
|
Mahmoud Darwich – "Le Lanceur de dés"
Etranger
|
![]() ![]() |
|
Avec un poète comme Mahmoud Darwich, on se prend forcément à vouloir chanter l’homme autant que l’œuvre, à raconter son parcours plutôt que ses écrits, tant ceux-ci sont les corollaires allégoriques d’un militantisme sans demi-mesure. Un engagement contraint par une situation, celle de son pays, la Palestine, mais une force presque brutale de s’y plonger à l’extrême, opposant à la violence des situations la douceur des mots, élevant les âmes de son peuple meurtri grâce à ce phrasé à la fois naïf et direct, celui d’un enfant qui en s’exprimant dépose au pied du monde entier, la vérité.
Mort en 2008, Mahmoud Darwich a réussi à semer les graines de l’espoir pour une paix juste, et de nombreux artistes, écrivains, et citoyens se relayent dans une tentative amoureuse et nécessaire de le ramener à la vie. Mohamed Rouabhi a été le premier à lui redonner souffle l’année dernière à la Maison de la poésie. Pendant ce temps, Ernest Pignon-Ernest, artiste de la trace et de l’humain, ami d’esprit et de cœur, se rend en Palestine, et redonne à Darwich une seconde peau, imprégnant les murs de béton de son image, comme une empreinte de l’histoire à ne pas oublier, pied de nez à ceux qui l’ont contraint à l’exil pendant plus de trente ans. Car Darwich, qui n’a cessé de décrire son amante Palestine, sa douceur et son martyre, a dû tourner autour s’en presque jamais pouvoir s’en approcher, déraciné, papillon sans aile...
Acte Sud nous propose de redécouvrir l’un des derniers poèmes de Mahmoud Darwich « Le lanceur de dés », et plusieurs autres dits par le poète avant sa mort, racontant tous un peu de lui, l’homme fractionné par une géographie en ruine. Entre chaque poème, les photos d’Ernest Pignon-Ernest, qui renforcent un peu plus la présence de Mahmoud Darwich. Immobile, droit, majestueux, ces yeux de papier fixent le monde pour mieux le dépeindre, une fois encore.
La très belle trilogie poétique inaugurant l’ouvrage : « Ici. Maintenant… Ici et maintenant », évoque la nécessité de se rappeler et d’oublier. Les contradictions que doivent accepter ceux qui vivent en temps de guerre, qui n’ont ni passé, ni présent, mais doivent, pour créer leur avenir, en retrouver la trace.
« Maintenant, tu étais.
Maintenant, tu seras.
Sache qui tu seras pour être. »
Qui tu seras, le jeune Muhammad, protagoniste du dernier court poème de ce recueil ne le saura jamais, mort sans justice, figure d’un conflit sans pudeur ni raison.
« Muhammad
affronte une armée,
sans pierres ou éclats de planètes. »
Une intifada à proscrire, l’envol des colombes plutôt que le sang des enfants, voilà quelques uns des thèmes de Mahmoud Darwich que l’on retrouve ici, et la dignité toujours de l’homme qui jamais ne plia devant l’ennemi – assassin. Une poésie mise en image comme un appel à l’intelligence. A entendre, absolument.
Commentaires
De : Elysia Très beau livre!!! Insérer un commentaire : |
