Goebble ? Joseph Staline peut-être ? Anne n’anticipe-t-elle pas en fait les conséquences terrifiantes de cet argument en nous demandant ce que signifie exactement « aider » ? Ne nous dit-elle pas « Je ne veux pas de votre aide » ? Ne nous dit-elle pas « Votre aide m’oppresse » ? Ne dit-elle pas que la seule façon de ne pas être victime de la société patriarcale de la fin du 20ème Siècle est de devenir sa propre victime ?

N’est ce pas la vraie signification de ces atteintes à sa vie ? »
(p.59)
 
 

 
 
*17 fois Cécile Cassard (2002)
 




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